Bertolt Brecht – La fille noyée (Vom ertrunkenen Mädchen, 1919)

Bertolt Brecht (1898-1956) revisite le mythe d’Ophélie, dans la lignée de Shakespeare et de Rimbaud.

1
Après s’être noyée, comme elle descendait,
En allant des ruisseaux dans les grandes rivières,
Alors l’azur du ciel apparut très étrange
Comme s’il lui fallait apaiser le cadavre.

2
Sur elle s’accrochaient les algues, les fucus,
Si bien que lentement elle devint plus lourde.
Les poissons passaient froids sur sa jambe. Les plantes
Et les bêtes gênaient son tout dernier voyage.

3
Le ciel était le soir comme fait de fumée
Et tenait la lumière en suspension, la nuit,
Grâce aux étoiles, mais très tôt il était clair,
Afin qu’elle ait encor du matin et du soir.

4
Lorsque dans l’eau son corps fut tout à fait pourri,
Il arriva que Dieu peu à peu l’oublia :
Son visage, ses mains, pour finir ses cheveux.
Lors elle fut charogne entre tant de charognes.

***

Traduction de Guillevic

~ par schabrieres le juin 3, 2009.

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