Gottfried Benn – Boîte de nuit (Nachtcafé, 1912)
824: vie et amour des femmes.
Le violoncelle boit vite un coup. La flûte
rote à fond sur trois mesures: le bon dîner.
La batterie finit de lire son roman policier.
Dents vertes, pustules à la figure
fait signe à quelque blépharite.
Graisse plein les cheveux
parle à bouche ouverte sur amygdales
La Foi l’Espérance et la Charité autour du cou.
Jeune goître aime bien cloison nasale cassée.
Il lui paie trois bières.
Sycose achète oeillets
pour amollir double menton.
Si bémol mineur: 35e sonate.
Deux yeux beuglent:
n’éclaboussez pas le sang de Chopin dans la salle,
pour que la canaille traînasse dessus!
Que ça en finisse! Eh, Gigi!…
La porte glisse: une femme.
Désert desséché, brune Chanaanéenne.
Chaste. Une richesse d’enfer. Un parfum vient avec. Parfum à peine.
Ce n’est qu’un doux bombardement de l’air
contre mon cerveau.
Une obésité trotte après.
***



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