Fernando Pessoa – Je ne sais combien d’âmes j’ai (Não sei quantas almas tenho, 1930)

Je ne sais combien d’âmes j’ai.
J’en ai changé à chaque instant.
Je me sens continuellement étranger à moi-même.
Je ne me suis jamais vu, jamais trouvé.
En étant plusieurs, je n’ai qu’une âme.
Celui qui a une âme n’a point de calme.
Celui qui voit n’est que ce qu’il voit.
Celui qui sent n’est pas celui qui est.

Attentif à ce que je suis et vois,
Je deviens eux et pas moi.
Chacun de mes rêves ou désirs
Est à celui qui naît et pas à moi.
Je suis mon propre paysage,
J’assiste à mon propre passage,
Divers, mobile, seul,
Je ne sais pas sentir que je suis là où je suis.

Ainsi, étranger à moi-même, je lis
Mon être, comme les pages d’un livre.
Je ne prévois point la suite,
J’oublie le passé.
Je note sur la marge des pages lues
Ce que j’ai cru sentir.
Je relis et je me dis: "Est-ce moi?"
Dieu le sait, car il l’a écrit.

*

Não sei quantas almas tenho.
Cada momento mudei.
Continuamente me estranho.
Nunca me vi nem acabei.
De tanto ser, só tenho alma.
Quem tem  alma não tem calma.
Quem vê é só o que vê,
Quem sente não é quem é,

Atento ao que sou e vejo,
Torno-me eles e não eu.
Cada meu sonho ou desejo
É do que nasce e não meu.
Sou minha própria paisagem;
Assisto à minha passagem,
Diverso, móbil e só,
Não sei sentir-me onde estou.

Por isso, alheio, vou lendo
Como páginas, meu ser.
O que segue não prevendo,
O que passou a esquecer.
Noto à margem do que li
O que julguei que senti.
Releio e digo :  "Fui  eu ?"
Deus sabe, porque o escreveu.

***

Fernando Pessoa (1888-1935)- 24-8-1930

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~ par stéphane chabrières le janvier 9, 2010.

2 Réponses to “Fernando Pessoa – Je ne sais combien d’âmes j’ai (Não sei quantas almas tenho, 1930)”

  1. La terrible lucidité d’un regard extérieur sur soi-même. Un dédoublement dont il est fort question chez Pessoa pour arriver à faire le constat de sa propre personnalité, assister à sa propre vie.

  2. Bonjour, pourriez vous me donner l’information de ce poème parce que je veux l’utiliser comme èpigraphe dans l’introduction de ma thèse sur l’identité. J’ai lu le livre de l’intranquilité mais ce verse là est plus précise par rapport au questionnement de l’identité. Je sais qu’il est dans le deuixème volume de Poesia en portugais mais en français? je vous serai très reconnaissante si vous me faire savoir la citation complète par la retrouver et ainsi la met dans ma thèse. Merci beaucoup.
    Maruca Mendieta maruca@free.fr doctorante en sémiotique

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