Fernando Pessoa – Passage des heures (Passagem das horas, 1916)
Quoi qu’il en soit, mieux valait n’être pas né,
parce que, tout intéressante qu’elle est à chaque instant,
la vie finit par faire mal, par donner la nausée, par blesser, par frotter, par craquer,
par donner envie de pousser des cris, de bondir, de rester à terre, de sortir
de toutes les maisons, de toutes les logiques et de tous les balcons,
de bondir sauvagement vers la mort parmi les arbres et les oublis,
parmi culbutes, périls et absence de lendemain,
et tout cela aurait dû être quelque chose d’autre, plus semblable à ce que je pense,
avec ce que je pense ou éprouve, sans que je sache même quoi, ô vie.
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Fernando Pessoa (1888-1935) – Extrait du poème "Passage des heures" – 25 mai 1916





