Thomas Bernhard – Poème (1958)

Je ne connais plus de route qui conduise au
loin
je ne connais plus de route
viens mʼaider
je ne sais plus
ce qui va mʼadvenir
cette nuit
je ne sais plus ce quʼest le matin
et le soir
je suis si seul
ô Seigneur
et personne ne boit ma douleur
personne ne se tient au pied de mon lit
et nʼenlève mon tourment
et ne mʼenvoie vers les nuages
et vers les fleuves verts
qui roulent jusquʼà la mer
Seigneur
mon Dieu
je suis livré aux oiseaux
au battement de lʼhorloge qui se brisant
meurtrit mon âme
et consume ma chair
ô Seigneur mon verbe contient les ténèbres
la nuit qui bat mes poissons
sous le vent
et les montagnes du noir tourment
ô Seigneur entends-moi
ô écoute-moi
je ne veux plus supporter seul
la nausée et ce monde
aide-moi
je suis mort
et comme la pomme je roule
dans la vallée
et jʼétoufferai
sous le bois de lʼhiver
ô mon Dieu je ne sais plus
où me conduit mon chemin
je ne sais plus ce qui est bien et mal
dans les champs
Seigneur mon Dieu dans les membres
je suis faible et pauvre
mon verbe se consume en tristesse
pour Toi.

***

Thomas Bernhard (1931-1989)In hora mortis (1958) – Traduction de Odile Demange

~ par schabrieres le janvier 17, 2012.

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