Lucien Noullez – Le passager (1997)

•août 27, 2015 • Laisser un commentaire

Lucien NoullezAu bord du fleuve on voyait des poissons
remuer plus étrangement que les étoiles
et bousculer des poignées de lumière
pour disparaître comme des avions dans les nuages
en un instant sauvage et net.
C’était la leçon du matin.
Après il fallait retrouver les hommes.
On montait le chemin qui portait au village
où les cuisines s’allumaient sur le coteau.
Le vent se levait, emportant la
Stupeur d’avoir été tout à la fois
le passager des abysses
et du ciel.

***

Lucien Noullez (né à Etterbeek, Belgique en 1957)Comme un pommier (1997)

Fernando Pessoa – Notre vie est un voyage…

•août 26, 2015 • 7 commentaires

Fernando PessoaNotre vie est un voyage
Dans la nuit et dans le vent
Nous trouvons notre passage
À travers espace et temps
Rien jamais ne nous arrête
Et du soir jusqu’au matin
Chaque nuit est une fête
Et non pas un songe vain

***

Fernando Pessoa (Lisbonne, Portugal 1888-1935) (Álvaro de Campos)

Alejandra Pizarnik – Rêve (1956)

•août 25, 2015 • Laisser un commentaire

Alejandra PizarnikÉclatera l’île du souvenir
La vie sera un acte de candeur.
Prison
pour les jours sans retour.
Demain
les monstres du navire détruiront la plage
sur le verre du mystère.
Demain
la lettre inconnue trouvera les mains de l’âme.

*

Sueño

Estallará la isla del recuerdo
La vida será un acto de candor.
Prisión
para los días sin retorno.
Mañana
los monstruos del buque destruirán la playa
sobre el vidrio del misterio.
Mañana
la carta desconocida encontrará las manos del alma.

*

Dream

The island of memory will rupture.
And life will become an artless act.
A prison for days gone by.
Tomorrow the monsters of the forest will smash
the beach upon the glass of mystery.
Tomorrow the unknown letter
will meet the hands of the soul.

***

Alejandra Pizarnik (Buenos Aires, Argentine 1936–1972)La dernière innocence (La última inocencia, 1956)

Jacques Dupin – L’immobilité… (1962)

•août 24, 2015 • Laisser un commentaire

Jacques DupinL’immobilité devenue
Un voyage pur et tranchant,

Tu attends ta décollation
Par la hache des ténèbres
De ce ciel monotone et fou.

Ah, qu’il jaillisse et retombe,
Ton sang cyclopéen,
Sur les labours harassés,
Et nos lèvres mortes !

***

Jacques Dupin (1927-2012)Saccades (1962)

Federico García Lorca – Petit air du premier désir

•août 23, 2015 • Laisser un commentaire

Federico García LorcaDans la matinée verte
je voulais être un coeur.
Un coeur.

Et dans la soirée mûre
Je voulais être un rossignol.
Rossignol.

(Mon âme,
rougis comme l’orange.
Mon âme,
rougis comme l’amour.)

Dans la matinée vive
Je voulais être moi.
Un coeur.

Et dans le soir tombé
Je voulais être ma voix.
Rossignol.

Mon âme,
rougis comme l’orange.
Mon âme,
rougis comme l’amour !

*

Ditty of First Desire

In the green morning
I wanted to be a heart.
A heart.

And in the ripe evening
I wanted to be a nightingale.
A nightingale.

(Soul,
turn orange-colored.
Soul,
turn the color of love.)

In the vivid morning
I wanted to be myself.
A heart.

And at the evening’s end
I wanted to be my voice.
A nightingale.

Soul,
turn orange-colored.
Soul,
turn the color of love.

*

Cancioncilla del primer deseo

En la mañana verde,
quería ser corazón.
Corazón.

y en la tarde madura
quería ser ruiseñor.
Ruiseñor.

Alma,
ponte color de naranja.
Alma,
ponte color de amor.

En la mañana viva,
yo quería ser yo.
Corazón.

Y en la tarde caída
quería ser mi voz.
Ruiseñor.

¡Alma,
ponte color naranja!
¡Alma
ponte color amor!

***

Federico García Lorca (Fuente Vaqueros, Espagne 1898-1936)Canciones (1921-1924)

Francis Giauque – Derrière l’inaccessible…

•août 22, 2015 • Laisser un commentaire

Francis Giauquederrière l’inaccessible
cathédrale d’ombre
que nos mains déchirées
ont façonnée jour après jour
l’aube s’est dépouillée
de son masque de lumière
et la nuit a progressé
comme une houle incertaine
sur nos vies mutilées

***

Francis Giauque (Prêles, Suisse 1934-1965)

Charles Juliet – La misère la détresse… (1997)

•août 21, 2015 • Laisser un commentaire

Charles Juliet, 2013 par Jean-Luc Bertinila misère la détresse

le rêve seul
qui permet de survivre

loin loin là-bas
ces ports fabuleux
ces femmes en attente
cette vie qui ne sera
sans fin
qu’abondance
et ivresse

on se lève
on arrache les chaînes
on s’extirpe du trou

mais le départ avorte

la torpeur ronge les yeux
les poutres aux lourdes tonnes de fer
ont muré l’horizon

***

Charles Juliet (né en 1934)A voix basse (1997)

 
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