Grégory Rateau – Pour qui parle le poète ?

•juin 22, 2021 • Un commentaire

Où est-il celui qui parlait le langage des astres ?

Celui capable de réformer le monde
Ou de l’embraser d’un souffle acide
De l’enrouler d’un bon mot
Jusqu’à l’implosion des sens
De faire de tout ce qui était
Cendres incandescentes

Où es-tu ?

Toi le dernier Nadir
Fais-nous entendre ta voix
Tu ne peux plus t’adresser qu’à une poignée d’hommes
Tu dois parler à tous
Descends de ton Zénith
De ta copieuse bibliothèque
Reviens-nous d’Abyssinie
Avec de l’or autour de la taille
Distribue tes trésors au peuple
Accompagne les dans leur retraite
Dans leur solitude de masse

Mais il est peut-être déjà trop tard

Car voici venu le temps des nombrilistes
Des briseurs de rêves
Dans ta silencieuse fureur
Tu nous as tourné le dos à tous
Sans distinction aucune
Ton verbe est à présent inaudible
Ta race est devenue la triste risée des puissants
Invente donc un nouveau langage
Libère-nous des mères abusives
Des costumes étriqués
Embarque-nous dans tes soirs bleus d’été
Fais de chaque vision
Notre éternité

Reviens-nous
Toi l’enfant
Le voyant
Le dernier mendiant

***

Grégory Rateau

Nathan Katz – La survie après la mort

•juin 21, 2021 • Laisser un commentaire

Et, à la fin, quand nous serons morts,
Peut-être allons-nous continuer à vivre
Dans tout ce qui est beau.

Peut-être serons-nous là
Où lève le blé vert ;
Dans ces millions, ces millions
De petites plantes
Qui poussent dans les vastes champs.

Peut-être serons-nous vivants
Dans la force du vent quand il passe à travers bois,
A fléchir même les chênes,
Et dans l’éclatante éclosion des fleurs des jardins paysans.

Peut-être continuerons-nous à vivre
Dans tout ce qui est beau
Dans tout ce qui est vivant.

*

‘s Witerlàbe noh n em Tod

Un wenn mr emol tot sin,
Villicht ass mr no witerlàbe tien
So in allem wu scheen isch.

Villicht ass mr do sin
Im Làbe, wu im junge Chorn tribt ;
In dàne Millione n un Millione
Vo chleine Pflànzle
Wu stupfle n im wite Fàll.

Villicht ass mr lebàndig sin
In dr Chraft vum Wing, wu dur ‘s Holz geht,
Ass si d’Eichbaim biege,
Un im gsunge Bliehje vo de Maie n im e Büregarte.

Villicht ass mr no witerlàbe tien
In allem wu scheen isch,
In allem wu lebàndig isch. –

***

Nathan Katz (1892-1981)L’œuvre poétique I, Sundgäu (Arfuyen, 2021) – Traduit de l’alémanique par Théophane Bruchlen, Jean-Paul de Dadelsen, Guillevic, Alfred Kern, Jean-Paul Klée, Gérard Pfister, Yolande Siebert et Claude Vigée.

Antonio Gamoneda – Je sais que l’unique chant…

•juin 20, 2021 • Un commentaire

Je sais que l’unique chant,
de tous les chants anciens le seul digne,
l’unique poésie,
est celle qui se tait et aime toujours ce monde,
cette solitude qui rend fou et vous dépouille.

*

Sé que el único canto,
el único digno de los cantos antiguos,
la única poesía,
es la que calla y aún ama este mundo,
esta soledad que enloquece y despoja.

***

Antonio Gamoneda (né à Oviedo, Espagne en 1931)Exentos I (1959-1960)Poésie espagnole. Anthologie 1945–1990 (Actes Sud / Unesco, 1995) – Traduit de l’espagnol par Claude de Frayssinet.

Grégory Rateau – Îles d’Aran

•juin 19, 2021 • Laisser un commentaire

Surdité de la roche
Enseigne érodée
Un phare dans une lucarne
Les sanglots de la mer en ricochets
Glissent sur le silence des buveurs
Une pinte, deux pintes…
Une molle continuité

Calfeutrée devant la cheminée
La vieille remet une tourbe
Claquant sa langue à chaque crépitement
Un gros nuage orphelin rejoint le troupeau
Eclaircie virale
La lumière mousse drue

Les mêmes gueules d’échoués
Dans le miroir éventré
L’écho de la mer jusqu’à la nausée
Les filets roulés aux pieds
Du sel au coin des yeux
Un naufrage de mémoires

***

Grégory Rateau

Flavia Garcia – Je recule…

•juin 18, 2021 • Un commentaire

je recule jusqu’au coeur
de l’étrange
là où se sont forgées
chimères et visions
seul ce chemin
en ligne droite
vers le haut
connaît mes possibles
contre toute attente
je suis vivante

***

Flavia Garcia (née à Buenos Aires)Partir ou mourir un peu plus loin (Mémoire d’encrier, 2016)

José Acquelin – Festival

•juin 17, 2021 • Laisser un commentaire

plus je vis
moins je sais ce que je suis
donc plus je suis identique
à ce qui n’a pas d’identité

des corneilles craillent à la lune
le soleil use le cuivre du clocher
les arbres colorient doucement leurs pages
des hommes voyagent de peau en peau

puis un jour sans le savoir
ils traversent le bleu du ciel
pour aller relier la lumière
des étoiles entre elles

***

José Acquelin (né à Montréal, Québec en 1956)Le zéro est l’origine de l’au-delà (Les Herbes rouges, 2011)

Radu Bata – Seul l’océan comprend le battement du cœur d’une île

•juin 16, 2021 • Laisser un commentaire

(les pacifistes ont des rameaux
les va-t-en-guerre – le dernier mot)

on ne demande pas la lune
on veut juste passer
par-delà toutes les différences
qui nous rassemblent
dans la catégorie poids légers
de l’existence
pour faire encore des pas ensemble
pour ne pas tomber dans l’espace
ni être écrasés par des poids lourds
ni faire le signe de la croix
sur la boule de cristal dans laquelle
on est prisonniers consentants

je sais que certains veulent tromper l’ennui
avec une colombe
ou mettre un peu de soleil au frigo
pour atténuer la douleur
que d’autres veulent s’acheter des coraux
sur ordonnance
ou des montagnes comme résidence secondaire
pendant que beaucoup vivotent
un jour sur deux
et ont fraternisé avec des troncs d’arbres
à la retraite

je sais qu’on nage dans l’incertitude
et les phobies distribuées par les ondes
qu’on navigue à vue
comme des aveugles débutants
même si ça fait des milliers d’années
qu’on s’exerce à l’arche de noé
je sais que si l’on dérive tous
comme des planches
nous ne sommes pas tous
sur le même bateau

je sais que si l’amour bat de l’aile
c’est parce qu’il n’a plus de plumes
que si l’on ne met pas la main à la pâte
on va se prendre une pâtée
je sais que si l’on bataille pour la paix
on va être battus par ko
que si l’on cherche un bon morceau
on va tomber sur un chaos

mais à force de se tirer dans les pattes
comme des psychopathes
nous serons bientôt unijambistes
au pays des mille-pattes

***

Radu BataLe fou rire de la pluie (Editions Unicité, 2021)

Malcolm Lowry – Prière

•juin 15, 2021 • Un commentaire

Ô toi qui n’es pas là-haut
Ô toi qui n’es pas en bas
Enseigne-moi à aimer.

Depuis que la colombe a vu
Depuis que la biche a pénétré
Pour la dernière fois mon cœur

Ô toi qui n’es pas en haut
Toi que l’ornière mesure
Gravant son « Non » dans l’âme ;
Enseigne-moi à aimer,

Dégante mon égoïsme
Défourre-moi de ma peine
Toi qui n’es pas en haut

Ne laisse pas l’incendie
Ravager l’oreiller, ma conscience,
Enseigne-moi à aimer.

Prouve que mon chagrin
Est inconsommable.
Toi qui n’es pas là-haut.
Enseigne-moi à aimer.

*

Prayer

Oh thou who art not above.
Oh thou who art not below.
Teach me how to love.

Since heart last saw the dove
Since heart leapt with the doe
Oh thou who art not above

Is measured by the groove
Worn in the soul by « No »;
Teach me how to love,

My selfish thoughts unglove
From their rotten fur of woe
Oh thou who art not above

Let not those arsons rove
From my conscience, its hard pillow
Ah, teach me how to love.

And do thou to me prove,
Inedible, my sorrow.
Teach me how to love
Oh thou who art not above.

***

Malcolm Lowry (1909-1957)Poésies complètes (Denoël, 2005) – Traduit de l’anglais par Jacques Darras.

Omar Khayyâm – Puisque ce monde est triste…

•juin 14, 2021 • Laisser un commentaire

Puisque ce monde est triste et que ton âme pure,
Ô mon amie, un jour, doit aller chez les morts,
Oh ! viens t’asseoir parmi les fleurs sur la verdure,
Avant que d’autres fleurs s’élèvent de nos corps.

***

Omar Khayyâm (1048-1131) – Traduit du persan par Jean Lahor.

Alicia Gallienne – Dernière autopsie

•juin 13, 2021 • Laisser un commentaire

La vie condamne les hommes
Aux mêmes soubresauts des remparts
À une même tentation de brûlure

La vie consume les hommes
Comme des feux de joie
Dans les bas fonds de l’eau

La vie transparaît en mesure
Des miroirs d’homme

La vie revendique un sourire
Et le retient sans fin
Au bord de l’évanouissement

La vie rassure sur la nature du mal
Et baisse les yeux en abondance

La vie va jusqu’à la mort
Après elle se fait déraison
C’est là que je l’attends

La vie est une dernière autopsie
Et l’homme aime son secret

***

Alicia Gallienne (1970-1990)L’autre moitié du songe m’appartient (Gallimard, 2020)

 
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