Rupert Brooke – Paix

•octobre 18, 2018 • 9 commentaires

Or je rends grâce à Dieu, qui a choisi notre heure,
Surpris notre jeunesse, troublé ce sommeil :
La main affermie, l’oeil vif, la puissance aiguisée,
Nous quitterons, heureux nageurs plongeant dans l’eau limpide,
Ce monde usé, ce monde las et froid,
Ces coeurs affaiblis que l’honneur n’émeut pas,
Ces moitiés d’hommes et leurs mauvais refrains,
Et tout le vide triste de l’amour !

Nous qui avons connu la honte, nous serons apaisés,
En ce lieu où malheurs et peines s’oublient dans le sommeil,
Seuls nos corps ici sont brisés, rien ne se perd que le souffle,
Et rien ne vient troubler la longue paix du cœur, et ses rires,
Qu’une fugace agonie ;
L’ami le plus terrible, et l’ennemi, n’est ici que la Mort.

*

Peace

Now, God be thanked Who has matched us with His hour,
And caught our youth, and wakened us from sleeping,
With hand made sure, clear eye, and sharpened power,
To turn, as swimmers into cleanness leaping,
Glad from a world grown old and cold and weary,
Leave the sick hearts that honour could not move,
And half-men, and their dirty songs and dreary,
And all the little emptiness of love!

Oh! we, who have known shame, we have found release there,
Where there’s no ill, no grief, but sleep has mending,
Naught broken save this body, lost but breath;
Nothing to shake the laughing heart’s long peace there
But only agony, and that has ending;
And the worst friend and enemy is but Death.

***

Rupert Brooke (1887-1915)Dans la poussière des Dieux (Orphée/La Différence, 1991) – Traduit de l’anglais par Patrick Hersant.

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Robert Davreu – Il savait…

•octobre 17, 2018 • Laisser un commentaire

Il savait le rocher qui déchire et l’œil de la murène,
le chiffre acidulé des langues mortes vives
à l’horizon de blanc brouillé,
quand plus rien ne bouge plus soudain qu’au ralenti
dans un univers d’étain défroissé,
au-delà de toute lucidité

puis falaise virant cendres
dans la mer brusquement éteinte

Il savait

***

Robert Davreu (1944–2013)Moments perdus (Corti, 2007)

Qasim Saeudiy – Il t’est difficile de ne pas dire le mot Je t’aime

•octobre 16, 2018 • Laisser un commentaire

Il t’est difficile
D’unir une colombe et un loup dans une seule chemise
Il t’est difficile d’être élégant dans un cimetière pour les martyres
Il t’est difficile de dire soit et qu’il soit
Il t’est difficile de trouver une femme qui ne ment pas
Il t’est difficile de savoir que ton ombre marche sur une canne
Il t’est difficile de voir ta mère vieillir
Il t’est difficile de voir la ville en un morceau de fumée
Il t’est difficile de ne pas dire le mot Je t’aime
Il t’est difficile de voir tout ceci et de pleurer
Il t’est difficile de voir tout ceci et de rire
Il t’est difficile.

***

Qasim Saeudiy (né à Bagdad en 1969) – Poète et journaliste Irakien – Traduction : Ghada Laghzaoui

Jude Stéfan – L’homme d’ombre

•octobre 15, 2018 • Laisser un commentaire

des chiens du soir aux absences du matin
à jamais passagers déjà
mariage dans les feuilles mortes d’une robe
elle est le jour où me noyer
fatiguées de la lumière
mes passions, mes distractions
grand comme un ange qui se nomme légion
le temps passe et nous brûle en cri
sous les douces étoiles d’homme flottant
sous un instant de pluie battante ils
ajustaient leur mouchoir de cou dans
le mauve des feuilles et l’or des encres
le plus beau jour de la vie n’est jamais
venu

***

Jude Stéfan (né à Pont-Audemer en 1930)Aux chiens du soir (Gallimard, 1979)

Michel Houellebecq – Le jour monte et grandit…

•octobre 14, 2018 • Un commentaire

Le jour monte et grandit, retombe sur la ville,
Nous avons traversé la nuit sans délivrance
J’entends les autobus et la rumeur subtile
Des échanges sociaux. J’accède à la présence.

Aujourd’hui aura lieu. La surface invisible
Délimitant dans l’air nos êtres de souffrance
Se forme et se durcit à une vitesse terrible;
Le corps, le corps pourtant, est une appartenance.

Nous avons traversé fatigues et désirs
Sans retrouver le goût des rêves de l’enfance,
Il n’y a plus grand-chose au fond de nos sourires,
Nous sommes prisonniers de notre transparence.

*

The sun rises and grows, falls back on the city,
We have passed through the night without deliverance
I hear the buses and the subtle murmur
Of social exchanges. I reach presence.

Today will take place. The invisible surface
Marking the air with our suffering beings
Forms and hardens at a terrible speed;
The body, the body however, grants belonging.

We have passed through weariness and desires
Without finding the taste of childhood dreams,
There is nothing left behind our smiles,
We are prisoners of our transparency.

***

Michel Houellebecq (né en 1956 à Saint-Pierre)Le sens du combat (Flammarion,1996) – Unreconciled: Poems 1991–2013 (Cornerstone Digital, 2017) – Translated by Gavin Bowd.

Hrvoje Pejaković – Et un poème désespéré

•octobre 13, 2018 • Un commentaire

Bien qu’il soit probablement
prématuré d’en parler
je pense ce soir quand même
devoir te dire que mon espoir
qu’une fois tout terminé
on osera peut-être sourire comme après
un malentendu désagréable
heureusement écarté à temps
au fil des jours s’affaiblit de plus en plus.

*

I jedna očajna

Premda je vjerojatno
preuranjeno govoriti o tome
mislim da bih ti večeras ipak
morao reći kako moja vjera
da ćemo se jednom poslije svega
možda smjeti nasmijati kao iza
neugodnog nesporazuma što je
na vrijeme sretno uklonjen
iz dana u dan sve jače slabi.

*

And Now One Desperate Poem

Although it is probably
too early to speak about it
I think this evening I should, despite of everything,
tell you how my deep conviction –
that we are maybe going to laugh
one day when it is over
like after a disagreeable misunderstanding
pleasantly cleared up on time –
loses more ground day by day.

***

Hrvoje Pejaković (1960-1996)Ville interdite (Zabranjeni grad) (Est-Ouest internationales, 2001) – Traduit du croate par Brankica Radić – Translated by Sibila Petlevski.

Sibila Petlevski – La vérité nue

•octobre 12, 2018 • Laisser un commentaire

Et, te réveillant doucement, retrouve-moi nu en sommeil
Francis Thompson

Imagine la poussière, dans un tourbillon de vent
dans l’arrière-pays ; les paysans qui s’inclinent,
ôtent leurs chapeaux devant les grains de poussière, « Dieu
vous a fait entamer ce voyage, bonnes gens », leur disent-ils.

Les visages amers, l’injustice incrustée sous les ongles.
Les drapeaux à mi-mât, brûlés par le soleil.
Imagine la poussière, les sanglots qui font trembler
les fondements des maisons. Des guirlandes décoratives accrochées

entre deux points de conscience. Imagine, d’abord,
de te jeter sur la Vénus du village en proférant
une malédiction, ensuite de voir la poussière rendre la nourriture
granuleuse, lorsque le droit de guerre te permet

de te mettre en marche avec l’étendard déployé. Seulement après,
te réveillant doucement, cherche la vérité nue.

*

Gola istina

Zamisli prašinu, u vrtlogu vjetra duboko
u unutrašnjosti; seljake kako se klanjaju,
skidaju kape pred zrnima prašine, « Bog
vas na put poslao, dobri ljudi », kažu im.

Gorka lica, nepravde zavučene ispod noktiju.
Suncem progorene zastave na pol koplja.
Zamisli prašinu, ridanje koje potresa
temelje kuća. Ukrasne vijence obješene

između dviju točaka savjesti. Prvo,
zamisli kako se bacaš na seosku Veneru
kletvom, kako ti prašina čini hranu
zrnatom, a ratno ti pravo dopušta povući se

s razvijenim stijegom. Tek poslije,
pomno se budeći, potraži golu istinu.

*

The Naked Truth

Imagine dust. Grains of dust in a whirl
Deep in the countryside; peasants
Raising their hats to it, saying «God
Speed you,gentlemen». Grimy faces,

Grievous wrongs stuck under their
Nails.Sun-burned flags at half-mast.
Imagine dust.Sobs shaking frame
Houses.Festoons hanging in a curve

Between two points of conscience. (…)

***

Sibila Petlevski (née en 1964 à Zagreb)Koreografija patnje (La Chorégraphie de la souffrance, 2002) – Traduit du croate par Vanda Mikšić.

 
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