Kiki Dimoula – Toujours courir (1981)

•juillet 6, 2015 • Laisser un commentaire

Kiki DimoulaDe temps en temps l’avenir se souvient de nous
si loin soit-il,
souvent nous recevons un vague message
écrit à toute allure
car il part sans cesse
encore plus loin.
Que faire avec ça ?
Des écrits que personne ne lit.
Personne parmi nous ne sait lire
ce que l’avenir écrit.
Si ce n’est quelques rares
et savantes espérances.
On peut toujours courir.

***

Kiki Dimoula (née à Athènes, Grèce en 1931)Mon dernier corps (1981) – Traduit du grec par Michel Volkovitch

Charles Juliet – Quant l’oeil est parvenu à se clarifier… (1997)

•juillet 6, 2015 • Laisser un commentaire

Charles JulietQuant l’oeil est parvenu
à se clarifier
dissoute la ténèbre
écartées
les vaines questions
enfin en ordre la pensée
qui ne s’épuise plus
à traquer l’inaccessible
l’être n’a plus à s’interroger
sur le chemin qu’il lui faut
prendre

simplifié et unifié
il adhère en toute confiance
à ce qui advient

et les mots
coulent de source

*

When the eye has finally
made itself clear
dissolved the shadow
set aside
the useless questions
thought finally put in order
no longer wearing itself out
tracking the inaccessible
one no longer has to ask
which road he must
follow

simplified and whole
he gives himself entirely
to what is happening

and words
flow from the source

***

Charles Juliet (né en 1934)A voix basse (1997)

Tomas Tranströmer – De la montagne (Från berget, 1962)

•juillet 5, 2015 • Laisser un commentaire

Tomas Tranströmer. Foto Lütfi Özkök.Bonniers arkiv. 1965Je suis sur la montagne et contemple la baie.
Les bateaux reposent à la surface de l’été.
« Nous sommes des somnambules. Des lunes à la dérive. »
Voilà ce que les voiles blanches me disent.

« Nous errons dans une maison assoupie.
Nous poussons doucement les portes.
Nous nous appuyons à la liberté. »
Voilà ce que les voiles blanches me disent.

J’ai vu un jour les volontés du monde s’en aller.
Elles suivaient le même cours ― une seule flotte.
« Nous sommes dispersées maintenant. Compagnes de personne. »
Voilà ce que les voiles blanches me disent.

*

From the Mountain

I stand on the mountain and look across the bay.
The boats rest on the surface of summer.
“We are sleepwalkers. Moons adrift.”
So say the white sails.

“We slip through a sleeping house.
We gently open the doors.
We lean towards freedom.”
So say the white sails.

Once I saw the wills of the world sailing.
They held the same course—one single fleet.
“We are dispersed now. No one’s escort.”
So say the white sails.

***

Tomas Tranströmer (Stockholm, Suède 1931-2015)Ciel à moitié achevé (Den halvfärdiga himlen, 1962) – Traduit du suédois par Jacques Outin

Paul Celan – J’entends…

•juillet 4, 2015 • 1 commentaire

Paul CelanJ’entends que la hache a fleuri,
j’entends que le lieu n’est pas nommable,

j’entends que le pain qui le regarde
guérit le pendu,
le pain que la femme a cuit pour lui,

j’entends qu’ils disent de la vie
qu’elle est le seul havre et recours.

*

I hear that the axe has flowered,
I hear that the place can’t be named,

I hear that the bread which looks at him
heals the hanged man,
the bread baked for him by his wife,

I hear that they call life
our only refuge.

*

Ich höre, die Axt hat geblüht,
ich höre, der Ort ist nicht nennbar,

ich höre, das Brot, das ihn ansieht,
heilt den Erhängten,
das Brot, das ihm die Frau buk,

ich höre, sie nennen das Leben
die einzige Zuflucht.

***

Paul Celan (1920-1970)Partie de neige (Schneepart, 1971) – Traduit de l’allemand par Jean-Pierre Lefebvre – Translated by Paul Hamburger

Kiki Dimoula – Illégalités (1958)

•juillet 2, 2015 • 1 commentaire

Kiki DimoulaJe m’étends et je vis
illégalement
dans des régions dont les autres
n’admettent pas l’existence.

Là je m’arrête et j’expose
mon univers traqué,
là je le propage
avec des moyens amers, indisciplinés,
là je le confie
à un soleil
sans forme ni lumière,
immobile,
qui m’est propre.
Là j’ai lieu.

Mais quelquefois
cela s’arrête.
Alors je me contracte,
et je reviens brutalement
(pour la tranquillité)
à la région
légale et reconnue,
à l’amertume de ce monde.

Et je suis démentie.

*

Illegalities

Illegitimately
I expand and experience
on plains existing
that the others don’t accept

there I stop and present
my persecuted world
there I recreate it
with small insubordinate tools
there I devote it
to a sun
shapeless, lightless
motionless
my personal sun

there I occur

however at sometime
this ends and
I contract and
I violently return
(to calm down)
to the known and acceptable
plain of
the earthly bitterness and

I’m proved to be wrong

***

Kiki Dimoula (née à Athènes, Grèce en 1931)Par contumace (1958) – Traduit du grec par Myrto Gondicas – Translated by Manolis Aligizakis

Lorand Gaspar – J’ai seulement des choses très simples… (1966)

•juillet 2, 2015 • Laisser un commentaire

Lorand GasparJ’ai seulement des choses très simples
le soleil s’est découpé peu à peu comme
ma mère découpait le pain
nous mettons la soupe sur la table
(ces choses au-dehors qui tombent lentement,
le jasmin, la neige, l’enfance)
goût de piments rouges et de dents heureuses
nos corps nous tiennent encore chaud quelque temps
dans l’âge avancé de la nuit.

***

Lorand Gaspar (né en 1925)Le quatrième état de la matière (1966)

Georges Schehadé – D’abord derrière les roses… (1938)

•juin 30, 2015 • 2 commentaires

Georges SchehadéD’abord derrière les roses il n’y a pas de singes
Il y a un enfant qui a les yeux tourmentés

*

Firstly behind the roses there are no monkeys
there is a child with tormented eyes

***

Georges Schehadé (1905-1989)Poésies I (1938)

 
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