Paul Verlaine – Souvenir de Manchester

•mai 24, 2017 • Un commentaire

Je n’ai vu Manchester que d’un coin de Salford
Donc très mal et très peu, quel que fût mon effort
À travers le brouillard et les courses pénibles
Au possible, en dépit d’hansoms inaccessibles
Presque, grâce à ma jambe male et mes pieds bots,
N’importe, j’ai gardé des souvenirs plus beaux
De cette ville que l’on dit industrielle, –
Encore que de telle ô qu’intellectuelle
Place où ma vanité devait se pavaner
Soi-disant mieux, – et dussiez-vous vous étonner
Des semblantes naïvetés de cette épître,
Ô vous ! quand je parlais du haut de mon pupitre
Dans cette salle où l’ « élite » de Manchester
Applaudissait en Verlaine l’auteur d’Esther,
Et que je proclamais, insoucieux du pire
Ou du meilleur, mon culte énorme pour Shakespeare.

30 janvier 1894.

*

Recollection of Manchester

A glimpse of Salford, just a corner, was
All that I saw of Manchester, because,
Thanks to the fog and to my clubfoot gait—
And hansom cabs that circumambulate
Everywhere else, it seems! my efforts were
Sincere but vain; and so no connoisseur
Of Manchester am I. And yet, no matter:
Priggishly though the rest of you might natter,
Decry its factories, its industries,
Telling me how much more some towns would please
My intellectual’s vanities! still, sweet
The memories of that Manchester “elite,”
There, in that hall—naïve, no doubt, as when
They praised Racine, taking him for Verlaine!—
As I proclaimed, for better or for worse,
My utter reverence for Shakespeare’s verse.

30 January 1894.

***

Paul Verlaine (1844-1896)Dédicaces (1894) – Translated by Norman R. Shapiro

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John Donne – Nul homme n’est une île

•mai 23, 2017 • 2 commentaires

Nul homme n’est une île, complète en elle-même ; chaque homme est un morceau du continent, une part de l’ensemble ; si un bout de terre est emporté par la mer, l’Europe en est amoindrie, comme si un promontoire l’était, comme si le manoir de tes amis ou le tien l’était. La mort de chaque homme me diminue, car je suis impliqué dans l’humanité. N’envoie donc jamais demander pour qui la cloche sonne : elle sonne pour toi.

*

No man is an island, entire of itself; every man is a piece of the continent, a part of the main; if a clod be washed away by the sea, Europe is the less, as well as if a promontory were, as well as if a manor of thy friend’s or of thine own were; any man’s death diminishes me, because I am involved in mankind; and therefore never send to know for whom the bell tolls; it tolls for thee.

***

John Donne (Londres, 1572-1631)Devotions upon Emergent Occasions (1624) – Méditation XVII – Méditations en temps de crise (Rivages, 2002) – Traduit de l’anglais par Franck Lemonde

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Shinkichi Takahashi – Coquillage

•mai 22, 2017 • Laisser un commentaire

Rien, rien du tout
est né,
meurt, le coquillage dit encore
et encore
depuis la profondeur des creux de rocher.
Son corps
balayé par la saison – donc quoi ?
Il dort
dans le sable, séchant à la lumière du soleil,
se baignant
à la clarté lunaire. Rien à faire
avec la mer
ou quelque chose d’autre. Dessus
et dessus
il disparaît avec la vague.

*

Shell

Nothing, nothing at all
is born,
dies, the shell says again
and again
from the depth of hollowness.
Its body
swept off by tide—so what?
It sleeps
in sand, drying in sunlight,
bathing
in moonlight. Nothing to do
with sea
or anything else. Over
and over
it vanishes with the wave.

***

Shinkichi Takahashi (Ikata, Japon 1901-1987) – Translated by Lucien Stryk

Ashraf Fayad – L’air est pollué…

•mai 22, 2017 • Un commentaire

L’air est pollué
ainsi que les bennes à ordures
De même ton âme
depuis qu’elle s’est mélangée au carbone
et ton cœur
depuis que ses artères se sont bouchées
et qu’il refuse d’accorder la nationalité
au sang refluant de ta tête

***

Ashraf Fayad (né en 1980 à Gaza, Palestine)Instructions, à l’intérieur (Éditions Le Temps des Cerises, 2016) – Traduit de l’arabe par Abdellatif Laâbi

Arnaud Martin – J’ai vu par l’abîme…

•mai 21, 2017 • Laisser un commentaire

J’ai vu par l’abîme
L’enfant

Le détour de tout homme

Loin du cercle
Loin de la chair qui tremble

***

Arnaud Martin (né en 1972)Renaissance des Lumières

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Kateri Lemmens – C’est elle…

•mai 20, 2017 • Laisser un commentaire

c’est elle
qui est venue
comme le font les femmes
sur la pointe des pieds
avec un corps si droit
et sur son visage
un air de tempête
et son sourire
du choix des armes
elle est venue
avec la musique
et sa paume
contre la mienne
elle voulait danser
et elle savait
que j’étais ivre
que je viendrais
avec la valse
et la part du feu

***

Kateri Lemmens (née en 1974 à Sherbrooke, Québec)Quelques éclats (Éditions du Noroît, 2007)

Nàssos Vayenas – Poétique

•mai 19, 2017 • Un commentaire

Notre temps, c’est bien évident,
n’est pas fait pour la poésie.
Jadis on aimait l’océan,
la nature avec frénésie.

Nous ne sommes qu’un peu de terre,
et face au pire, corps à corps,
nous ne luttons pas pour bien faire
mais pour ne pas tomber encor

plus bas, et la nécessité
nous accoutume à la bassesse,
telles ces anciennes beautés
dont le sein désormais s’affaisse.

***

Nàssos Vayenas (Drama, Grèce, 1945)L’ordre parfait (Éditions Le miel des anges, 2015) – Traduit du grec par Michel Volkovitch

 
The Manchester Review

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Les Exercices

poésie / traduction / critique \\ par Pierre Vinclair

fragm

secousse sismique travaillant l’épaisseur d’une lentille de cristal, cette fin du monde de poche s’exprimait tout entière dans la syllabe fragm, identique de “diaphragme” à “fragment”, comme une paillette pierreuse qu’on retrouve pareille à elle-même dans des roches de structures diverses mais dont les éléments principaux, de l’une à l’autre, demeurent constants (Michel Leiris)

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Even when Death inhabits a poem, he does not own it. He is a squatter. In fact, Death owns nothing. - Todd Moore

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