Alfred Jarry – Misère de l’homme, I

•novembre 14, 2019 • Laisser un commentaire

L’homme est seul, l’homme est faible. Il doit, pour se nourrir,
Asservissant le sol aux moissons réfractaire,
Diriger la charrue et cultiver la terre,
Sinon, le pain lui manque, et l’homme doit mourir.

Il ensemence un champ, et le blé salutaire
Germe dans les sillons qu’il commence à couvrir.
Mais le soleil ardent fane et fait se flétrir
Chaque épi mûrissant, qui se courbe et s’altère.

Ou la grêle s’abat et fauche la moisson ;
Ou la gelée arrive, et suspend un glaçon
A chaque grain de blé qui tremble au bout du chaume.

Tout est perdu, tout est anéanti. Mais l’homme,
S’il ne meurt de la faim, trouve la mort auprès
Des fauves monstrueux qui hantent les forêts.

***

Alfred Jarry (1873-1907)Ontogénie – Œuvres complètes, tome I (Gallimard, La Pléiade, 1972)

Giorgio Caproni – Sur carte postale

•novembre 13, 2019 • Un commentaire

Ici, je pourrais peut-être vivre,
peut-être écrire aussi,
je pourrais même dire :
« Ici, il m’est doux de mourir ».
Gênes, ô ma subtile cité ! :
ardoise et gravier marin,
mer et fraîches jeunes filles
aux lumineux colliers de verroterie ;
(jeunes filles qui se retournent
fiasque en main, sous la porte cochère,
avant de rentrer à la maison).
Ah ! oublier jusqu’au nom
de Rome, ses emphases, ses odeurs d’urine…
Ici, je pourrais peut-être écrire,
peut-être même pourrais-je vivre.

*

Su cartolina

Qui forse potrei vivere
potrei forse anche scrivere
potrei perfino dire
qui è gentile morire
Genova mia città fina :
ardesia e ghiaia marina.
Mare e ragazze chiare
con fresche collane di vetro
(ragazze voltate indietro
col fiasco sul portone
prima di rincasare)
ah perder anche il nome
di Roma, enfasi e orina.
Qui forse potrei scrivere :
potrei forse anche vivere.

***

Giorgio Caproni (1912-1990)L’Europe en poésie (Sceren, 2008) – Traduit par ?

Fernando Pessoa – Ah que chacun suit bien son rôle…

•novembre 12, 2019 • Laisser un commentaire

Ah que chacun suit bien son rôle
Quoiqu’il ne sache
On ne sait que veut dire
Cette comédie triste et drôle
Aucun d’eux n’en connaît l’auteur
Quels grands acteurs que nous sommes

Que de grands acteurs que les hommes
Qui jouent bien inconsciemment
Un drame laid qu’aucun d’eux ne comprend

Suprême douleur
Est de parvenir à comprendre
Que lui qui vit n’est qu’un acteur.

***

Fernando Pessoa (1888-1935)Poèmes français (La Différence, 2014) – Edition établie et annotée par Patricio Ferrari, avec la collaboration de Patrick Quillier – Préface de Patrick Quillier.

James Baldwin – Énigme (le jour de mon anniversaire) (pour Rico)

•novembre 11, 2019 • Un commentaire

Entre tenir bon,
et laisser tomber,
je me demande
comment faire
la différence.

Ce doit être un peu comme
la différence
entre le paradis et l’enfer,
mais comment, à l’avance,
le savoir ?

Si laisser tomber
c’est dire non,
alors que veut dire
tenir bon ?
Allons.
Peut-on retenir quelqu’un ?
Le puis-je ?
L’impossible énigme,
le cercle fermé,
pourquoi
la foudre frappe-t-elle cette maison
et pas une autre ?
Ou, est-il vrai
que l’amour est aveugle
jusqu’à ce qu’il soit défié par le pont-levis
de l’esprit ?

Mais, cela dit,
on doit admettre que ses propres définitions
sont irréelles.
Nous n’en savons pas assez sur l’esprit,
ni comment l’énigme de l’imagination
dicte, découvre,
ou peut disséquer ce que nous ressentons,
ou ce que nous trouvons.

Peut-être
faut-il apprendre à faire confiance
à sa propre terreur :
tenir bon,
laisser tomber,
c’est faire erreur :
la foudre n’a pas le choix,
le tourbillon a une voix.

*

Conundrum (on my birthday) (for Rico)

Between holding on,
and letting go,
I wonder
how you know
the difference.

It must be something like
the difference
between heaven and hell
but how, in advance,
can you tell?

If letting go
is saying no,
then what is holding on
saying?
Come.
Can anyone be held?
Can I—?
The impossible conundrum,
the closed circle,
why
does lightning strike this house
and not another?
Or, is it true
that love is blind
until challenged by the drawbridge
of the mind?

But, saying that,
one’s forced to see one’s definitions
as unreal.
We do not know enough about the mind,
or how the conundrum of the imagination
dictates, discovers,
or can dismember what we feel,
or what we find.

Perhaps
one must learn to trust
one’s terror:
the holding on
the letting go
is error:
the lightning has no choice,
the whirlwind has one voice.

***

James Baldwin (1924-1987)Jimmy’s Blues (1983) Jimmy’s Blues & Other Poems (Beacon Press, 2014) – Traduit de l’américain par Stéphane Chabrières.

Anne Sexton – Le poète de l’ignorance

•novembre 10, 2019 • 3 commentaires

Peut-être que la terre flotte,
je ne sais pas.
Peut-être que les étoiles sont des bouts de papier
découpés par des ciseaux géants,
je ne sais pas.
Peut-être que la lune est une larme gelée,
je ne sais pas.
Peut-être que Dieu n’est qu’une voix profonde
que les sourds entendent,
je ne sais pas.

Peut-être que je ne suis personne.
C’est vrai, j’ai un corps
et ne peux m’en échapper.
Je voudrais m’envoler hors de ma tête,
mais c’est hors de question.
Il est écrit sur la tablette du destin
que je suis coincée ici sous cette forme humaine.
Cela étant le cas,
je voudrais attirer l’attention sur mon problème.

Il y a un animal en moi,
qui s’agrippe à mon coeur,
un énorme crabe.
Les médecins de Boston
ont jeté l’éponge.
Ils ont essayé les scalpels,
les aiguilles, les gaz toxiques et autres.
Le crabe reste.
C’est un poids énorme.
J’essaie de l’oublier, de vaquer à mes occupations,
de faire cuire du brocoli, d’ouvrir et de refermer des livres,
de me brosser les dents et de lacer mes chaussures.
J’ai essayé de prier
mais j’ai beau prier, le crabe s’agrippe toujours plus fort
et la douleur grandit.

Un jour j’ai fait un rêve,
peut-être était-ce un rêve,
que le crabe était mon ignorance de Dieu.
Mais qui suis-je pour croire aux rêves ?

*

The Poet Of Ignorance

Perhaps the earth is floating,
I do not know.
Perhaps the stars are little paper cutups
made by some giant scissors,
I do not know.
Perhaps the moon is a frozen tear,
I do not know.
Perhaps God is only a deep voice
heard by the deaf,
I do not know.

Perhaps I am no one.
True, I have a body
and I cannot escape from it.
I would like to fly out of my head,
but that is out of the question.
It is written on the tablet of destiny
that I am stuck here in this human form.
That being the case
I would like to call attention to my problem.

There is an animal inside me,
clutching fast to my heart,
a huge crab.
The doctors of Boston
have thrown up their hands.
They have tried scalpels,
needles, poison gasses and the like.
The crab remains.
It is a great weight.
I try to forget it, go about my business,
cook the broccoli, open and shut books,
brush my teeth and tie my shoes.
I have tried prayer
but as I pray the crab grips harder
and the pain enlarges.

I had a dream once,
perhaps it was a dream,
that the crab was my ignorance of God.
But who am I to believe in dreams?

***

Anne Sexton (1928-1974)The Awful Rowing Toward God (Houghton Mifflin Company, 1975) – Traduit de l’américain par Stéphane Chabrières.

Leonard Cohen – Comment dire la poésie

•novembre 9, 2019 • 2 commentaires

Prenons le mot papillon. Pour utiliser ce mot, il n’est pas nécessaire d’avoir une voix qui pèserait moins d’une livre ni de lui mettre de petites ailes poussiéreuses. Il n’est pas nécessaire d’inventer une journée ensoleillée ou un champ de jonquilles. Le mot papillon n’est pas un vrai papillon. Il y a le mot et il y a le papillon. Si tu confonds ces deux éléments, les gens ont le droit de rire de toi. N’en fais pas trop avec le mot. Est-ce que tu essaies de suggérer que tu aimes les papillons plus que n’importe qui, ou que tu comprends vraiment leur nature ? Le mot papillon n’est qu’une information. Ce n’est pas pour toi l’occasion de planer, de t’élever dans les airs, de venir en aide aux fleurs, de symboliser la beauté et la fragilité, ni en aucune façon de personnifier le papillon. Il ne faut pas jouer les mots jusqu’au bout. Jamais. N’essaie jamais de quitter le sol quand tu parles d’envol. Ne ferme jamais les yeux en rejetant la tête sur le côté quand tu parles de la mort. Ne me fixe pas avec tes yeux brûlants quand tu parles d’amour. Si tu veux m’impressionner quand tu parles d’amour, glisse ta main dans ta poche ou sous ta robe et branle-toi. Si l’ambition et la soif d’applaudissements t’ont poussé à parler d’amour, tu devrais apprendre à le faire sans te déshonorer ni déshonorer ton matériau.

Quelle expression exige notre époque ? Elle n’exige aucune expression particulière. Nous avons vu des photos de mères asiatiques affligées. L’angoisse des organes que tu tripotes n’intéresse personne. Ton visage ne peut rien exprimer qui puisse rivaliser avec l’horreur de notre temps. N’essaie même pas. Tu ne ferais que t’exposer au mépris de ceux qui ont profondément ressenti ces choses. Nous avons vu des bandes d’actualité montrant des êtres humains aux limites de la souffrance et de l’effondrement. Tout le monde sait que tu manges bien et que tu es même payé pour être là. Tu joues devant des gens qui ont vécu une catastrophe, ça devrait te calmer. Dis les mots, transmets l’information, retire-toi. Tout le monde sait que tu souffres. Tu ne peux pas dire au public tout ce que tu sais sur l’amour dans chaque vers d’amour que tu dis. Retire-toi et le public saura ce que tu sais parce qu’il le sait déjà. Tu n’as rien à lui apprendre. Tu n’es pas plus beau que lui. Pas plus malin. Ne crie pas. N’essaie pas de rentrer de force, à sec. C’est une mauvaise façon de faire l’amour. Si tu tiens à montrer tes organes génitaux en vers alors tu dois tenir tes promesses. Et rappelle toi que les gens ne veulent pas d’acrobate au lit. De quoi avons-nous besoin ? De rester au plus près de l’homme naturel, de la femme naturelle. Ne fais pas semblant d’être un chanteur adulé avec un public immense et fidèle qui a suivi les hauts et les bas de ta vie jusqu’à ce moment précis. Les bombes, les lance-flammes et toutes ces merdes ont détruit bien plus que des arbres et des villages. ils ont aussi détruit la scène. Est-ce que tu penses que ta profession allait échapper à la destruction générale ? La scène n’existe plus. Les feux de la rampe n’existent plus. Tu es au milieu des gens. alors sois modeste. Dis les mots, transmets l’information, retire-toi. Sois seul. Dans ta chambre. Ne te mets pas en avant.

C’est un paysage intérieur. Ça se passe à l’intérieur. C’est privé. Respecte le caractère privé de ton matériau. Ces textes sont écrits dans le silence. Le courage de ce jeu est de les dire. La discipline du jeu est de ne pas les violer. Laisse le public ressentir ton amour de la solitude même si tu ne connais aucune solitude. Sois une bonne pute. Le poème n’est pas un slogan. Il ne peut pas faire ta pub. Il ne peut pas faire la promotion de ta sensibilité. Tu n’es pas un étalon. Tu n’es pas une femme fatale. Toutes ces conneries sur les petits chefs de l’amour… Tu es un étudiant en discipline. Ne joue pas les mots jusqu’au bout. Les mots meurent quand tu les joues jusqu’au bout, ils se flétrissent et il ne nous reste que notre ambition.

Dis les mots avec la même précision que tu mettrais pour vérifier une liste de blanchisserie. Ne t’attendris pas sur le corsage en dentelle. Ne te mets pas à bander quand tu dis « petite culotte ». N’aie pas de frisson à cause d’une serviette de toilette. Les draps ne devraient pas faire naître d’expression rêveuse dans tes yeux. Inutile de pleurer dans le mouchoir. Les chaussettes ne sont pas là pour te rappeler des voyages étranges et lointains. Ce n’est que ton linge sale, ce ne sont que tes vêtements. Ne joue pas au voyeur. Mets-les, c’est tout.

Le poème n’est qu’une information. C’est la constitution du pays intérieur. Si tu le déclames et si tu le gonfles avec de nobles intentions, alors tu ne vaux pas mieux que les politiciens que tu méprises. Tu es quelqu’un qui agite un drapeau et qui fait bassement appel à un patriotisme sentimental. Pense aux mots comme à une science pas comme un art. Ce sont des comptes rendus. Tu parles devant une assemblée du club des Explorateurs de la Société Géographique Nationale. Ce sont des gens qui connaissent les risques de l’escalade. Ils t’honorent de considérer ce que tu dis comme allant de soi. Si tu leur mets le nez dedans, ce sera une insulte à leur hospitalité. Parle-leur de la hauteur de la montagne, de l’équipement que tu as utilisé, sois précis à propos des surfaces et du temps qu’il t’a fallu pour les escalader. Ne cherche pas à provoquer dans le public des hoquets et des soupirs. Si tu en mérites, ils ne te viendront pas de ton évaluation mais de celle de ton public. Ce sera dans les statistiques. non dans les tremblements de la voix ou les effets de manche. Ce sera dans l’information et la tranquille organisation de ta présence.

Evite les fioritures. N’aie pas peur d’être faible. N’aie pas honte d’être fatigué. Tu as une bonne tête quand tu es fatigué. On dirait que tu pourrais continuer comme ça indéfiniment. Maintenant viens dans mes bras. Tu es l’image de ma beauté.

*

How to Speak Poetry

Take the word butterfly. To use this word it is not necessary to make the voice weigh less than an ounce or equip it with small dusty wings. It is not necessary to invent a sunny day or a field of daffodils. It is not necessary to be in love, or to be in love with butterflies. The word butterfly is not a real butterfly. There is the word and there is the butterfly. If you confuse these two items people have the right to laugh at you. Do not make so much of the word. Are you trying to suggest that you love butterflies more perfectly than anyone else, or really understand their nature? The word butterfly is merely data. It is not an opportunity for you to hover, soar, befriend flowers, symbolize beauty and frailty, or in any way impersonate a butterfly. Do not act out words. Never act out words. Never try to leave the floor when you talk about flying. Never close your eyes and jerk your head to one side when you talk about death. Do not fix your burning eyes on me when you speak about love. If you want to impress me when you speak about love put your hand in your pocket or under your dress and play with yourself. If ambition and the hunger for applause have driven you to speak about love you should learn how to do it without disgracing yourself or the material.

What is the expression which the age demands? The age demands no expression whatever. We have seen photographs of bereaved Asian mothers. We are not interested in the agony of your fumbled organs. There is nothing you can show on your face that can match the horror of this time. Do not even try. You will only hold yourself up to the scorn of those who have felt things deeply. We have seen newsreels of humans in the extremities of pain and dislocation. Everyone knows you are eating well and are even being paid to stand up there. You are playing to people who have experienced a catastrophe. This should make you very quiet. Speak the words, convey the data, step aside. Everyone knows you are in pain. You cannot tell the audience everything you know about love in every line of love you speak. Step aside and they will know what you know because you know it already. You have nothing to teach them. You are not more beautiful than they are. You are not wiser. Do not shout at them. Do not force a dry entry. That is bad sex. If you show the lines of your genitals, then deliver what you promise. And remember that people do not really want an acrobat in bed. What is our need? To be close to the natural man, to be close to the natural woman. Do not pretend that you are a beloved singer with a vast loyal audience which has followed the ups and downs of your life to this very moment. The bombs, flame-throwers, and all the shit have destroyed more than just the trees and villages. They have also destroyed the stage. Did you think that your profession would escape the general destruction? There is no more stage. There are no more footlights. You are among the people. Then be modest. Speak the words, convey the data, step aside. Be by yourself. Be in your own room. Do not put yourself on.

This is an interior landscape. It is inside. It is private. Respect the privacy of the material. These pieces were written in silence. The courage of the play is to speak them. The discipline of the play is not to violate them. Let the audience feel your love of privacy even though there is no privacy. Be good whores. The poem is not a slogan. It cannot advertise you. It cannot promote your reputation for sensitivity. You are not a stud. You are not a killer lady. All this junk about the gangsters of love. You are students of discipline. Do not act out the words. The words die when you act them out, they wither, and we are left with nothing but your ambition.

Speak the words with the exact precision with which you would check out a laundry list. Do not become emotional about the lace blouse. Do not get a hard-on when you say panties. Do not get all shivery just because of the towel. The sheets should not provoke a dreamy expression about the eyes. There is no need to weep into the handkerchief. The socks are not there to remind you of strange and distant voyages. It is just your laundry. It is just your clothes. Don’t peep through them. Just wear them.

The poem is nothing but information. It is the Constitution of the inner country. If you declaim it and blow it up with noble intentions then you are no better than the politicians whom you despise. You are just someone waving a flag and making the cheapest kind of appeal to a kind of emotional patriotism. Think of the words as science, not as art. They are a report. You are speaking before a meeting of the Explorers’ Club of the National Geographic Society. These people know all the risks of mountain climbing. They honour you by taking this for granted. If you rub their faces in it that is an insult to their hospitality. Tell them about the height of the mountain, the equipment you used, be specific about the surfaces and the time it took to scale it. Do not work the audience for gasps ans sighs. If you are worthy of gasps and sighs it will not be from your appreciation of the event but from theirs. It will be in the statistics and not the trembling of the voice or the cutting of the air with your hands. It will be in the data and the quiet organization of your presence.

Avoid the flourish. Do not be afraid to be weak. Do not be ashamed to be tired. You look good when you’re tired. You look like you could go on forever. Now come into my arms. You are the image of my beauty.

***

Leonard Cohen (1934-2016)Death Of A Lady’s Man (McClelland & Stewart, 1978) – Mort d’un séducteur (Christian Bourgois, 1981) – Traduit de l’américain par Serge Grünberg.

Raymond Farina – Le démon du scrupule

•novembre 8, 2019 • Laisser un commentaire

Ils sont légion
les bons,
les meilleurs parmi ceux
qui disent, en toute occasion,
tout le bien
qu »ils pensent d’eux-mêmes.

Plus rares
ceux qui, fouillant dans leur conscience
qu’ils croyaient plus légère qu’eux,

y trouvent
quelques méfaits de poids,
quelques forfaits de plume,

reconnaissent avoir
troublé plus d’une fête,
écorché quelques noms,
étouffé un sanglot,
écrasé une larme,
et noyé un chagrin
dans une goutte d’eau,
tué le temps plus d’une fois,

et néanmoins espèrent
voir de nouveau le monde
avec les yeux de l’innocence
pour être dispensés
de dire et de redire
tout le mal
qu’ils pensent d’eux-mêmes.

***

Raymond Farina (né en 1940 à Alger) – Fantaisies (L’Arbre à Paroles, 2005) – Sabine Dewulf, Raymond Farina, Présence de la poésie (Editions des Vanneaux, Bordeaux, 2019)

 
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secousse sismique travaillant l’épaisseur d’une lentille de cristal, cette fin du monde de poche s’exprimait tout entière dans la syllabe fragm, identique de “diaphragme” à “fragment”, comme une paillette pierreuse qu’on retrouve pareille à elle-même dans des roches de structures diverses mais dont les éléments principaux, de l’une à l’autre, demeurent constants (Michel Leiris)

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