Thérèse Plantier – Laisse tomber

•septembre 19, 2019 • 2 commentaires

Redevenue plate la terre se fendille
aux fissures mon œil collé
n’aperçoit rien du Tout
chaque fois que j’empoigne une feuille je la troue
chaque fois que j’observe ça clignote
vais-je tomber en l’air
comme ils le font les uns après les autres ?
le désir gode à mes lèvres
que je me garde de souligner de circonscrire
les vecteurs à sirop se cisaillent d’eux-mêmes
laisse tomber me dis-je la mort est en route
c’est pas marle de tant pleurer
dans un autre récipient
transvase ton angoisse
énorme fluide doré dont pointent des échardes
avec un bruit qui fait l’ascension de la trachée
comme un chat noyé
comme un chien empoisonné
moi qui aimais tant la raison
j’ai dû opter pour la folie.

***

Thérèse Plantier (1911-1990)La Portentule suivi de Mémoires inférieurs (Saint-Germain-des-Prés, 1978)

Nicanor Parra – Femmes

•septembre 18, 2019 • Laisser un commentaire

La femme impossible,
La femme de deux mètres de haut,
La dame de marbre de Carrare
Qui ne fume ni ne boit,
La femme qui ne veut pas se déshabiller
De peur de tomber enceinte,
La vestale intouchable
Qui ne veut pas être mère,
La femme qui respire par la bouche,
La femme qui marche
Vierge vers la chambre nuptiale
Mais qui réagit comme un homme,
Celle qui s’est déshabillée par sympathie
Parce qu’elle aime la musique classique
La rousse qui a couru à sa perte,
Celle qui ne se donne que par amour
La donzelle qui regarde d’un œil,
Celle qui se laisse seulement posséder
Sur le canapé, au bord de l’abîme,
Celle qui déteste les organes sexuels,
Celle qui s’unit seulement à son chien,
La femme qui fait celle qui dort
(Son mari l’allume avec une allumette)
La femme qui se donne parce que oui
Parce que la solitude, parce que l’oubli …
Celle qui est arrivée jeune fille à la vieillesse,
La professeure myope,
La secrétaire à lunettes noires,
La pâle demoiselle binoclarde
(Elle ne veut rien savoir du phallus)
Toutes ces walkyries
Toutes ces matrones respectables
Avec leurs grandes et petites lèvres
Finiront par me rendre fou.

*

Mujeres

La mujer imposible,
La mujer de dos metros de estatura,
La señora de mármol de Carrara
Que no fuma ni bebe,
La mujer que no quiere desnudarse
Por temor a quedar embarazada,
La vestal intocable
Que no quiere ser madre de familia,
La mujer que respira por la boca,
La mujer que camina
Virgen hacia la cámara nupcial
Pero que reacciona como hombre,
La que se desnudó por simpatía
Porque le encanta la música clásica
La pelirroja que se fue de bruces,
La que sólo se entrega por amor
La doncella que mira con un ojo,
La que sólo se deja poseer
En el diván, al borde del abismo,
La que odia los órganos sexuales,
La que se une sólo con su perro,
La mujer que se hace la dormida
(El marido la alumbra con un fósforo)
La mujer que se entrega porque sí
Porque la soledad, porque el olvido…
La que llegó doncella a la vejez,
La profesora miope,
La secretaria de gafas oscuras,
La señorita pálida de lentes
(Ella no quiere nada con el falo)
Todas estas walkirias
Todas estas matronas respetables
Con sus labios mayores y menores
Terminarán sacándome de quicio.

***

Nicanor Parra (1914-2018)Versos de salón (Santiago, Nascimento, 1962) – Traduit de l’espagnol (Chili) par Fausto Giudice.

Charles Bukowski – Le maximum

•septembre 17, 2019 • Laisser un commentaire

voici venir des têtes de poisson qui chantent
voici venir des pommes de terre cuites déguisées

voici venir le moment où il n’y a plus rien à faire
voici venir la nuit d’insomnie

voici venir le téléphone qui sonne par erreur

voici venir un termite qui joue du banjo
voici venir un porte-drapeau aveugle
voici venir un chat et un chien qui portent des nylons

voici venir une mitraillette qui chante
voici venir du bacon qui grésille dans la poêle
voici venir une voix qui débite des choses ennuyeuses

voici venir un journal bourré de petits oiseaux rouges
avec des becs plats et marron

voici venir un con qui brandit une torche
une grenade
un amour mortel

voici venir la victoire qui porte
un seau de sang
et qui trébuche dans les baies

et les draps viennent se plaquer sur les fenêtres

et les bombardiers se dirigent vers l’est l’ouest
le nord le sud
puis se perdent
dans un long soubresaut

tandis que tous les poissons de la mer se
mettent en ligne et forment
une seule ligne
une seule longue ligne
une très longue ligne mince
la plus longue ligne que vous ayez pu imaginer

et nous sommes perdus
errant entre les montagnes pourpres

et nous marchons
aussi nus que la lame du couteau

ayant tout perdu
ayant tout recraché jusqu’au noyau d’olive

tandis que la fille du téléphone
hurle
« ne rappelez plus, pauvre cloche! »

*

The Most

here comes the fishhead singing
here comes the baked potato in drag

here comes nothing to do all day long
here comes another night of no sleep

here comes the phone ringing the wrong tone

here comes a termite with a banjo
here comes a flagpole with blank eyes
here comes a cat and a dog wearing nylons

here comes a machinegun singing
here comes bacon burning in the pan
here comes a voice saying something dull

here comes a newspaper stuffed with small red birds
with flat brown beaks

here comes a cunt carrying a torch
a grenade
a deathly love

here comes victory carrying
one bucket of blood
and stumbling over the berrybush

and the sheets hang out the windows

and the bombers head east west north south
get lost
get tossed like salad

as all the fish in the sea line up and form
one line
one long line
one very long thin line
the longest line you could ever imagine

and we get lost
walking past purple mountains

we walk lost
bare at last like the knife

having given
having spit it out like an unexpected olive seed

as the girl at the call service
screams over the phone:
“don’t call back! you sound like a jerk!”

***

Charles Bukowski (1920-1994)Love is a Dog From Hell (1977)L’amour est un chien de l’enfer (Grasset, 1977) – Traduit de l’américain par Gérard Guégan.

 

Pierre Unik – La société sans hommes

•septembre 16, 2019 • Laisser un commentaire

Le matin coule sur les végétaux froissés
comme une goutte de sueur sur les lignes de la main
je rampe sur la terre
bouche rugueuse et sévère
le soleil se dilate dans les canaux des feuilles monstrueuses
qui recouvrent les cimetières les ports les maisons
de la même ardeur visqueuse et verte
alors se présente à mon esprit avec une intensité bouleversante
l’absurdité des groupements humains
dans ces maisons pressées l’une contre l’autre
comme les pores de la peau
parmi le vide poignant des espaces terrestres
J’entends crier les oiseaux dont on a dit autrefois qu’ils chantaient
et qui ressemblent implacablement à des pierres
je vois des troupeaux de maisons qui broutent la sève de l’air
des usines qui chantent comme les oiseaux d’autrefois
des chemins qui se perdent dans les récoltes de sel
des morceaux de ciel qui sèchent sur la mousse vert-de-grisée
un grincement de poulie annonce qu’un seau remonte dans un puits

*

The Manless Society

Morning trickles over the bruised vegetables
like a drop of sweat over the lines of my hand
I crawl over the ground
with stem and wrinkled mouth
the sun swells into the canals of monstrous leaves
which recover cemeteries harbours houses
with the same sticky green zeal
then with disturbing intensity there passes through my mind
the absurdity of human groupings
in these lines of closely packed houses
like the pores of the skin
in the poignant void of terrestrial space
I hear the crying of birds of whom it used to be said
that they sang and implacable resembled stones
I see flocks of houses munching the pith of the air
factories which sing as birds once sang
roads which lose themselves in harvests of salt
pieces of sky which become dry on verdigris moss
a pulley’s creaking tells us that a bucket rises in a well
it is full of limpid blood
which evaporates in the sun
nothing else will trouble this circuit on the ground
until evening
which trembles under the form of an immense pinned butterfly
at the entrance of a motionless station.

***

Pierre Unik (1909-1945)Le Surréalisme au service de la révolution N°5, 15 mai 1933 – Translated by David Gascoyne.

Jean Orizet – Les mauvais jours

•septembre 16, 2019 • Laisser un commentaire

Que mon bonheur porte ton nom,
que tes yeux rongent mon espace,
que je sois ton terrain conquis.

Ainsi deviendrons-nous
cette rose unique
à jamais sauvée
du long dessèchement.

Ainsi pourrons-nous vivre
sans faiblir au cœur
des foules grimaçantes
et soutenir la lumière crue
des mauvais jours.

***

Jean Orizet (né en 1937 à Marseille)En soi le chaos (Saint-Germain-des-Prés, 1975)

Yves Martin – On ne commence pas un amour…

•septembre 14, 2019 • Laisser un commentaire

On ne commence pas un amour
Par n’importe quelles averses,
Une goutte, plusieurs gouttes. Le silence.
Le temps de passer d’une tendresse à une autre.

Un visage se cache. On ne le déplie pas
Comme le diable d’une kermesse.
On prend le miel, puis, le sang,
Une main ne se boit pas cul sec.

On guette la lumière. On ne fait rien
Avant de l’avoir surprise.
On dit au chant de disparaître.
La chair vient. On ne l’attendait plus.

***

Yves Martin (1936-1999)Le marcheur (Chambelland, 1972) (La Table Ronde, 1996)

Fabien Sanchez – D’où vient la vie…

•septembre 13, 2019 • Laisser un commentaire

D’où vient la vie

quand elle paraît perdue,

et surtout,

jusqu’où va-t-elle,

sans moi pour la suivre ?

***

Fabien Sanchez (né en 1972 à Montpellier) – La marque impure (La P’tite Hélène, 2019)

 
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