Tomas Tranströmer – Kyrie (1958)

•mai 6, 2015 • Laisser un commentaire

Tomas TranströmerParfois, ma vie ouvrait les yeux dans l’obscurité.
Comme de voir passer dans les rues des foules
aveugles et agitées, en route pour un miracle,
alors qu’invisible, je restais à l’arrêt.

Comme l’enfant s’endort, terrifié,
à l’écoute des pas lourds de son coeur.
Longtemps, longtemps, jusqu’à ce que le matin jette
des rayons dans les serrures
et que s’ouvrent les portes de l’obscurité.

*

Sometimes my life opened its eyes in the dark.
A feeling as if crowds drew through the streets
in blindness and anxiety on the way toward a miracle,
while I invisibly remained standing.

As the child falls asleep in terror
listening to the heart’s heavy tread.
Slowly, slowly until morning puts its rays in the locks
and the doors of darkness open.

***

Tomas Tranströmer (Stockholm, Suède 1931-2015)Hemligheter på vägen (1958) – Translated by Robert Fulton

Olav H. Hauge – Lentement émerge la vérité (Seint gjeng sanningi upp, 1956)

•mai 6, 2015 • Laisser un commentaire

Olav H. HaugeSe réveiller et sentir
son coeur défaillir
lourd comme une pierre
noir et dur.

Lentement se lève la houle,
lentement rougissent les bois dans la gorge.
Lentement lèchent les flammes de l’enfer.
Lentement émerge la vérité.

*

Å vakna, og kjenna
sitt hjarta falla
steintungt og myrkt
mot forherding…

Seint lyfter havet si bylgje,
seint rodnar skog i djuvet,
seint byrjar logane å sleikja i helvete,
seint gjeng sanningi upp…

*

To rise, and know
your heart sinks
dark and heavy,
hardening into stone…

Slowly the sea lifts its waves,
slowly the trees turn red in the gorge,
slowly the fires begin to lap in hell,
slowly the truth dawns…

***

Olav H. Hauge (Ulvik, Norvège, 1908-1994) Lentement rougissent les bois dans la gorge (Seint rodnar skog i djuvet, 1956) – Traduit du néonorvégien par François Monnet – « Slowly the Truth Dawns » translated by Robert Bly and Robert Hedin

Anne Perrier – On voudrait dire c’est le paradis… (1960)

•mai 5, 2015 • Laisser un commentaire

Anne PerrierOn voudrait dire c’est le paradis
Tellement cette pauvre apparence
Est douce à notre ignorance
Le temps marque midi
La lumière des campaniles
Entre en nous comme une couleuvre
Plus besoin de preuve
Mourir est inutile

***

Anne Perrier (née à Lausanne, Suisse en 1922)Le petit pré (1960)

Liliane Wouters – J’étais plus pauvre que la nuit… (1983)

•mai 4, 2015 • Laisser un commentaire

Liliane WoutersJ’étais plus pauvre que la nuit,
plus taciturne qu’un monarque à la fenêtre,
plus solitaire qu’un stylite.

Je n’avais plus au creux des mains
que la poussière de ma vie.

Tu es venue, les pierres ont crié,
les ruines ont levé la tête,
la braise dans mon sang s’est rallumée,
la vie a repris cours,
l’ombre a donné naissance.

Tous les chemins conduisent jusqu’à toi.

***

Liliane Wouters (née à Ixelles, Belgique en 1930)L’aloès (1983)

Richard Brautigan – Un jeu appelé éternité (A game called eternity)

•mai 3, 2015 • 1 commentaire

Richard BrautiganLa simplicité
de la vie
et la complexité
de la mort
jouent à un jeu
appelé éternité
contre
la complexité
de la vie
et la simplicité
de la mort.

*

The simplicity
of life
and the complexity
of death
play a game
called eternity
against
the complexity
of life
and the simplicity
of death.

***

Richard Brautigan (1935-1984)Pourquoi les poètes inconnus restent inconnus (2003) – Traduit de l’américain par Thierry Beauchamp et Romain Rabier

Linda Pastan – Poème d’amour (Love Poem, 1988)

•mai 2, 2015 • Laisser un commentaire

Linda PastanJe veux t’écrire
un poème d’amour aussi impétueux
que notre ruisseau
après le dégel
tandis que nous nous tenons
sur ses rives
dangereuses et le regardons emporter
avec lui chaque brindille
chaque feuille sèche et chaque branche
sur son passage
chaque scrupule
quand nous le voyons
si gonflé
par les eaux de ruissellement
que tout en l’observant
nous devons nous tenir
l’un l’autre
et faire un pas en arrière
nous devons nous tenir
l’un l’autre ou
avoir nos chaussures
trempées nous devons
nous tenir l’un l’autre

*

I want to write you
a love poem as headlong
as our creek
after thaw
when we stand
on its dangerous
banks and watch it carry
with it every twig
every dry leaf and branch
in its path
every scruple
when we see it
so swollen
with runoff
that even as we watch
we must grab
each other
and step back
we must grab each
other or
get our shoes
soaked we must
grab each other

***

Linda Pastan (née à New York en 1932)The Imperfect Paradise (1988) – Traduit de l’anglais par Stéphane Chabrières

Rainer Maria Rilke – J’ai vu dans l’oeil animal… (1926)

•mai 1, 2015 • Laisser un commentaire

Pablo Picasso - Tête de chêvre (1955)J’ai vu dans l’oeil animal
la vie paisible qui dure,
le calme impartial
de l’imperturbable nature.

La bête connaît la peur;
mais aussitôt elle avance
et sur son champ d’abondance
broute une présence
qui n’a pas le goût d’ailleurs.

*

In the eye of a wild creature
I’ve seen life’s constancy
and peace, the equanimity
of imperturbable nature.

The beast may well know fear
but continues its advance
and on its fields of abundance
there grazes another presence
with no sense of elsewhere.

***

Rainer Maria Rilke (1875-1926)Vergers (1926) – Traduit du français par Peter Oram and Alex Barr

 
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