Yves Boisvert – Le mot dit ne s’efface pas…

•février 27, 2017 • 2 commentaires

Yves BoisvertLe mot dit ne s’efface pas
à moins de l’ôter de sa mémoire
et de le remplacer par son suivant
et puisqu’il faut des mots
ils sont ce qui nous reste
quand tout le monde s’en va

***

Yves Boisvert (L’Avenir, Québec 1950 – Sherbrooke 2012)Une saison en paroisses mauriciennes (Écrits des Forges, 2013)

Lanza del Vasto – La maison de vent

•février 26, 2017 • Un commentaire

Lanza del Vasto par Luc Dietrich,  1938J’ai ma maison dans le vent sans mémoire,
J’ai mon savoir dans les livres du vent,
Comme la mer j’ai dans le vent ma gloire,
Comme le vent j’ai ma fin dans le vent.

Damas, 1939

***

Lanza del Vasto (1901-1981)Le chiffre des choses (Robert Laffont, 1942)

Francis Giauque – Soleil éteint…

•février 26, 2017 • Laisser un commentaire

Bois gravé de Jacques Matthey, dans Parler seul, 1959soleil éteint
rongé au ver
d’une rouille
incertaine
nerfs à vif
cœur englué
j’aligne
des mots aveugles
pour étoiler
un ciel
en loques

***

Francis Giauque (Prêles, Suisse, 31 mars 1934 – Neuchâtel, 13 mai 1965)Parler seul (1959) – Œuvres (Éditions de l’Aire, 2005)

Nicolas Rozier – Francis Giauque – La tranchée de fer

•février 25, 2017 • Laisser un commentaire

Nicolas Rozier - "Francis Giauque" - Mine de plomb sur papier steinbach 350gr, 73x55cm, 2013Je ne sais plus si j’ai vu le visage avant les poèmes, le nom avant les textes, la fiche de désastre avant les sommaires mais je sais que la photo, celle aux allures d’archives policières, la nécrologique, elle ne s’y prend pas à deux fois pour rendre le portrait d’un cœur dans son cadavre d’amour. On voit la scène du visage qui reflue, les ferrailles vernissées de pluie et les crevasses d’un ravin, la carrière dynamitée du crâne, et on sait que ça va tomber dru. On se dit qu’on aurait dû y aller comme ça, aussi droitement, en refusant de passer outre la tristesse infinie. Et là, on apprend qu’à la beauté de l’art tournoyant comme une ronde de prisonniers répond la tristesse du Grand Art. Ce visage d’averse enfermée nous dit que jamais l’abîme ne saura s’adresser au voisin ni taper sur l’épaule de personne. La terreur de cette vie ruinée à la base n’est pas d’une cause comme elle serait d’un pays, elle vient de l’infini et de sa monture noire cravachée.

***

Nicolas Rozier (Né à Reims en 1971) – Tombeau pour les rares (Editions de Corlevour, 2010)

Ji Xian – Mince comme une feuille de papier…

•février 25, 2017 • Laisser un commentaire

Ji XianMince comme une feuille de papier
la jeunesse qui enveloppe une tête de mort.
Rapide comme une flèche
la vie qui précède la mort.
Le mince papier, trop fragile, se déchire !
La vie n’est qu’une unique flèche !

***

Ji Xian (Hebei, comté de Qingyuan, Chine, 1913-2013)Le ciel en fuite (Editions Circé, 2004) – Traduit du chinois (Taïwan) par Martine Vallette-Hémery

Guillaume Apollinaire – Fusée-signal

•février 24, 2017 • Laisser un commentaire

Guillaume ApollinaireDes villages flambaient dans la nuit intérieure
Une fermière conduit son auto sur une route vers Galveston

Qui a lancé cette fusée-signal

Néanmoins tu feras bien de tenir la porte ouverte
Et puis le vent scieur de long
Suscitera en toi la terreur des fantômes
Ta langue
Le poisson rouge dans le bocal
De ta voix
Mais ce regret
À peine une infirmière plus blanche que l’hiver
Éblouissant tandis qu’à l’horizon décroît
Un régiment de jours plus bleus que les collines
Lointaines et plus doux que ne sont les coussins de l’auto

***

Guillaume Apollinaire (1880-1918)Nord-Sud, n° 2, 15 avril 1917

Annie Le Brun – Chacun de mes masques scintillants

•février 24, 2017 • Laisser un commentaire

Annie Le Brun - Photo : Rajak OhanianChacun de mes masques scintillants se ferme sur la réalité comme la paupière d’un fauve nacré. Vous n’y voyez que du bleu. J’empale votre vertige au fond des marais glauques de la foule crépusculaire dont je m’approprie les balancements hagards. Les gestes déclinent sans doute ainsi que le col des cygnes sur la houille de leur œil stupide. Vous voudriez ne pas vous en souvenir.

Mais en écartant, même très délicatement, les écailles du rêve, ne se heurte-t-on pas toujours à un banc de crocodiles alanguis sur les berges du temps.

***

Annie Le Brun (née à Rennes en 1942)Les écureuils de l’orage – Ombre pour ombre (2004)

Enregistrer