Pierre Emmanuel – Un besoin immense d’aimer…

•décembre 16, 2017 • Laisser un commentaire

Un besoin immense d’aimer
Qu’aucune nostalgie ne console
Voilà ma preuve
Contre tout le savoir
Voilà le creux de ma certitude
Ce trou au centre
Que rien dans les mondes
Ne peut obturer
Science sur science coulent sans cesse
À travers ce trou
II n’en reste au fond qu’une flaque
Où l’humour céleste
Se joue
La science disent-ils n’est pas faite
Pour la faim ni la soif
Or moi qui ne me nourris que du bleu
Je le lape justement dans la flaque
Pour me moquer
De l’impuissance de la connaissance
À le connaître
Comme à le nier

***

Pierre Emmanuel (1916-1984)Œuvres poétiques complètes (L’Âge d’homme, 2001)

Publicités

René Char – Les observateurs et les rêveurs

•décembre 15, 2017 • Un commentaire

Avant de rejoindre les nomades
Les séducteurs allument les colonnes de pétrole
Pour dramatiser les récoltes.

Demain commenceront les travaux poétiques
Précédés du cycle de la mort volontaire.
La règne de l’obscurité a coulé la raison, le diamant dans la mine.

Mères éprises des mécènes du dernier soupir,
Mères excessives,
Toujours à creuser le cœur massif,
Sur vous passera indéfiniment le frisson des fougères des cuisses embaumées.
On vous gagnera,
Vous vous coucherez.

Seuls aux fenêtres des fleuves,
Les grands visages éclairés
Rêvent qu’il n’y a rien de périssable
Dans leur paysage carnassier.

*

Observers and Dreamers

Before rejoining the nomads
The seducers ignite columns of gas
To dramatize the harvest

Poetic toil will begin tomorrow
Preceded by the cycle of voluntary death
The reign of darkness scuttling reason the diamond in the mine

Mothers smitten with patrons of the last sigh
Excessive mothers
Endlessly furrowing the massive heart
Endless prey to the shuddering ferns of embalmed thighs
You will be won
You will go to bed

Alone at river-windows
Great lighted faces
Dream there is nothing that dies
In their carnivorous landscape.

***

René Char (1907-1988)Le marteau sans maître (Editions surréalistes, 1934) – Selected Poems (New Directions, 1992) – Translated by Mary Ann Caws.

Milan Rúfus – Je n’ai qu’une rose entre mes doigts…

•décembre 14, 2017 • Laisser un commentaire

Je n’ai qu’une rose entre mes doigts
qu’un fragment de cette fête.
Dans les veines une foi vivante
et dans ma gorge une poignée de mots.
Mon chant s’enroule
comme le fil autour du fuseau
d’un instant qui sera un jour
un jour pour tous un instant de joie.
Ce moment nous reviendra à nous et
aux hommes de bonne volonté
dans l’âpre combat que nous menons pour
gagner l’incandescente sagesse.

Mais je sais qu’il restera
comme un pain sur notre table
un jeu de frontières
une invite
des solitudes du profond désert :
l’amour qui gouverne le monde se sera assis à notre table.

*

Len ružu v prstoch mám.
Len fragment z tohto sviatku.
A v cievach vieru živú
a v hrdle za hrsť slov.
vije sa nápev môj
jak vlákno v kolovrátku
o chvíli, ktorá bude
raz všetkým radostnou.
Tá chvíľa stretne nás i našich dobrej vôle.
O múdrosť žeravú tvrdo sa zápasí.

Ale ja viem, že ostane
jak chlieb na dobrom stole,
to rozhranie,
to pozvanie
zo samôt púšte holej:
Láska, čo ľuďom panuje, za náš stôl sadla si…

***

Milan Rúfus (1928-2009)L’inquiétude du cœur (La Différence, 2002) – Traduit du slovaque par Arlette Cornevin.

Arthur Rimbaud – Faim

•décembre 13, 2017 • 3 commentaires

Arthur RimbaudSi j’ai du goût, ce n’est guère
Que pour la terre et les pierres.
Je déjeune toujours d’air,
De roc, de charbons, de fer.

Mes faims, tournez. Paissez, faims,
Le pré des sons.
Attirez le gai venin
Des liserons.

Mangez les cailloux qu’on brise,
Les vieilles pierres d’églises ;
Les galets des vieux déluges,
Pains semés dans les vallées grises.

*

Hunger

What appetite I have
Is for earth and stones.
I feed always on air,
Rock, iron, coals.

My hungers, turn. Hungers, graze
The fields of bran.
Gather bright poisons
of bindweed.

Eat the stones that they break,
The old church-stones;
Pebbles from old floods,
Bread sown in grey valleys.

***

Arthur Rimbaud (1854-1891)Une saison en enfer (1873) – Collected Poems (Oxford World’s Classics, 2001) – Translated by Martin Sorrell.

Malcolm Lowry – En partance

•décembre 12, 2017 • Laisser un commentaire

À la poupe d’un bateau
J’ai veillé nuit après nuit
L’espoir fluctuant
De la minute qui précède.
Le bois d’épave,
Le lambeau de fumée,
Toute la beauté
Toute la tristesse de la mer.
Mes mots sont plus forts
Que des images :
Le simple fait
De l’étonnement
Plus fort que sons sens pour un autre.
Le froid du crépuscule
La voile évanouie
La maison très loin
Et par le travers
Les colonnes d’Hercule.

*

Outward Bound

On the poop of a ship
I watched each night
The fluctuant hope
Of the moment before.
The wood drifting,
The torn smoke,
All the beauty,
The sadness of the sea.
These words are stronger
Than images:
The simple fact
Of bewilderment
Than what it meant to another.
The twilight cold
The sail gone
And home far
And abaft the beam
The Pillars of Hercules.

***

Malcolm Lowry (1909-1957)Le phare appelle à lui la tempête (Points, 2009) – Traduit de l’anglais par Jacques Darras.

Emil Botta – La récolte

•décembre 11, 2017 • Laisser un commentaire

L’automne a sur mon front saupoudré
un monceau de pensées flétries, cuivrées, rabougries.
Hiver, je t’implore, prends-les,
et sèmes-en d’autres en leur lieu.

Le printemps dans mon verre a versé
un vin source de visions, de cauchemars.
Eté, je t’en prie, viens sans attendre
et reçois-moi sous ton aile ardente.

Ne pleure plus, étoile, ne te lamente plus,
arrête, nuit, de me gronder.
Fais donc justice, cher vieux soleil,
tu m’auras pour frère à tes côtés.

*

Recolta

Toamna mi-a scuturat pe frunte
noian de gânduri veștede, arămii, mărunte.
Iarnă, să le iei te implor,
și să așterni altele în locul lor.

Primăvara mi-a turnat în pahar
un vin dătător de vedenii, de coșmar.
Vară, te rog vino-n pripă
și primește-mă sub arzătoarea-ți aripă.

Nu mai plânge, stea, nu mai jeli,
noapte, nu mă dojeni.
Bădie soare, fă tu dreptate
și-am să-ți fiu frate.

***

Emil Botta (1911-1977)L’aurore me trouvera les bras croisés (Hochroth, Paris, 2013) – Traduit du roumain par Nicolas Cavaillès.

Anne Perrier – La solitude…

•décembre 10, 2017 • Laisser un commentaire

La solitude
Cette broussaille désolée
Du cœur
D’où monte à la fin du jour
Une salve de colibris

***

Anne Perrier (1922– 2017)La voie nomade (Zoé, 2000)

 
Le Carnet et les Instants

Revue des Lettres belges francophones

Borntobeanomad

The world is your home.

Manolis

Greek Canadian Author

Littérature portes ouvertes

Littérature contemporaine, poésie française, recherche littéraire...

The Manchester Review

The Manchester Review

poésie : traduction : critique

L'atelier en ligne de Pierre Vinclair

fragm

secousse sismique travaillant l’épaisseur d’une lentille de cristal, cette fin du monde de poche s’exprimait tout entière dans la syllabe fragm, identique de “diaphragme” à “fragment”, comme une paillette pierreuse qu’on retrouve pareille à elle-même dans des roches de structures diverses mais dont les éléments principaux, de l’une à l’autre, demeurent constants (Michel Leiris)

Outlaw Poetry

Even when Death inhabits a poem, he does not own it. He is a squatter. In fact, Death owns nothing. - Todd Moore

Locus Solus: The New York School of Poets

News, links, resources, and commentary on poets and artists of the New York School

Encres désancrées --- Carla Lucarelli

Carnets décousus, Ecriture, Lectures, humeurs, élucubrations, travaux en cours, Images aimées, prises, empruntées

Bonheur des yeux et du palais

sur le fil des jours

%d blogueurs aiment cette page :