José Emilio Pacheco – Vies des poètes

•juin 20, 2018 • Laisser un commentaire

En poésie, pas de fin heureuse.
Les poètes finissent par
vivre leur folie.
Et on les démembre comme des bœufs
(C’est arrivé à Dario).
Ou bien on les lapide et ils finissent
jetés à la mer ou avec
des boules de cyanure dans la bouche.
Ou morts d’alcoolisme, drogue, misère.
Ou, pire encore : poètes officiels,
Habitants amers d’un sarcophage
baptisé Œuvres Complètes.

*

Vidas de los poetas

En la poesía no hay final feliz.
Los poetas acaban
viviendo su locura.
Y son descuartizados como reses
(sucedió con Darío).
O bien los apedrean y terminan
arrojándose al mar o con cristales
de cianuro en la boca.
O muertos de alcoholismo, drogadicción, miseria.
O lo que es peor: poetas oficiales,
amargos pobladores de un sarcófago
llamado Obras completas.

*

The Lives of Poets

In poetry there’s no happy ending.
Poets end up
living their madness.
And they’re quartered like cattle
(it happened to Darío).
Or they’re stoned or wind up
flinging themselves to the sea or with cyanide
salts in their mouths.
Or dead from alcoholism, drug addiction, poverty.
Or worse: canonical poets,
bitter inhabitants of a tomb
entitled Complete Works.

***

José Emilio Pacheco (Mexico City, 1939-2014)Irás y no volverás (Tu t’en iras et tu ne reviendras pas, 1973) – Traduit par ? – Translated by Katherine M. Hedeen and Víctor Rodríguez Núñez.

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Yves Gosselin – Dormir s’éveiller

•juin 19, 2018 • 2 commentaires

Ne pas pouvoir s’éveiller de la vie
Ne pas pouvoir s’endormir dans la mort
Sont les deux phases alternées d’un sommeil
Que nous n’approfondissons jamais

Qui de l’homme vivant ou de l’homme mort
Réveille l’autre ?
Est la seule question en suspens
Dans le temps qui nous abolit

Nous ne sommes toujours
Par fatigue d’exister
Que ces fantômes divisés
Que le temps fragmente

Et si nous vivons
C’est un ton au-dessus toujours
Dans l’emphase ‒
Voix chants fleurs

Pour supporter la vie absente
Nous n’avons qu’un coeur incendié
Mais la mort ne nous consume pas

***

Yves Gosselin (né en 1959 à Sherbrooke, Canada)Artificier de l’absolu (recueil à paraître)

Lucian Blaga – Je ne piétine pas la corolle de merveilles du monde…

•juin 18, 2018 • Laisser un commentaire

Je ne piétine pas la corolle de merveilles du monde
et je n’assassine point
de mes raisonnements les mystères que je croise
sur ma route,
dans les fleurs, dans les yeux, sur les lèvres ou sur les tombes.
La lumière des autres
étouffe le charme impénétrable qui se cache
au profond des ténèbres,
mais moi,
moi avec ma lumière j’amplifie le mystère du monde —
comme les rayons blancs de la lune
n’éteignent point mais au contraire
avivent l’obscur frémissement de la nuit,
de même j’enrichis moi aussi l’horizon ténébreux
des vastes frissons du saint mystère
et tout l’incompris
devient incompréhension plus grande encore
sous mes yeux —
car j’aime
les fleurs, les yeux, les lèvres et les tombes.

*

Eu nu strivesc corola de minuni a lumii
şi nu ucid
cu mintea tainele, ce le-ntâlnesc
în calea mea
în flori, în ochi, pe buze ori morminte.
Lumina altora
sugrumă vraja nepătrunsului ascuns
în adâncimi de întuneric,
dar eu,
eu cu lumina mea sporesc a lumii taină –
şi-ntocmai cum cu razele ei albe luna
nu micşorează, ci tremurătoare
măreşte şi mai tare taina nopţii,
aşa îmbogăţesc şi eu întunecata zare
cu largi fiori de sfânt mister
şi tot ce-i neînţeles
se schimbă-n neînţelesuri şi mai mari
sub ochii mei-
căci eu iubesc
şi flori şi ochi şi buze şi morminte.

*

I never crush the world’s corolla of wonder
nor ever kill
by reasoning, those mysteries
that stray my way
in flowers, in eyes, on lips, or tombs.
The light of others
stifles the spell of the unpierceable hidden
in the depths of the darkness,
but I,
I with my light spawn the world’s mysteries —
just as with its white rays the moon
never lessens, but trembling
makes even greater the mysteries of the night,
so I too enrich the dark horizon
with vibrant tremors of sacred secrets,
and everything that is uncertain
changes to even greater uncertainties
before my very eyes —
because I love
flowers and eyes and lips and tombs.

***

Lucian Blaga (1895-1961)Poemele luminii (1919)Les poèmes de la lumière (Jacques André Editeur, 2016) – Traduit du roumain par Jean Poncet – Complete Poems of Lucian Blaga (Center for Romanian Studies / Unesco, 2001) -Translated by Brenda Walker and Stelian Apostolescu.

Murielle Compère-Demarcy – Le jour tourne la page…

•juin 17, 2018 • Laisser un commentaire

Le jour tourne la page
la dernière
– jusqu’à l’ouverture de la nuit

Il fait silence
Seuls, les arbres bruissent

Une présence vient
parer à la solitude

prendre un autre reflet
– le miroir sans tain –
d’une ressemblance

Au loin
des bêtes vivent

Quelqu’un
– quelque part –
cherche à se sentir

vivre

***

Murielle Compère-Demarcy (née en 1968 à Villiers-le-Bel)L’Eau-Vive des falaises (Encres Vives, 2014)

Stanislas Cazeneuve – Je me rêvais évident…

•juin 16, 2018 • Laisser un commentaire

Je me rêvais évident comme l’amandier en fleurs.
Je me voulais établi sur la coïncidence de l’eau et de la soif.
Je refais sans cesse le dessin de mes croyances.
Brûlent en moi les strates de l’histoire, la traversée
de la grâce, et l’incendie terrestre.
On croyait que nos yeux feraient du verre avec
les sables du temps.
Je me suis leurré à la cadence du ciel.

***

Stanislas Cazeneuve (né en 1976 à Toulouse)Larmes Qamar (La Crypte, 2016)

Sandra Lillo – De temps en temps…

•juin 15, 2018 • Un commentaire

De temps en temps la lumière éclot dans
l’obscurité

Les jours se suivent jusqu’à n’être plus que
l’oiseau en cage

le mot oublié

L’âme penche dans le creux établi des jours
partis sans qu’on n’en ait rien saisi

ou est-ce le temps de la jeunesse qui résiste
avec son lot de caprices

***

Sandra Lillo (née à Nantes en 1973)Les bancs des parcs sont vides en mars (La Centaurée, 2017)

Michel Bourçon – Chaque jour…

•juin 14, 2018 • Laisser un commentaire

chaque jour
la vie nous promène
comme un chien

à peine écloses
des fleurs inondent les trottoirs

déjà perdu au levé
un homme ignore
ce dans quoi il entre
un sale goût sur la langue
le coeur ancré encore
dans la nuit monstre

un passant parle haut et seul
il y a du bruit pour trois fois rien
des visages aimés
souriant dans nos têtes

quand les réverbères s’éteignent
les yeux embués autant que des vitres
cherchent une adresse inconnue
dans la ville égarée.

***

Michel Bourçon (né en 1963 à Nevers)Les rues pluvieuses n’iront pas au ciel (Les Carnets du Dessert de Lune, 2014)

 
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