Gilles Baudry – C’est une absence…

•août 2, 2015 • Laisser un commentaire

Gilles BaudryC’est une absence qui nous accompagne
un vide
qui nous approfondit

c’est l’ombre
qui a pouvoir d’éclairement
et mûrit le silence à la lueur des sèves

c’est un aria inapaisé
la voix troublante dans sa nudité
l’accord irrésolu

qui portent l’invisible chant
au coeur
de notre incomplétude désirante.

***

Gilles Baudry (né en 1948)

Tomas Tranströmer – Secrets en chemin (Hemligheter på vägen, 1958)

•juillet 31, 2015 • Laisser un commentaire

Tomas TranströmerLa lumière du jour heurta le visage du dormeur.
Il fit un rêve plus agité
mais ne s’éveilla pas.

L’obscurité frappa le visage de celui qui marchait
parmi tous les autres sous les rayons impatients
d’un intense soleil.

Soudain le ciel noircit comme avant une averse.
J’étais dans un lieu renfermant tous les instants –
un musée de lépidoptères.

Pourtant le soleil était aussi fort qu’auparavant.
Ses pinceaux impatients peignaient le monde.

*

Secrets on the Way

Daylight struck the face of a man who slept.
His dream was more vivid
but he did not awake.

Darkness struck the face of a man who walked
among the others in the sun’s strong
impatient rays.

It was suddenly dark, like a downpour.
I stood in a room that contained every moment –
a butterfly museum.

And the sun still as strong as before.
Its impatient brushes were painting the world.

***

Tomas Tranströmer (Stockholm, Suède 1931-2015)Secrets en chemin (Hemligheter på vägen, 1958) – Traduit du suédois par Jacques Outin – Translated by Robin Fulton

Jean-Luc Wauthier – Il ne reste rien… (2014)

•juillet 30, 2015 • Laisser un commentaire

Jean-Luc WauthierIl ne reste rien
de cet enfant
au regard de chevreuil effarouché
Rien
ni personne
des êtres qu’il croisait
dans les rues grises
d’une ville au visage mince

Il ne reste rien
sinon cet étranger
qui interroge les miroirs
et qui tente, malgré le courant,
de remonter le fleuve
où nagent les cadavres
les remords
et l’oubli.

***

Jean-Luc Wauthier (Charleroi, Belgique 1950-2015)Sur les aiguilles du temps (2014)

Roberto Juarroz – Je suis éveillé… (1969)

•juillet 29, 2015 • Laisser un commentaire

Roberto JuarrozJe suis éveillé.
Je m’endors.
Je rêve que je suis éveillé.
Je rêve que je m’endors.
Je rêve que je rêve.

Je rêve que je rêve
que je suis éveillé.
Je rêve que je rêve
que je m’endors.
Je rêve que je rêve
que je rêve.

Je suis éveillé.

*

Estoy despierto.
Me duermo.
Sueño que estoy despierto.
Sueño que me duermo.
Sueño que sueño.

Sueño que sueño
que estoy despierto.
Sueño que sueño
que me duermo.
Sueño que sueño
que sueño.

Estoy despierto.

***

Roberto Juarroz (1925-1995)Cuarta Poesía Vertical (1969) – Traduit de l’espagnol par Stéphane Chabrières

Eugénio de Andrade – Urgence (1956)

•juillet 28, 2015 • 2 commentaires

Eugénio De AndradeIl est urgent l’amour.
Il est urgent un bateau sur la mer.
Il est urgent de détruire certains mots,
haine, solitude et cruauté,
quelques lamentations,
beaucoup d’épées.

Il est urgent d’inventer le bonheur,
de multiplier les baisers, les moissons,
il est urgent de découvrir des roses et des rivières
et de clairs matins.

Le silence tombe sur les épaules et la lumière
impure, jusqu’à la douleur.
Il est urgent l’amour, il est urgent
de demeurer.

*

Urgently

It’s urgent — love.
It’s urgent — a boat upon the sea.

It’s urgent to destroy certain words,
hate, solitude, and cruelty,
some moanings,
many swords.

It’s urgent to invent a joyfulness,
multiply kisses and cornfields,
discover roses and rivers
and glistening mornings — it’s urgent.

Silence and an impure light fall upon
our shoulders till they ache.
It’s urgent — love, it’s urgent
to endure.

*

Urgentemente

É urgente o amor.
É urgente um barco no mar.
É urgente destruir certas palavras,
ódio, solidão e crueldade,
alguns lamentos,
muitas espadas.

É urgente inventar alegria,
multiplicar os beijos, as searas,
é urgente descobrir rosas e rios
e manhãs claras.

Cai o silêncio nos ombros e a luz
impura, até doer.
É urgente o amor, é urgente
permanecer.

***

Eugénio De Andrade (Fundão, Portugal 1923 – Porto 2005)Até Amanhã (1956) – Translated by Alexis Levitin

Roberto Juarroz – Au jour le plus beau…

•juillet 28, 2015 • 2 commentaires

Roberto JuarrozAu jour le plus beau
il manque quelque chose :
son côté obscur.
Il n’y a qu’un dieu myope
qui pourrait trouver belle
la seule lumière.

En même temps que tout Que la lumière soit !
il aurait fallu prononcer
le Que l’ombre soit !

La nuit nécessaire, on ne l’atteint pas
par la seule omission.

*

Al día más hermoso
le falta algo :
su costado oscuro.
Únicamente a un dios miope
podría parecerle bella
sólo la luz.

Junto a cualquier ¡ Hágase la luz !
debió pronunciarse
el ¡ Hágase la sombra !

A la noche necesaria no se llega
sólo por omisión.

*

The most beautiful day
lacks something:
its dark side.
Only to a near-sighted god
could light by itself
appear beautiful.

Beside any Let there be light!,
Let there be darkness!
should also be said.

We don’t arrive
at necessary night by omission only.

***

Roberto Juarroz (1925-1995)Quinzième poésie verticale (Decimoquinta poesía vertical, 2002) – Traduit de l’espagnol par Jacques Ancet – Translated by Mary Crow

Franck Venaille – A jamais différent…

•juillet 27, 2015 • Laisser un commentaire

Franck VenailleA jamais différent de ceux pourvus de tout.

Croyant pourtant à semblables chimères en d’
identiques rêveries conservées de l’enfance.

Il fredonne et cela donne ce léger clapotis
dans sa pensée, bleuté toutefois, pareil à cet
alcool trop amer que, frissonnant, l’on boit.

Tout juste un homme fait de sa propre mort
qui apprivoise les moineaux ceux-là gris de
douleur compagnons modestes de chambrée.

L’égal des grands soleils, du midi formida-
ble, de cette lame à vif qui perce le couchant.

Face tragique, corps menacé, rebelle à jamais.

***

Franck Venaille (né en 1936)

 
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