Víctor Rodríguez Núñez – Où ?

•août 18, 2018 • Laisser un commentaire

Où sont partis mes jouets
Ceux de la corde brisée par la pluie ?
Vivent-ils
Au fond de la mer tels des naufrages
Au fond du ciel ?
Quelle étoile de verre
Au fond du fleuve telles des écrevisses vertes
Au fond du feu
Quelle cendre de l’effroi ?
Ou au fond de moi
Comme des fantômes ?

*

¿A dónde habrán ido mis juguetes
los de la cuerda rota por la lluvia?
¿Vivirán
en el fondo del mar como naufragios
en el fondo del cielo
cual luceros de vidrio
en el fondo del río como cangrejos verdes
en el fondo del fuego
cual ceniza de espanto?
¿O en el fondo de mí
como fantasmas?

*

Where have my toys gone
those with the string broken by the rain?
Are they living
at the bottom of the sea like shipwrecks?
at the bottom of the sky
like stars of glass
at the bottom of the river like green crabs
at the bottom of the fire
like ashes of horror?
Or at the bottom of me
like phantasms?

***

Víctor Rodríguez Núñez (né en 1955 à La Havane, Cuba)Con raro olor a mundo (1981) – L’étrange odeur du monde (L’Oreille du Loup, 2011) – Traduit de l’espagnol par Jean Portante.

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Lalla Romano – C’est la vie…

•août 17, 2018 • Laisser un commentaire

C’est la vie, plus de vie que nous demandons et déferle
la vie et le grondement profond nous assourdit
(me suis-tu sur le fleuve lent doucement ?
il nous emporte comme des feuilles légèrement)

C’est la vie que nous cherchons et semblable à la mort
une paix infinie nous submerge

Et toujours en ce silence affranchi du temps
dehors, dans le monde, sur les âpres chemins
grince un chariot il roule lentement

Notre vie nous rappelle
vie pétrie de mort. Péniblement
c’est la roue du temps elle tourne

*

Vita, più vita noi chiediamo e vita
irrompe e ci stordisce l’alto rombo
(mi segui tu sul lento fiume andante ?
senza peso ci porta come foglie)

Vita cerchiamo e simile alla morte
una infinita pace ci sommerge
E sempre in quel silenzio senza tempo
fuori, nel mondo, sulle dure strade
un carro stride rotolando lento

La nostra vita ci richiama
vita intrisa di morte. Con fatica
è la ruota del tempo che s’ingrana

***

Lalla Romano (1906-2001)Giovane è il tempo (1974) – Jeune est le temps (Orphée/La Différence, 1994) – Traduit de l’italien par Philippe Giraudon.

Dana Shismanian – Trinité

•août 16, 2018 • Un commentaire

Explore ta fragilité
telle une mine d’or noir
laboure ta souffrance
laisse déborder
ta peine
relâche tes genoux
touche terre
baise pierre
coule larme
glisse voix muette
comme souffle
dernier
dans serrure cœur
ouvre
chambre trésors
invisibles
âme repose là
mienne
tienne
sans nom
dans la paix
de Dieu seul
endormi sur l’épaule
de son Fils
Femme es-tu là
pour encore
les réinventer
tous les deux

***

Dana Shismanian (née à Bucarest)Mercredi entre deux peurs (L’harmattan, 2011)

Marta Petreu – Le pays de la solitude

•août 15, 2018 • 2 commentaires

Elle reste seule et se repose sur elle-même
comme se reposent entre eux les frères de lait
comme les ennemis s’épaulent l’un l’autre dans leur haine

Oui. Elle reste seule, et dans sa solitude magique pousse
de l’herbe au seuil de sa porte comme sur sa tombe future
il y a de la menthe et du blé jusqu’à sa porte
des franges rouges de peuplier bruissent aux fenêtres
Il lui arrive de parler
avec la sève des fleurs
comme on parle avec une reine
Elle est la soeur de la rosée
de l’absinthe du coquelicot du sureau
sa main cueille tendrement la dame chenille
en lui parlant comme Alice avec étonnement

Oh. Elle aime cela. Affronte la vie la mort
marche seule comme un rat
et pieds nus
sur la plaque brûlante de la vie
Elle marche sur la mort comme un écorché qui entre dans la mer
Sur le digue les chiens hurlent vers la lune
Oui. Seule comme un rat elle se piétine elle-même

Elle a mal. Est heureuse. Elle défie toute pitié et n’a
besoin de personne

Le destin

Elle est arrivée dans le pays parfait

Traquée comme une biche а la chasse
par la meute qui aboie
elle est enfin arrivée dans ce pays parfait
où pousse l’arnica le millet la ciguë

Elle sait que la partie est perdue
qu’elle a été rouée de coups
qu’on lui a craché dessus
et que demain elle sera lapidée
Elle sait qu’elle se trouve en guerre avec l’humain

Mais elle reste défiante vêtue de sa défaite comme d’une armure
toute en sachant que l’armure est sa propre peau
et que sa peau a été sept fois écorchée
et tirée au sort
comme a été tirée au sort cette chemise-là

Maintenant et ici elle défie la vie et la mort
en se vautrant dans sa grande solitude
comme dans la soie

Les chatons rouges de peuplier pendouillent а sa fenêtre
Elle est enfin seule comme un rat
heureuse

*

Tara singurгtгtii

Stг singurг sprijinindu-se pe ea оnsгsi
cum se sprijinг оntre ei fratii de cruce
cum se reazemг оn urг unul de altul dusmanii

Da. Stг singurг si оn singurгtatea ei fermecatг оi creste
iarbг pe prag ca pe viitorul mormоnt
are mentг si flori verzi de grоu pоnг-n usг
ciucuri rosii de plop оi fosnesc la ferestre
Ea a ajuns de vorbeste
cu seva din flori
cum vorbesti cu-o reginг
Ea e sorг de rouг
cu pelinul cu macul cu socul
si cu mоna culege gingas doamna omidг
vorbindu-i mirat ca Alisa

O. Оi place. Ea оnfruntг viatamoartea
umblоnd singurг singurг cuc
si descultг
pe plita оncinsг a vietii
si ea calcг pe moarte ca un om jupuit care intrг оn mare
Pe dig urlг cоinii la lunг
Da. Singurг cuc ea se calcг pe ea оn picioare

O doare. E fericitг. Ea sfideazг orice crutare si n-are
de nimeni nevoie

Destinul

Ea a ajuns оn tara perfectг

Оmpinsг ca la vоnгtoare o ciutг
de haita lгtrоnd ascutit
ea a ajuns оn sfоrsit оn tara asta perfectг
оn care creste arnica meiul cucuta

Ea stie cг partida-i pierdutг
cг a fost snopitг-n bгtaie
cг este scuipatг
si cг mоine va fi bгtutг cu pietre
Ea stie cг se aflг оn rгzboi cu umanul

Dar ea stг sfidгtoare оmbrгcatг оn оnfrоngerea ei ca-ntr-o armurг
stiind cг armura e propria-i piele
si cг pielea ei a fost de sapte ori jupuitг
si trasг la sorti
cum a fost trasг la sorti atunci cгmasa aceea

Iar acum si aici sfideazг viata si moartea
tгvгlindu-se оn singurгtatea ei mare
ca оn mгtase

Mоtisorii rosii de plop оi atоrnг-n fereastrг
Este singurг оn sfоrsit singurг cuc
fericitг

4-5 janvier 2005

***

Marta Petreu (née en 1955 à Jucu, Roumanie)Douze écrivains roumains (L’Inventaire, 2005) – Traduit du roumain par Ed Pastenague.

Agota Kristof – Clous

•août 14, 2018 • Un commentaire

Au-dessus des maisons et des vies
un léger brouillard gris

avec mes yeux pleins de feuilles
à venir dans les arbres
j’attendais l’été

j’aimais par-dessus tout
dans l’été la blanche
la chaude poussière
insectes et grenouilles s’y noyaient
quand la pluie ne tombait pas
pendant des semaines

le champ et sur le champ des plumes violettes
poussent
les balanciers des puits et les cous des oiseaux
le vent les couche sous une scie

clous
émoussés et pointus
ferment les portes clouent des barreaux
aux fenêtres de long en large
ainsi se bâtissent les années ainsi se bâtit
la mort

*

Szögek

A házak és az élet fölött
szürke könnyű köd

szememben a fák
jövendő leveleivel
vártam a nyarat

legjobban
a port szerettem a nyárban fehér
meleg port
bogarak és békák fúltak bele
mikor nem hullt eső
heteken át

rét és violaszín tollak a réten
megnőnek
a madarak a kutak nyakát
fűrész alá fekteti a szél

szögek
hegyesek és tompák
zárják az ajtókat vernek rácsot
az ablakokra körbe-körbe
így épülnek az évek így épül
a halál

***

Agota Kristof (1935- 2011) – Clous: Poèmes hongrois et français (Zoé, 2016) – Traduit du hongrois par Maria Maïlat.

Manòlis Anagnostàkis – Épilogue

•août 13, 2018 • Laisser un commentaire

Ces vers seront peut-être les derniers
Les tout derniers de ceux qui vont s’écrire
Car les poètes du futur ont disparu
Ceux qui pouvaient parler sont morts jeunes
Et leurs chants de douleur depuis sont des oiseaux
Dans un ciel étranger sous un autre soleil
Ou des fleuves violents qui courent à la mer
Où nous perdons la trace de leurs eaux
Dans ces chants de douleur un lotus a grandi
Nous en boirons la sève et renaîtrons plus jeunes.

*

Επίλογος

Οι στίχοι αυτοί μπορεί και να ’ναι οι τελευταίοι
Οι τελευταίοι στους τελευταίους που θα γραφτούν
Γιατί οι μελλούμενοι ποιητές δε ζούνε πια
Αυτοί που θα μιλούσανε πεθάναν όλοι νέοι.
Τα θλιβερά τραγούδια τους γενήκανε πουλιά
Σε κάποιον άλλο ουρανό που λάμπει ξένος ήλιος
Γενήκαν άγριοι ποταμοί και τρέχουνε στη θάλασσα
Και τα νερά τους δεν μπορείς να ξεχωρίσεις.
Στα θλιβερά τραγούδια τους φύτρωσε ένας λωτός
Να γεννηθούμε στο χυμό του εμείς πιο νέοι.

*

Epilogue

It may be that these verses are the last
The last among the last that will be written
Because the future poets are no longer living
They who’d have spoken all died young
Their forlorn songs turned into birds
In some sky elsewhere with a foreign sun
Became wild rivers coursing to the sea
Whose waters you can never separate
In their forlorn songs there took root a lotus
That in its juice we might be born more young.

***

Manòlis Anagnostàkis (1925-2005)Εποχές 3 / Epoques 3 (1951) – Anthologie de la poésie grecque contemporaine, 1945-2000 (Poésie/Gallimard, 2000) – Traduit du grec par Michel Volkovitch.

Poème écrit dans la cellule ou le poète attendait son exécution.

Constantin Cavàfis – Autant que tu le peux

•août 12, 2018 • 3 commentaires

Et si tu ne peux mener ta vie à ton idée,
Lutte du moins autant
que tu le peux : ne va pas l’avilir
par trop d’échanges avec le monde,
par trop de gestes et de discours.

Ne va pas l’avilir en la traînant partout,
la promenant et l’exposant
à l’imbécilité quotidienne
des relations et des fréquentations,
jusqu’à en faire une étrangère importune.

*

Όσο Mπορείς

Κι αν δεν μπορείς να κάμεις την ζωή σου όπως την θέλεις,
τούτο προσπάθησε τουλάχιστον
όσο μπορείς: μην την εξευτελίζεις
μες στην πολλή συνάφεια του κόσμου,
μες στες πολλές κινήσεις κι ομιλίες.

Μην την εξευτελίζεις πηαίνοντάς την,
γυρίζοντας συχνά κ’ εκθέτοντάς την
στων σχέσεων και των συναναστροφών
την καθημερινήν ανοησία,
ώς που να γίνει σα μια ξένη φορτική.

*

As best as you can

Even if you cannot make your life the way you want,
try this, at least,
as best you can: do not demean it
by too much contact with the crowd,
by too much movement and idle talk.

Do not demean it by dragging it along,
by wandering all the time and exposing it
to the daily foolishness
of social relations and encounters,
until it becomes an importunate stranger.

***

Constantin Cavàfis (1863-1933)Tous les poèmes (Le miel des anges, 2017) – Traduit du grec par Michel Volkovitch – C.P. Cavafy – The Collected Poems: with parallel Greek text (Oxford, 2007) – Translated by Evangelos Sachperoglou.

 
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