André Simoncini – Justice déparée…

•janvier 17, 2017 • Laisser un commentaire

Photo de Kozo YanoJustice déparée
Qui sublime la douleur

Dérive immatérielle
Glissade enivrante
Comme un droit
Au vertige féroce
Un dernier regard braqué
Vers la cime pâlissante

Enfin en symbiose
Avec l’éternité.

***

André Simoncini (né en 1946 à Esch-sur-Alzette, Luxembourg)

Agota Kristof – Aucune raison de changer de trottoir (Nincs miért járdát cserélni)

•janvier 16, 2017 • Un commentaire

Agota Kristof by Sophie Bassouls

Dans le crépuscule perdant son équilibre
un oiseau libre s’envole de travers
sur la terre il n’y a que des semailles
silence indicible
et insupportable
attente

Hier tout était plus beau
la musique dans les arbres
le vent dans mes cheveux
et dans tes mains tendues
le soleil

Maintenant il neige sur mes paupières
mon corps
est lourd comme le rocher
mais aucune raison de changer de trottoir
et aucune raison de
s’en aller dans les montagnes

*

Az egyensúlyát vesztett alkonyatban
ferdén felrepül egy szabad madár
a földön csak vetés van
kimondhatatlan csönd
és elviselhetetlen
várakozás

Tegnap szebb volt minden az ének
a fák lombjaiban
hajamban a szél
kinyújtott kezedben
a nap

Most szemhéjaimra hull a hó
testem
súlyos akár a szikla
és nincs miért járdát cserélni
és nincs miért
kimenni a hegyekre

***

Agota Kristof (Csikvánd, Hongrie 1935-2011)Clous, Szögek (Editions Zoé, 2016) – Traduit du hongrois par Maria Maïlat

Varlam Chalamov – Pour la poésie

•janvier 15, 2017 • Laisser un commentaire

Varlam ChalamovSi je ne perds pas mes forces,
Si je puis dire quelque chose,
C’est que tu es ma volonté et ma force.

Là est le sens de mon chant,
Là est l’accusation de mes mots
Et le simple secret de mon être.

Tu conduis mon âme
Par la mer et la terre,
Les plantes et les bêtes.

Tu me protèges des balles,
Juillet tu me le ramènes,
À la place des décembres éternels.

Tu cherches le bon passage,
Tu portes l’eau fraîche
À ma bouche toute sèche.

À toi je suis lié
Par toi irradié,
Je vais sans peur dans les ténèbres.

***

Varlam Chalamov (Vologda, Russie 1907-1982)Cahiers de la Kolyma et autres poèmes (Éditions Les Lettres Nouvelles-Maurice Nadeau, 2016) – Traduit du russe par Christian Mouze.

Leopoldo María Panero – Je suis un nid de cendre…

•janvier 13, 2017 • Laisser un commentaire

Leopoldo María PaneroJe suis un nid de cendre
où viennent les oiseaux
pour chercher la manne de l’ombre
la flèche clouée dans le poème
le baiser de l’insecte.

*

Soy un nido de ceniza
adonde acuden los pájaros
para buscar el maná de la sombra
la flecha clavada en el poema
el beso del insecto.

***

Leopoldo María Panero (Madrid, Espagne 1948-2014)Teoría lautreamontiana del plagio (Límite, 1999) – Territoire de la peur (Editions L’Oreille du Loup, 2011) – Traduit de l’espagnol par Stéphane Chaumet

Viatcheslav Kouprianov – Amour humain

•janvier 12, 2017 • Laisser un commentaire

Viatcheslav KouprianovEffroyable attrait
pour un étranger

Attrayant effroi
d’être
avec qui l’on aime

O solennelle assurance
des végétaux !

Ils ont confié
leur amour
aux insectes
aux oiseaux
et au vent

*

Human love

The terrible attraction
to strangers

The fear like a burden
of how to be
with your loved ones

O the solemn certainty
of plants!

Their love
they have entrusted
to the insects
the birds
and the wind

***

Viatcheslav Kouprianov (né en 1939 à Novossibirsk, Russie) – Traduit du russe par Henri Abril – Translated from the Russian by Steve Holland

Gao Xingjian – Un homme solitaire…

•janvier 12, 2017 • 2 commentaires

Gao XingjianUn homme solitaire
Où trouvera-t-il une femme aussi solitaire
En marge de la société
Pour affronter ensemble les derniers jours du monde ?
Et tout au bout de ce monde
Reconstruire le jardin d’Éden ?
Même si l’on recrée seulement
Un univers intérieur
C’est tellement plus difficile à faire que la révolution ou la subversion verbale !

***

Gao Xingjian (né en 1940 à Ganzhou, Chine)Le deuil de la beauté (Editions Simoncini, 2012) – Traduit du chinois par François Dutrait

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Charles Bukowski – La fin (Finish, 1969)

•janvier 11, 2017 • Un commentaire

Charles Bukowski & Jane Cooney Bakernous sommes comme des roses qui ne se sont jamais souciées
d’éclore quand nous aurions dû éclore et
c’est comme si
le soleil avait fini par être écoeuré
d’attendre
c’est comme si le soleil était un esprit qui
avait désespéré de nous.

*

we are like roses that have never bothered to
bloom when we should have bloomed and
it is as if
the sun has become disgusted with
waiting
it is as if the sun were a mind that has
given up on us.

***

Charles Bukowski (1920-1994)Extrait du poème « Finish » – Les jours s’en vont comme des chevaux sauvages dans les collines (Editions du Rocher, 2008) – Traduit de l’américain par Thierry Beauchamp – The Days Run Away Like Wild Horses Over The Hills (Black Sparrow Press, Los Angeles, 1969) – Written circa 1965