Leopoldo María Panero – Ah le poème, fleur du néant…

•décembre 2, 2016 • 2 commentaires

Leopoldo María PaneroAh le poème, fleur du néant
fleur qui insulte les hommes
et s’agenouille devant l’arbre de la forêt
devant l’arbre du pendu
où les enfants égarés crient et pleurent
après la mort du pays de Jamais-Plus
pendant que le bateau
loin d’Icare et de Jésus-Christ
poursuit sa route vers le néant.

*

Ah el poema, flor de la nada
flor que insulta a los hombres
y se arrodilla ante el árbol del bosque
ante el árbol del ahorcado
donde los niños extraviados gritan y lloran
por la muerte del país de Nunca-Jamás
mientras el barco
lejos de Ícaro y de Jesucristo
sigue su rumbo hacia la nada.

***

Leopoldo María Panero (Madrid, Espagne 1948-2014)Teoría del miedo (Igitur, 2000)

Guy Viarre – Mais qui plonge sa main dans la convulsion…

•novembre 30, 2016 • Laisser un commentaire

Guy ViarreMais qui plonge sa main dans la convulsion
qui le tend le plat sauvage qui chargé
d’infranchissable désaltère

Comme le pain prend la farine
comme le fruit l’indifférence très importante
écoute comme la terre
endormie est derrière.

La hache interrompt le plaisir de l’arbre
pour l’empêcher de succéder au ciel
la hache invente la passion

***

Guy Viarre (1971-2001)Échéances du mort – Éditions fissile (2008)

Vincent Lacôte – L’aventure intérieure

•novembre 30, 2016 • Laisser un commentaire

John Vachon - Migrant boy looking out of back window of auto. Berrien County, Michigan. July 1940.À bien y réfléchir, j’écris depuis longtemps
J’étais déjà songeur, assis à la fenêtre
À regarder passer les voitures et les êtres.
Alors que je devais avoir près de sept ans.

Mon esprit s’égarait à l’extérieur du temps
Prenant une direction dont je n’étais pas maître
C’était aussi plaisant qu’une sortie champêtre
Quand poussent les bourgeons, au début du printemps.

Je vis la même chose en état d’écriture,
Sans plans préétablis, je pars à l’aventure.
Dès que l’une prend fin, j’attend celle d’après.

Peu m’importe où je vais pourvu que je voyage
À la découverte de nouveaux paysages
Dont chacun me délivre un sentiment de paix.

***

Vincent Lacôte (né en 1966 à Nancy)

Martin Heidegger – Chemins (Wege)

•novembre 29, 2016 • Un commentaire

Martin HeideggerChemins,
chemins de la pensée ; ils vont d’eux-mêmes,
ils s’échappent. Quand donc amorcent-ils à nouveau le tournant,
dégageant la vue sur quoi ?
Chemins allant d’eux-mêmes,
jadis ouverts, soudain refermés,
plus tard. Montrant de l’antérieur,
jamais atteint, voué au non-dit –
relâchant les pas
à partir de l’accord d’un fiable destin.
Et à nouveau presse
une ombre incertaine
dans la lumière qui tarde.

*

Wege,
Wege des Denkens, gehende selber,
entrinnende. Wann wieder kehrend,
Ausblicke bringend worauf ?
Wege, gehende selber,
ehedem offene, jäh die verschlossenen,
später. Früheres zeigend,
nie Erlangtes, zum Verzicht Bestimmtes –
lockernd die Schritte
ans Anklang verlâsslichen Geschicks.
Und wieder die Not
zögernden Dunkels
im wartenden Licht.

***

Martin Heidegger (1889-1976)Denkerfahrungen – Traduit par Jean Beaufret et François Fédier

Robert Notenboom – Ma joie n’est pas vraiment légère (2013)

•novembre 28, 2016 • Laisser un commentaire

Robert Notenboom - Pat Sacazema joie n’est pas vraiment légère
je l’ai trouvée au fond de moi
grave
et toujours prête à s’envoler

elle se voile de brume

mais elle peut s’accorder aux plaisirs
comme un oiseau se pare
de plumes

***

Robert Notenboom (né en 1931 à Paris)Ultima Verba : une vie de poésie (2013) – Editions du Puits du Roulle

Alejandra Pizarnik – Exil (Exilio, 1958)

•novembre 28, 2016 • 3 commentaires

Francesca Woodman. From 'Angel' series, Rome, Italy, 1977Cette manie de me savoir un ange,
sans âge,
sans mort où me vivre,
sans piété pour mon nom
ni pour mes os qui pleurent à la dérive.

Et qui n’a pas un amour ?
Et qui ne jouit pas parmi des coquelicots ?
Et qui ne possède pas un feu, une mort,
une peur, une chose horrible,
même avec des plumes,
même avec des sourires ?

Sinistre délire que d’aimer une ombre.
L’ombre ne meurt pas.
Et mon amour
n’embrasse que ce qui flue
comme lave de l’enfer :
une loge secrète,
fantômes en douce érection,
prêtres d’écume
et surtout anges,
anges radieux comme des couteaux
qui se lèvent dans la nuit
et dévastent l’espérance.

*

Esta manía de saberme ángel,
sin edad,
sin muerte en qué vivirme,
sin piedad por mi nombre
ni por mis huesos que lloran vagando.

¿Y quién no tiene un amor?
¿Y quién no goza entre amapolas?
¿Y quién no posee un fuego, una muerte,
un miedo, algo horrible,
aunque fuere con plumas,
aunque fuere con sonrisas?

Siniestro delirio amar a una sombra.
La sombra no muere.
Y mi amor
sólo abraza a lo que fluye
como lava del infierno:
una logia callada,
fantasmas en dulce erección,
sacerdotes de espuma,
y sobre todo ángeles,
ángeles bellos como cuchillos
que se elevan en la noche
y devastan la esperanza.

***

Alejandra Pizarnik (Buenos Aires, Argentine 1936-1972)Les aventures perdues (Las aventuras perdidas, 1958)Journaux, Alejandra Pizarnik, José Corti – Collection Ibériques, 2010. Présentés par Silvia Baron Supervielle, traduits par Anne Picard.

Vélimir Khlebnikov – Refus (1922)

•novembre 27, 2016 • 4 commentaires

Velimir Khlebnikov in Kharkov, 15 of September, 1916J’aime bien mieux
Regarder les étoiles
Que de signer un arrêt de mort
J’aime bien mieux
Ecouter la voix des fleurs chuchotant
C’est lui
Si par le jardin je passe
Que de voir les fusils tuer
Ceux qui veulent ma mort
Voilà pourquoi jamais
Jamais
Je ne serai celui qui gouverne

*

Refusal

I would rather
watch stars
than sign a death warrant.
I would rather
hear flowers murmur
(« It’s him! »)
when I’m out in the garden
than see a gun
shoot down a man
who wants to shoot me down.
Which is why I would never
be a governor.
Ever.

***

Vélimir Khlebnikov (1885-1922) – Translated by Paul Schmidt