Alda Merini – Je suis certaine… (1984)

•mars 30, 2015 • Laisser un commentaire

Alda MeriniJe suis certaine que plus rien n’étouffera ma rime,
j’ai gardé le silence enfermé pendant des années dans ma gorge
comme un piège à sacrifices,
le moment est venu de chanter
un dernier adieu au passé.

*

Io sono certa che nulla più soffocherà la mia rima,
il silenzio l’ho tenuto chiuso per anni nella gola
come una trappola da sacrificio,
è quindi venuto il momento di cantare
una esequie al passato.

***

Alda Merini (Milan, Italie, 1931-2009)La Terra Santa (1984)

José-Flore Tappy – Pendant qu’un homme… (2001)

•mars 29, 2015 • Laisser un commentaire

 José-Flore Tappy - Photo d'Yvonne BöhlerPendant qu’un homme
harassé se replie
sur son matelas
que toujours
plus près de lui
s’amenuise le souffle

la lumière
par vagues se déploie
balaie l’espace
de grands mouvements
fluides

Ou suspendue
descend
dans les jardins

sous une toiture de paille
l’hibiscus ouvre
chaque jour
cinq pétales rouges

***

José-Flore Tappy (née en 1954 en Suisse)Lunaires (2001)

Charles Simic – Sommets de la folie (Heights of Folly, 1990)

•mars 28, 2015 • Laisser un commentaire

Charles SimicO corbeaux tournant au-dessus de ma tête et croassant !
J’admets être parfois,
Soudainement, sans crier gare,
Extrêmement heureux.

Un matin par ailleurs sans soleil,
Flânant bras dessus bras dessous
Devant quelques arbres en forme de potences
Avec ma chère Helen,
Qui est aussi un étrange oiseau,

Avec le sentiment d’être convoqué
D’urgence, mais sur invitation très gracieuse
À déjeuner de tranches de pastèque
En compagnie de dieux nus et de déesses
Sur une bande de neige de la nuit dernière.

*

O crows circling over my head and cawing!
I admit to being, at times,
Suddenly, and without the slightest warning,
Exceedingly happy.

On a morning otherwise sunless,
Strolling arm in arm
Past some gallows-shaped trees
With my dear Helen,
Who is also a strange bird,

With a feeling of being summoned
Urgently, but by a most gracious invitation
To breakfast on slices of watermelon
In the company of naked gods and goddesses
On a patch of last night’s snow.

***

Charles Simic (né en 1938)Le livre des dieux et des démons (The Book of Gods and Devils, 1990) – Traduit de l’anglais par Stéphane Chabrières

Tomas Tranströmer – Haïku (2004)

•mars 28, 2015 • 1 commentaire

Tomas TranströmerLa mort se penche
et écrit à la surface de la mer.
L’église respire de l’or.

*

Döden lutar sig
och skriver på havsytan.
Kyrkan andas guld.

*

Death leans forward and
writes on the ocean surface.
While the church breathes gold.

***

Tomas Tranströmer (Stockholm, Suède 1931-2015)La grande énigme (Den stora gåtan, 2004) – Traduit du suédois par Jacques Outin – Translation by Robin Fulton

Je publie ce poème en hommage au poète suédois Tomas Tranströmer qui nous a quittés le 26 Mars 2015 à l’âge de 83 ans.

Jean Joubert – Cours, poète ! (2014)

•mars 27, 2015 • 1 commentaire

Jean Joubert par Raphael SéguraCours poète, cours
dans la forêt du verbe,
respire, inspire,
avale au vol une virgule,
souffle une métaphore.

Cours, poète, cours,
cours plus vite encore,
car la nuit tombe
et tu entends, derrière toi,
courir toujours plus vite,
toujours plus près,
courir, souffler, et geindre
une grande ombre sans visage.

***

Jean Joubert (né en 1928)L’alphabet des ombres (2014)

Max Alhau – Passage

•mars 26, 2015 • Laisser un commentaire

Max AlhauLes blancs, les paroles avares,
Nous ne saurions les esquiver.
Il suffit que demeurent, rares,
Des feux qu’il faudra approuver.
Tout ce que nous pourrons rêver :
Le désert, la plaine, la plage
Et que nous nommerons passage
Mettra un terme à notre errance.

Nous aborderons ce rivage
Les yeux noyés dans notre enfance.

***

Max Alhau (né en 1936)

Jean-Luc Wauthier – Un jour, sur le quai… (2010)

•mars 25, 2015 • 1 commentaire

Jean-Luc WauthierUn jour, sur le quai
encerclé des grands oiseaux de la mélancolie
la vérité, passagère imprévue
m’a frôlé.
Je n’ai pas reconnu son visage
caché par le soleil et l’ombre.
Aujourd’hui, sous la pluie
je regrette le voyage inaccompli
et ne puis plus
me retourner.

***

Jean-Luc Wauthier (Charleroi, Belgique 1950-2015)Manteau de silence (2010)

 
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