Agota Kristof – Berceuse

•août 29, 2016 • Laisser un commentaire

Agota KristofFais ton lit et couche-toi
et regarde par la fenêtre
comment grandissent au-dehors
le printemps et la tristesse
le ciel n’est qu’un immense
chagrin bleu
et les arbres éclatent de sanglots
à chaque éclosion de fleurs.
Toi, ne pleure pas, enlève tes habits
enlève ta vie,
élance-toi nue, et réjouis-toi
d’être seule
dans le printemps
dans le ciel dans les arbres
dans la lumière
réjouis-toi de ne pas te lever
plus parler, plus répondre
plus marcher.
Ne pense pas au froid ne bouge pas
sur ton corps blanc
le soleil descendra
quand les maisons d’en face
seront démolies
et aussi les cheminées et
les antennes de la télévision.

***

Agota Kristof (1935-2011) – Traduit du hongrois par Maria Maïlat

Gilles Baudry – Une voix, de l’intérieur… (2016)

•août 28, 2016 • 4 commentaires

Gilles BaudryUne voix, de l’intérieur

« Approche-toi plus près
Plus près encore
Du pouls des choses

Eveille en toi la chrysalide

Place-toi tout contre ton coeur
Quelque chose demande
A exulter de l’intérieur

Une parole sans parole »

Me dit la voix en aparté
A mots si bas
qu’une porte s’ouvrit

Au fond de moi

***

Gilles Baudry (né en 1948 à Saint Philbert de Grand-Lieu)Sous l’aile du jour (2016)

Antoine Emaz – Os, 9

•août 27, 2016 • Un commentaire

Antoine Emazon peut rêver d’une poésie
au couteau face
à cette bêtise massive

ou bien tenir un non
crispé jusqu’à l’os
et boyaux déglingués

en tête rien d’autre
qu’un désir
une grande gifle de tout
avant de mesurer reprendre
plus tard les comptes attendre
dans l’impasse le moment

le temps est devenu très mince et lourd
sous le rabot à même la peau
des jours

lichen poésie lichen

***

Antoine Emaz (né en 1955 à Paris)De peu (2014)

Alda Merini – Nous avons nos nuits insomniaques… (1991)

•août 26, 2016 • Laisser un commentaire

Alda MeriniLes poètes proclament le vrai,
ils pourraient être dictateurs
et sans doute aussi prophètes,
pourquoi devons-nous les écraser
contre un mur incandescent ?
Et pourtant les poètes sont inoffensifs,
L’algèbre douce de notre destin.
Ils ont un corps pour tous
et une mémoire universelle,
pourquoi devons-nous les arracher
comme on déracine l’herbe impure ?
Nous avons nos nuits insomniaques,
les mille calamiteuses ruines
et la pâleur des extases du soir,
nous avons des poupées de feu
comme Coppélia
et nous avons des êtres turgescents de mal
qui nous infectent le coeur et les reins
parce que nous ne nous rendons pas…
Laissons-les à leur langage, l’exemple
de leur vivre nu
nous soutiendra jusqu’à la fin du monde
quand ils prendront les trompettes
et joueront pour nous.

*

Abbiamo le nostre notti insonni…

I poeti conclamano il vero,
potrebbero essere dittatori
e forse anche profeti,
perché dobbiamo schiacciarli
contro un muro arroventato ?
Eppure i poeti sono inermi,
l’algebra dolce del nostro destino.
Hanno un corpo per tutti
e una universale memoria,
perché dobbiamo estiparli
come si sradica l’erba impura ?
Abbiamo le nostre notti insonni,
le mille malagevoli rovine
e il pallore delle estasi di sera,
abbiamo bambole di fuoco
cosi come Coppelia
e abbiamo esseri turgidi di male
che ci infettano il cuore e le reni
perché non ci arrendiamo…
Lasciamoli al loro linguaggio, l’esempio
del loro vivere nudo
ci sosterrà fino alla fine del mondo
quando prenderanno le trombe
e suoneranno per moi.

***

Alda Merini (Milan, Italie, 1931-2009)Vuoto d’amore (1991) – Traduit de l’italien par Patricia Dao

Jim Harrison – J’ai gâché trop de clairs de lune… (1996)

•août 25, 2016 • Un commentaire

Jim Harrison en 2008J’ai gâché trop de clairs de lune.
Coeur battant. Je n’en gâcherai plus,
La lune harcelée de nuages file vers l’ouest
En son arc impondérable, piégée une demi-
Heure parmi les feuilles mouillées de la vasque
Aux oiseaux.

*

I’ve wasted too much moonlight.
Breast beating. I’ll waste no more moonlight,
the moon bullied by clouds drifts west
in her imponderable arc, snared for a half
hour among the wet leaves in the birdbath.

***

Jim Harrison (1937-2016)L’éclipse de lune de Davenport (After Ikkyu and Other Poems, 1996) – Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Brice Matthieussent

André Chenet – La folie de vivre

•août 24, 2016 • Laisser un commentaire

André ChenetJ’écris pour être moi-même
pour dire ce qui rassemble
J’écris au-delà des limites
en écho au bleu de la terre
J’écris avec mon sang
et des chapelets de larmes
la responsabilité d’être un homme
J’écris ce qui fait mal
ce que des innocents endurent
J’écris l’arcane le tissage
des signes de l’intelligence
J’écris dans les clairs-obscurs de l’univers
la folie de vivre dans l’ignorance
de la naissance et de la mort.

***

André Chenet (né en 1954 à Châteaudun)

Guy Goffette – Poussière d’oubli (2016)

•août 23, 2016 • 4 commentaires

Guy GoffetteCe que j’ai vu, je l’ai écrit
comme la pluie sur les vitres
et les larmes des roses, et tout
ce que j’ai oublié demeure

là, dans ce grand sac de voyelles
posé contre le pied de la table
où le temps passe entre ma vie
et moi sans blesser personne.

Quand plus rien ne chante au-dehors
je puise dans le sac et sème
sur la page un peu de poussière
d’oubli et le jour paraît comme

un musicien qui tend son chapeau.

***

Guy Goffette (né à Jamoigne, Belgique en 1947)Petits riens pour jours absolus (2016)

 
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