Gunvor Hofmo – J’ai veillé

•décembre 11, 2018 • 3 commentaires

Ami, j’ai veillé –
traversé de maléfiques montagnes.
Sommeil – qu’est-ce,
est-ce une danse de trolls,
des coeurs arrachés d’eux-mêmes
qui sombrèrent dans les marécages de l’angoisse.

Ami, j’ai toujours veillé
même quand j’ai dormi.
Toujours, même dans le rêve,
l’ouverture fut ma loi.
J’ai bu des myriades de visions,
sans défense – voyant tout.

J’ai vu ma mère dans la pièce,
pauvre, simple, lasse.
Et derrière, derrière elle
les respirations éternelles
des mères qui soufflèrent sur moi
à travers l’odeur de la nuit.

J’ai vu mon père dans la pièce,
sage, mais aussi dur.
Et derrière lui
une houle
d’hommes aux armes dressées,
des assassins, eux-mêmes couverts de blessures.

J’ai vu ma soeur
autour de moi, et mon frère prodigue.
(Et derrière eux tous les Étrangers –)
Ma solitude au-delà des mots
trouva son reflet en eux.

J’ai vu mon amie,
l’unique, je l’ai vue
partir pour la mort.
Et depuis, les arbres sont en deuil,
et depuis, la Mort a tiré
mon corps, mon âme, ma voix
dans l’océan du désespoir !

*

Jeg har våket

Jeg så min venninne , den eneste ,
Jeg så henne gå for å dø .
Og siden har trærne sørget ,
og siden har Døden trukket
min kropp og sjel og stemme ,
ut i fortvilelsens sjø !

(…)

***

Gunvor Hofmo (1921– 1995)I en våkenatt (Gyldendal, 1954) – Tout de la nuit est sans nom (Rafaël de Surtis, 2009) – Traduit du norvégien par Pierre Grouix et Grete Kleppen.

Découvert ici

Publicités

Tor Jonsson – Le Verbe

•décembre 10, 2018 • Laisser un commentaire

A quoi sert de chanter
comme la rivière dans le désert ?
A quoi sert de remonter
les horloges pour les morts ?

A quoi sert de bâtir
toute la beauté du monde
quand le Verbe doit céder
face à la faim et aux épées ?

C’est ce que nous nous demandons étonnés
aux heures d’abattement
Mais cette pensée nous revient :
un mot est un miracle.

Oubliés les grands de ce monde
et tout ce qu’ils accomplirent.
Mais la vie est éternité.
Et éternel est le verbe.

*

Ordet

Kva hjelp det å syngje
som elv i det aude?
Kva hjelp det å kynge
med klokker for daude?

Kva hjelp det å skapa
all venleik i verda,
når Ordet lyt tapa
for svolten og sverda?

Slik undrast og spør vi
i modlause stunder.
Men hugse det bør vi:
Eit ord er eit under.

Dei gløymest dei gjæve,
og alt det dei gjorde.
Men livet er æve.
Og evig er Ordet.

***

Tor Jonsson (1916-1951)Mogning i mørkret (1943) – Pour me consoler de la mort, j’ai le rêve (Rafael de Surtis, 2005) – Traduit du néo-norvégien par Pierre Grouix.

E.E. Cummings – Puisse mon cœur être toujours ouvert…

•décembre 9, 2018 • Laisser un commentaire

puisse mon cœur être toujours ouvert aux petits
oiseaux qui sont les secrets du vivant
quoi qu’ils chantent vaut mieux que savoir
et si les hommes ne devaient les entendre les hommes sont vieux

puisse mon esprit flâner affamé
et sans crainte et assoiffé et souple
et même si c’est dimanche puissé-je avoir tort
car lorsqu’ils ont raison les hommes ne sont pas jeunes

et puisse moi-même ne rien faire utilement
et t’aimer toi-même ainsi plus que vraiment
il n’y jamais eu de tout à fait tel idiot qui puisse faillir
à tirer tout le ciel sur lui d’un unique sourire.

*

may my heart always be open to little
birds who are the secrets of living
whatever they sing is better than to know
and if men should not hear them men are old

may my mind stroll about hungry
and fearless and thirsty and supple
and even if it’s sunday may i be wrong
for whenever men are right they are not young

and may myself do nothing usefully
and love yourself so more than truly
there’s never been quite such a fool who could fail
pulling all the sky over him with one smile

***

E.E. Cummings (1894-1962)New Poems (from Collected Poems) (1938) –  Complete Poems, 1904–1962 (Liveright, 1991)Poèmes choisis (José Corti, 2004) – Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Robert Davreu.

Christian Erwin Andersen – Ma vie est une équation…

•décembre 8, 2018 • 2 commentaires

Ma vie est une équation
sans inconnue

une monstruosité
mathématique
un délire
euclidien

à tout bien considérer
il eût mieux valu
que je l’ignore

je croyais que
comme toutes les vies
elle avait eu un commencement
et qu’elle aurait une fin

mais voilà que
je me mets à douter
et ça remet tout
en question
je croyais
qu’il y avait une inconnue
et il n’y en a pas

ma vie est une abomination
Mathématique
une traîne d’étoiles rouges
au cou d’un théorème noir

***

Christian Erwin Andersen (né en 1944 à Charleroi) – La défenestration des Anges (Les Voleurs de Feu, 2011) – Avant-dire de Marcel Moreau et préface de Yann Orveillon.

Découvert sur Danger poésie

Daniel Biga – Beauté perdue

•décembre 7, 2018 • 3 commentaires

Je mangerai la terre et les racines
j’avancerai sur le ventre lombric humain
j’ai une telle faim des éléments du Simple
la vie du siècle m’écrase
la ville moderne me déchire

aujourd’hui partout où je vais c’est

dans la beauté perdue

j’ai vu disparaître les rivières leurs sources et des fleuves même
rivages quais parcs profonds et tant de jardins subtils
allés promenades hameaux villages

quartiers entiers

j’ai vu se bétonner des plaines des collines rasées
les voitures s’y gare sur l’Ombre animale des chevaux disparus

la brutalité des hommes est hénaurme !

pourtant
parfois
la tendresse d’un homme seul m’éblouit encore

***

Daniel Biga (né en 1940 à Nice)Stations du chemin (Le Dé bleu, 1990)

Découvert ici

Hughes Richard – Oui pourquoi sommes-nous là encore…

•décembre 6, 2018 • Laisser un commentaire

Oui pourquoi sommes-nous là encore
Nous qui n’avions que l’éphémère
Pour passeport ?

***

Hughes Richard (né en 1934 à Lamboing, Suisse)A toi seule je dis oui (Empreintes, 2001)

Tristan Sautier – Il y a ici…

•décembre 5, 2018 • Un commentaire

il y a (ici) :

le terrain vague, le lac,
moi du côté lame du couteau,
Charles Bukowski avec qui
boire, rire et désespérer dans
la folie la plus quotidienne,
le sac des morts à porter,
de longs vents d’inconsistance,
d’oubli de soi, de bonheur ( ?)
et un visage qui saigne, qui saigne,
qui n’en finit pas de saigner…

***

Tristan Sautier (né en 1966 à Montegnée, Belgique)Ode pour rire à Charles Bukowski (Tétras Lyre, 1995)

 
renegade7x

Natalia's space

Cahiers Lautréamont

Association des Amis Passés Présents et Futurs d'Isidore Ducasse

366 Weird Movies

Celebrating the cinematically surreal, bizarre, cult, oddball, fantastique, strange, psychedelic, and the just plain WEIRD!

Le monde de SOlène, le blog

DU BONHEUR ET RIEN DAUTRE !

Fernando Calvo García

Poeta con pasión

Lectures au coeur

Photographie et poésie

The Tragedy of Revolution

Revolution as Hubris in Modern Tragedy

Le Trébuchet

Chroniques par C. M. R. Bosqué

Book Around The Corner

Books I read. Books I want to share with you.

lyrique.roumaine

poètes roumains des deux derniers siècles

Anthony Wilson

Poetry, Education, Research

Messenger's Booker (and more)

What started as a blog looking at Booker Prize Shortlisted novels since 1969, has morphed into a search for the best writing from the whole planet. Books listed for Awards of various descriptions a forte but not a prerequisite.

Lisez Voir !

- Des livres à votre vue -

Reading in Translation

Translations Reviewed by Translators

%d blogueurs aiment cette page :