Tahar Bekri – Si la musique doit mourir…

•mai 27, 2017 • Laisser un commentaire

Si la musique doit mourir
Si l’amour est l’œuvre de Satan
Si ton corps est ta prison
Si le fouet est ce que tu sais donner
Si ton cœur est ta barbe
Si ta vérité est un voile
Si ton refrain est une balle
Si ton chant est oraison funèbre
Si ton faucon est un corbeau
Si ton regard est frère de la poussière

Comment peux-tu aimer le soleil dans ta tanière ?

*

If music were to die
If love is the work of Satan
If your body is your prison
If the whip is what you know how to wield
If your heart is your beard
If your truth is a veil
If your refrain is a bullet
If your song is a funeral prayer
If your falcon is a crow
If your look is brother to dust

How can you love the sun in your lair?

***

Tahar Bekri (1951, Gabès, Tunisie)Si la musique doit mourir (Éditions Al Manar, 2006) – Traduit du français en anglais par Patrick Williamson

Còstas Karyotàkis – Soir

•mai 26, 2017 • Laisser un commentaire

Les cris d’enfants jouant ce soir dans la verdure
— une rumeur lointaine —,
sur les lèvres des fleurs la brise qui murmure
et dont les mots se traînent,

les fenêtres humant le printemps revenu,
ma chambre solitaire,
un train qui doit venir d’un pays inconnu,
mes rêves que j’enterre,

les cloches qui se taisent, le soir sempiternel
qui tombe sur la ville,
sur les visages gris, sur le miroir du ciel,
sur ma vie inutile…

*

Βράδυ

Τα παιδάκια που παίζουν στ’ ανοιξιάτικο δείλι
—μια ιαχή μακρυσμένη—,
τ’ αεράκι που λόγια με των ρόδων τα χείλη
ψιθυρίζει και μένει,

τ’ ανοιχτά παραθύρια που ανασαίνουν την ώρα,
η αδειανή κάμαρά μου,
ένα τρένο που θα ’ρχεται από μια άγνωστη χώρα,
τα χαμένα όνειρά μου,

οι καμπάνες που σβήνουν, και το βράδυ που πέφτει
ολοένα στην πόλη,
στων ανθρώπων την όψη, στ’ ουρανού τον καθρέφτη,
στη ζωή μου τώρα όλη…

***

Còstas Karyotàkis (Κώστας Καρυωτάκης, 1896-1928)Elégies et Satires (Ελεγεία και Σάτιρες, 1927) – Je veux partir (Le miel des anges, 2017) – Traduit du grec par Michel Volkovitch

Pierre-Albert Jourdan – Marcher

•mai 26, 2017 • Laisser un commentaire

Pierre et poussière du chemin,
homme désagrégé, homme comblé
tout entier dans cette image de son sang,
de son avenir de silence ;
lente et lourde pierre poussiéreuse
qui dévale le sang abrupt,
long cri se délivrant
de l’étouffant tableau de calme inaccessible

le corps soudain se connaît cible,
se fait violence
à portée de la masse obscure
qui l’étreint.

***

Pierre-Albert Jourdan (1924-1981)Le bonjour et l’adieu (Mercure de France, 1991)

André Laude – Je perds l’usage de la parole…

•mai 25, 2017 • Un commentaire

Je perds l’usage de la parole
Mes lèvres sculptent un silence
Alors pour me faire comprendre
Parmi les décombres je danse…

***

André Laude (1936-1995)Riverains de la douleur (Verdier, 1981)

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Paul Verlaine – Souvenir de Manchester

•mai 24, 2017 • Un commentaire

Je n’ai vu Manchester que d’un coin de Salford
Donc très mal et très peu, quel que fût mon effort
À travers le brouillard et les courses pénibles
Au possible, en dépit d’hansoms inaccessibles
Presque, grâce à ma jambe male et mes pieds bots,
N’importe, j’ai gardé des souvenirs plus beaux
De cette ville que l’on dit industrielle, –
Encore que de telle ô qu’intellectuelle
Place où ma vanité devait se pavaner
Soi-disant mieux, – et dussiez-vous vous étonner
Des semblantes naïvetés de cette épître,
Ô vous ! quand je parlais du haut de mon pupitre
Dans cette salle où l’ « élite » de Manchester
Applaudissait en Verlaine l’auteur d’Esther,
Et que je proclamais, insoucieux du pire
Ou du meilleur, mon culte énorme pour Shakespeare.

30 janvier 1894.

*

Recollection of Manchester

A glimpse of Salford, just a corner, was
All that I saw of Manchester, because,
Thanks to the fog and to my clubfoot gait—
And hansom cabs that circumambulate
Everywhere else, it seems! my efforts were
Sincere but vain; and so no connoisseur
Of Manchester am I. And yet, no matter:
Priggishly though the rest of you might natter,
Decry its factories, its industries,
Telling me how much more some towns would please
My intellectual’s vanities! still, sweet
The memories of that Manchester “elite,”
There, in that hall—naïve, no doubt, as when
They praised Racine, taking him for Verlaine!—
As I proclaimed, for better or for worse,
My utter reverence for Shakespeare’s verse.

30 January 1894.

***

Paul Verlaine (1844-1896)Dédicaces (1894) – Translated by Norman R. Shapiro

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John Donne – Nul homme n’est une île

•mai 23, 2017 • 2 commentaires

Nul homme n’est une île, complète en elle-même ; chaque homme est un morceau du continent, une part de l’ensemble ; si un bout de terre est emporté par la mer, l’Europe en est amoindrie, comme si un promontoire l’était, comme si le manoir de tes amis ou le tien l’était. La mort de chaque homme me diminue, car je suis impliqué dans l’humanité. N’envoie donc jamais demander pour qui la cloche sonne : elle sonne pour toi.

*

No man is an island, entire of itself; every man is a piece of the continent, a part of the main; if a clod be washed away by the sea, Europe is the less, as well as if a promontory were, as well as if a manor of thy friend’s or of thine own were; any man’s death diminishes me, because I am involved in mankind; and therefore never send to know for whom the bell tolls; it tolls for thee.

***

John Donne (Londres, 1572-1631)Devotions upon Emergent Occasions (1624) – Méditation XVII – Méditations en temps de crise (Rivages, 2002) – Traduit de l’anglais par Franck Lemonde

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Shinkichi Takahashi – Coquillage

•mai 22, 2017 • Laisser un commentaire

Rien, rien du tout
est né,
meurt, le coquillage dit encore
et encore
depuis la profondeur des creux de rocher.
Son corps
balayé par la saison – donc quoi ?
Il dort
dans le sable, séchant à la lumière du soleil,
se baignant
à la clarté lunaire. Rien à faire
avec la mer
ou quelque chose d’autre. Dessus
et dessus
il disparaît avec la vague.

*

Shell

Nothing, nothing at all
is born,
dies, the shell says again
and again
from the depth of hollowness.
Its body
swept off by tide—so what?
It sleeps
in sand, drying in sunlight,
bathing
in moonlight. Nothing to do
with sea
or anything else. Over
and over
it vanishes with the wave.

***

Shinkichi Takahashi (Ikata, Japon 1901-1987) – Translated by Lucien Stryk

 
The Manchester Review

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poésie / traduction / critique \\ par Pierre Vinclair

fragm

secousse sismique travaillant l’épaisseur d’une lentille de cristal, cette fin du monde de poche s’exprimait tout entière dans la syllabe fragm, identique de “diaphragme” à “fragment”, comme une paillette pierreuse qu’on retrouve pareille à elle-même dans des roches de structures diverses mais dont les éléments principaux, de l’une à l’autre, demeurent constants (Michel Leiris)

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Even when Death inhabits a poem, he does not own it. He is a squatter. In fact, Death owns nothing. - Todd Moore

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