Vincent Lacôte – Comme elle vient

•juillet 26, 2016 • Laisser un commentaire

Vincent LacôteMes cheveux noir ébène sont devenus gris,
Des rides profondes sillonnent mon visage,
Sur mon apparence le temps fait des ravages,
Mais qu’en est-il pour ce qui est de mon esprit ?

J’ai le sentiment de ne rien avoir appris
Concernant ce que veut dire se comporter en sage.
La raison m’a été promise à sept ans d’âge,
C’est peut-être à ce moment-là qu’elle a péri.

C’était bon de jouer à longueur de journée,
Puis de s’abandonner dans les bras de Morphée
Sans avoir le moindre souci du lendemain.

Que revienne l’ère bénie de mon enfance,
Indubitable était alors mon espérance,
Qu’à nouveau je prenne la vie comme elle vient.

***

Vincent Lacôte (né en 1966 à Nancy)

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Jean-Claude Pirotte – Que s’entrechoquent dans l’esprit… (2011)

•juillet 25, 2016 • 2 commentaires

Jean-Claude Pirotteque s’entrechoquent dans l’esprit
les raisons de déraisonner
il reste la saveur des fruits
du passé l’humour des damnés

il faut apprendre à désapprendre
la vraie syntaxe est le temps comme il vient
se souvenir meubler l’attente
et s’inventer le jeu du rien

***

Jean-Claude Pirotte (Namur, Belgique 1939-2014)Cette âme perdue (2011)

Philip Larkin – Amour (Love, 1962)

•juillet 25, 2016 • Laisser un commentaire

Philip Larkin with a toy rabbit in 1964 when the poet was 42Le difficile de l’amour
Est d’être égoïste toujours,
D’avoir la sourde insistance
De bouleverser une existence
Juste pour soi, vaille que vaille.
Quelque culot qu’il y faille.

Puis le côté non égoïste –
Comment peut-on être heureux
En mettant l’autre en premier
Jusqu’à être pis que dernier ?
Ma vie m’appartient.
Autant marcher sur les mains.

Et pourtant, vicieux ou vertueux,
L’amour fait bien des heureux.
Seul le salaud qui se révèle
Égoïste à contresens
Risque qu’on l’envoie paître,
Et il peut aller se faire mettre.

*

The difficult part of love
Is being selfish enough,
Is having the blind persistence
To upset an existence
Just for your own sake.
What cheek it must take.

And then the unselfish side –
How can you be satisfied,
Putting someone else first
So that you come off worst?
My life is for me.
As well ignore gravity.

Still, vicious or virtuous,
Love suits most of us.
Only the bleeder found
Selfish this wrong way round
Is ever wholly rebuffed,
And he can get stuffed.

***

Philip Larkin (Coventry, Angleterre 1922-1985)7 décembre 1962 – Traduit de l’anglais par Guy Le Gaufey

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Nelly Sachs – Papillon (Schmetterling, 1949)

•juillet 24, 2016 • Laisser un commentaire

Nelly Sachs en 1910Quel bel au-delà
est peint dans ta poussière.
À travers le noyau de flammes de la terre,
à travers son écorce de pierre
tu fus offert,
tissage d’adieu à la mesure de l’éphémère.

Papillon,
bonne nuit de tous les êtres!
Les poids de la vie et de la mort
s’abîment avec tes ailes
sur la rose
qui se fane avec la lumière mûrie en ultime retour.

Quel bel au-delà
est peint dans ta poussière.
Quel signe royal
dans le secret des airs.

*

Welch schönes Jenseits
ist in deinen Staub gemalt.
Durch den Flammenkern der Erde,
durch ihre steinerne Schale
wurdest du gereicht,
Abschiedswebe in der Vergänglichkeiten Maß.

Schmetterling
aller Wesen gute Nacht!
Die Gewichte von Leben und Tod
senken sich mit deinen Flügeln
auf die Rose nieder
die mit dem heimwärts reifenden Licht welkt.

Welch schönes Jenseits
ist in deinen Staub gemalt.
Welch Königszeichen
im Geheimnis der Luft.

*

Butterfly

what lovely aftermath
is painted in your dust.
You were led through the flaming
core of earth,
through its stony shell,
webs of farewell in the transient measure.

Butterfly
blessed night of all beings !
The weights of life and death
sink down with your wings
on the rose
which withers with the light ripening homewards.

What lovely aftermath
is painted in your dust.
What royal sign
in the secret of the air.

***

Nelly Sachs (Schöneberg, Allemagne 1891-1970)Éclipse d’étoile (Sternverdunkelung, 1949) – Traduit de l’allemand par Mireille Gansel

Philippe Leuckx – La tristesse tout d’un coup…

•juillet 23, 2016 • Laisser un commentaire

Philippe LeuckxLa tristesse tout d’un coup
montée toute seule
comme si j’avais
sur les doigts
l’ombre d’un crime
une espèce de forfaiture
longue à rentrer
pour le mal involontaire
pour la bêtise du don
et j’ai pensé à mes disparus
aux signes qu’ils me laissent
dans le tourment
la fatigue
et j’ai pensé à mes vivants
que j’aime aider
dans le secret
de mes silences
lorsque le jour tombe
pour un plus long chagrin

***

Philippe Leuckx (né à Havay, Belgique en 1955)

Paul Celan – Décapé

•juillet 22, 2016 • Un commentaire

Gisèle Celan Lestrange - Paul Celan, Atemkristall. 1965DÉCAPÉ par
la bise irradiante de ton langage
le bavardage bariolé du propre-
ment-vécu – le Mien-
poème aux cent bouches,
le Rien-poème.

Ouvert au tourbillon
des bourrasques,
dégagé libre
le chemin à travers
la neige aux formes d’humain,
la neige des pénitents, vers
les hospitalières
tables et tavernes de glacier.

Tout au fond
de la crevasse des temps,
près de la
glace alvéolaire,
attend, cristal de souffle.
ton inébranlable
témoignage.

*

WEGGEBEIZT vom
Strahlenwind deiner Sprache
das bunte Gerede des An-
erlebten – das hundert-
züngige Mein-
gedicht, das Genicht.

Aus-
gewirbelt,
frei
der Weg durch den menschen-
gestalteten Schnee,
der Büßerschnee, zu
den gastlichen
Gletscherstuben und –tischen.

Tief
in der Zeitenschrunde,
beim
Wabeneis
wartet, ein Atemkristall,
dein unumstößliches
Zeugnis.

*

Etched away from
the ray-shot wind of your language
the garish talk of rubbed-
off experience – the hundred
tongued pseudo-
poem, the noem.

Whirled
clear,
free
your way through the human-
shaped snow,
the penitents’ snow, to
the hospitable
glacier rooms and tables.

Deep in time’s crevasse
by the alveolate ice
waits, a crystal of breath,
your irreversible
witness.

***

Paul Celan (1920-1970) – Traduit de l’allemand par Jean-Pierre Lefebvre – Translated by Michael Hamburger

Philip Larkin – Jours (Days, 1964)

•juillet 21, 2016 • Un commentaire

Philip LarkinA quoi servent les jours?
Les jours sont là où vivre.
Ils viennent, ils nous réveillent
A longueur de temps.
Ils sont là pour y être heureux :
Où vivrait-on hors les jours ?

Ah! Résoudre cette question
Fait venir le prêtre et le docteur
Dans leurs longs manteaux
A toute allure à travers champs.

*

What are days for?
Days are where we live.
They come, they wake us
Time and time over.
They are to be happy in:
Where can we live but days?

Ah, solving that question
Brings the priest and the doctor
In their long coats
Running over the fields.

***

Philip Larkin (Coventry, Angleterre 1922-1985)Les mariages de la Pentecôte (The Whitsun Weddings, 1964) – 3 août 1953 – Traduit de l’anglais par Guy Le Gaufey

 
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