Xavier Villaurrutia – Nocturne seul

•octobre 23, 2017 • Laisser un commentaire

Solitude, désoeuvrement,
silence inutile et profond,
ombre liquide où je m’enfonce,
pensée perdue dans son néant.
Et plus rien, pas même l’accent
d’une voix muette, indicible
pour accéder à l’impossible
pays d’une mer infinie
et illuminer de son cri
ce très lent naufrage invisible.

*

Nocturno solo

Soledad, aburrimiento,
vano silencio profundo,
líquida sombra en que me hundo,
vacío del pensamiento.
Y ni siquiera el acento
de una voz indefinible
que llegue hasta el imposible
rincón de un mar infinito
a iluminar con su grito
este naufragio invisible.

***

Xavier Villaurrutia (1903-1950)Nostalgia de la muerte (1938) – Nostalgie de la mort (José Corti, 1991) – Traduit de l’espagnol (Mexique) par Jacques Ancet

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Giorgio Caproni – Et seul…

•octobre 22, 2017 • Laisser un commentaire

Et seul
lorsque je serai si seul
que je n’aurai plus même
pour compagnie moi-même,
je prendrai alors moi aussi ma
décision.
Un jour à l’aube,
je décrocherai la lanterne
du mur, et dirai adieu
au vide.

Pas à pas,
descendrai dans le ravin.

Mais alors aussi, ma
pierre abandonnée,
au nom de quoi, et où
trouverai-je un sens (que, semble-t-il,
d’autres n’ont pas trouvé) ?

*

E solo
quando sarò così solo
da non aver più nemmeno
me stesso per compagnia,
allora prenderò anch’io la mia
decisione.

Staccherò
dal muro la lanterna
un’alba, e dirò addio
al vuoto.

A passo a passo
scenderò nel vallone.

Ma anche allora, in nome
di che, e dove
troverò un senso (che altri,
pare, non han trovato),
lasciato questo mio sasso.

***

Giorgio Caproni (1912-1990)Il muro della terra (Garzanti Libri, 1975) – Le mur de la terre (Atelier La Feugraie, 2002) – Traduit de l’italien par Philippe Di Meo.

Charles Bukowski – Comme le moineau

•octobre 21, 2017 • Laisser un commentaire

Pour donner la vie il faut prendre la vie,
et comme notre peine tombe plate et creuse
sur une mer de sangs innombrables
je passe au-dessus des grosses masses convulsées bordées
de créatures pourrissantes aux jambes blanches, aux ventres blancs
mortes longuement et qui se révoltent contre le spectacle environnant.
Chère enfant, je ne t’ai rien fait que le moineau
ne t’ait fait, je suis vieux quand c’est à la mode d’être
jeune, je pleure quand c’est à la mode de rire.
Je t’ai détestée quand cela aurait exigé moins de courage
de t’aimer.

*

As The Sparrow

To give life you must take life,
and as our grief falls flat and hollow
upon the billion-blooded sea
I pass upon serious inward-breaking shoals rimmed
with white-legged, white-bellied rotting creatures
lengthily dead and rioting against surrounding scenes.
Dear child, I only did to you what the sparrow
did to you; I am old when it is fashionable to be
young; I cry when it is fashionable to laugh.
I hated you when it would have taken less courage
to love.

***

Charles Bukowski (1920-1994)The Days Run Away Like Wild Horses Over the Hills (Black Sparrow Books, 1969) – Les jours s’en vont comme des chevaux sauvages dans les collines (Éditions du Rocher, 2008) – Traduit de l’anglais (États-Unis) par Thierry Beauchamp.

Charles Juliet – Le plus clair de mes heures…

•octobre 20, 2017 • Laisser un commentaire

le plus clair
de mes heures
sans clarté
passé à m’ouvrir
m’interroger
mais pour un rien
tant de remous
de stupeur
d’effondrements
mes mains liées
et offertes
d’effondrements
alors que je
vais viens
reviens à
l’énigme
refusant
de ne rien
comprendre

***

Charles Juliet (né en 1934 à Jujurieux)Fouilles (Fata Morgana, 1980)

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Ivan Bounine – Sur les hauteurs…

•octobre 19, 2017 • Un commentaire

Sur les hauteurs, au sommet enneigé,
J’ai taillé un sonnet avec un couteau d’acier.
Les jours passent. Il se peut que jusqu’à maintenant
Les neiges aient gardé ma trace solitaire.

Dans les hauteurs, là où les cieux sont si bleus,
Où rayonne avec allégresse la lumière de l’hiver,
Seul le soleil regardait le stylet
Tracer mon poème sur le glacier émeraude.

Et je jubile à la pensée qu’un poète
Me comprendra. Que jamais dans la vallée
Ne le réjouisse le salut de la foule !

Dans les hauteurs, là où les cieux sont si bleus,
J’ai taillé à l’heure de midi un sonnet
Pour celui qui est dans les hauteurs, et pour lui seul.

*

На высоте, на снеговой вершине,
Я вырезал стальным клинком сонет.
Проходят дни. Быть может, и доныне
Снега хранят мой одинокий след.

На высоте, где небеса так сини,
Где радостно сияет зимний свет,
Глядело только солнце, как стилет
Чертил мой стих на изумрудной льдине.

И весело мне думать, что поэт
Меня поймет. Пусть никогда в долине
Его толпы не радует привет!

На высоте, где небеса так сини,
Я вырезал в полдневный час сонет
Лишь для того, кто на вершине.

*

Upon a mountain summit, clad in snow,
A sonnet with my blade of steel I traced.
Days pass. And until now-who knows-
My solitary lines may not have been erased.

High up, where skies are blue, so very blue,
Where shines the snow with such a sparkle gay,
The sun alone was there to see me hew
My verse upon the emerald ice that day.

I’m glad to think the poet cannot fail
To understand. I shan’t be lachrymose
If by the crowd below I am not hailed.

Up, where the skies are blue, so very blue and bright,
I carved my sonnet out only for those
Who have the wings to soar to snow-clad heights.

1901

***

Ivan Bounine (1870–1953)Mon cœur pris par la tombe (Orphée, La Différence, 1992) – Traduit du russe par Madeleine de Villaine – Translated by Olga Shartse

Vladimir Maïakovski – Impossible

•octobre 18, 2017 • Laisser un commentaire

Seul je ne pourrais pas
porter un piano
(d’autant plus
un coffre-fort).
Mais le cœur
ni armoire,
ni piano,
comment le porterais-je, l’ayant repris.
Les banquiers le savent.
« Nous sommes riches sans limites,
quand les poches ne suffisent plus
nous mettons au coffre. »
L’amour
je l’ai caché
en toi
comme des richesses dans du fer
et je m’en vais,
joyeux comme Crésus.
Et peut-être
si j’en ai très envie
je tirerai un sourire
un demi-sourire
ou moins,
bambochant avec d’autres
je dépenserai pour une demi-nuit
une cinquantaine de roubles de monnaie lyrique.

*

Невозможно

Один не смогу —
не снесу рояля
(тем более —
несгораемый шкаф).
А если не шкаф,
не рояль,
то я ли
сердце снес бы, обратно взяв.
Банкиры знают:
«Богаты без края мы.
Карманов не хватит —
кладем в несгораемый».
Любовь
в тебя —
богатством в железо —
запрятал,
хожу
и радуюсь Крезом.
И разве,
если захочется очень,
улыбку возьму,
пол-улыбки
и мельче,
с другими кутя,
протрачу в полночи
рублей пятнадцать лирической мелочи.

*

Impossible

I can’t do it alone –
carry the grand piano
(and even less,
the safe).
But if I can’t manage the safe
or the grand piano,
then, having retrieved it,
how can I carry my heart.
Bankers know:
‘We’re boundlessly rich.
If we don’t have enough pockets,
we can stuff our safes.’
In you –
I have hidden
my love,
like riches in steel,
and I walk about
exulting, a Croesus.
And,
if desire insist
I can draw out a smile,
a half-smile,
even less,
and, in company revelling,
in half a night expend some fifteen rubles’ worth of lyrical change.

***

Vladimir Maïakovski (1893-1930)Poèmes 1922-1923 (Messidor, 1986) – Traduit du russe par Claude Frioux – Vladimir Mayakovsky – Volodya: Selected Works (Enitharmon Press, 2016) – Translated by Rosy Carrick

Sergueï Essénine – La porte azurée du jour…

•octobre 17, 2017 • Laisser un commentaire

La porte azurée du jour
Ouvre-là, gardien céleste.
Cette nuit un ange blanc
A volé mon cheval leste.

Ce cheval c’est ma puissance.
Mais pour Dieu rien qu’un poids mort.
Je l’entend hennir, plaintif,
En mordant sa chaîne d’or.

Je le vois qui se débat,
Et, comme chu de la lune,
Son poil isabelle vole
Et se suspend dans la brume.

*

Отвори мне, страж заоблачный,
Голубые двери дня.
Белый ангел этой полночью
Моего увел коня.

Богу лишнего не надобно,
Конь мой — мощь моя и крепь.
Слышу я, как ржет он жалобно,
Закусив златую цепь.

Вижу, как он бьется, мечется,
Теребя тугой аркан,
И летит с него, как с месяца,
Шерсть буланая в туман.

*
Open before me, O my guardian angel,
the day’s blue gates.
Yesterday at midnight, a white angel
took my horse from me.

God doesn’t need him –
my horse, my power and strength.
I hear his pathetic whinny,
as he champs his golden bit.

I see him struggling and flailing,
tugging at his tight halter,
his dark hair flying into the mist,
as if from the moon.

1917

***

Sergueï Essénine (1895-1925)L’homme noir (Circé, 2005) – Traduit du russe par Henri Abril

 
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