Zéno Bianu et André Velter – Qui sommes-nous ?

•septembre 27, 2021 • Un commentaire

Qui sommes-nous vraiment, au plus intime de notre vacillement
Des grains d’étoiles jetés à l’orée du sens et du non-sens ?
De la poussière d’anciennes lunes en éclipse ?
Des copeaux de mémoires qui saignent ?
Des veilleurs aussi silencieux qu’intarissables ?
Des décrypteurs pulsant une même intensité d’altitude ?
Des voltigeurs d’extase ?

Pour celui qui n’a de cesse de recomposer son propre puzzle
en le tendant vers l’infini
le « qui suis-je » n’est plus une simple question,
mais un état, une implosion créatrice, une profession de foi.

Qui suis-je ?

Rien d’autre que le murmure polyphonique de cela.
Une onde en quête de droitures essentielles.

***

Zéno Bianu (né à Paris en 1950) et André Velter (né à Signy-l’Abbaye en 1945)Prendre feu (Gallimard, 2013)

Jaroslav Seifert – Chanson

•septembre 26, 2021 • Laisser un commentaire

Il agite un foulard blanc
celui qui fait ses adieux,
chaque jour quelque chose s’achève,
quelque chose de magnifique s’achève.

Le pigeon postal bat des ailes contre l’air
en revenant à la maison ;
désespérés ou pleins d’espoir,
toujours nous retournons chez nous.

Essuie tes larmes
et sourie de tes yeux éplorés,
chaque jour quelque chose commence,
quelque chose de magnifique commence.

***

Jaroslav Seifert (1901-1986)Le pigeon postal (1929) – Traduit du tchèque par Jean-Gaspard Pálenícek.

Antoine Emaz – Poème-lettre

•septembre 25, 2021 • Laisser un commentaire

on est allé jusqu’à ne plus savoir
comment
plus loin

un mur
indéfiniment

un jour
on ira
plus loin

d’ici là
le temps
comme pauvre
et la force prise dans l’attente
tendue
sans bouger

on reste
en face

à la longue
ça devrait
déplacer
le pays

ou bien
jusqu’à ne plus tenir
n’être plus tenu

un matin il y aura
une mémoire d’eau
une vaste pluie devant
rien d’autre

on viendra au jour
avec seulement
dedans
le temps ou l’air

on sera devenu
assez léger
pour passer

***

Antoine Emaz (1955-2019)Caisse claire, Poèmes 1990-1997 (Points, 2007)

José Emilio Pacheco – Contre-élégie

•septembre 24, 2021 • Laisser un commentaire

J’ai pour seul thème ce qui est parti
Et mon obsession s’appelle la perte
Mon refrain lancinant est « jamais plus »
Et j’aime pourtant ce changement perpétuel
ce mouvement seconde après seconde
parce que sans lui ce que l’on appelle vie
serait de pierre.

*

Contraelegía

Mi único tema es lo que ya no está
Y mi obsesión se llama lo perdido
Mi punzante estribillo es nunca más
Y sin embargo amo este cambio perpetuo
este variar segundo tras segundo
porque sin él lo que llamamos vida
sería de piedra.

***

José Emilio Pacheco (1939-2014) – Traduit de l’espagnol par Laurent Bouisset.

Découvert ici

María Belén Aguirre – Je te parle dans la langue dont je suis capable

•septembre 23, 2021 • Un commentaire

Je te parle dans la langue des portes rouillées.
La langue des moisissures s’agrippant aux tasses de thé
que nous n’avons pas bues.

La langue sans dialectes du vent à la fenêtre
me rappelant l’automne en staccato.

Je te parle dans la langue de cette maison
bosquet indiscernable
où rampent des lézards sur les siestes
les jours semblables à l’été.

Tout est hiver.

Et je te parle
pour ne pas me taire
je te parle
dans cette langue en voie d’extinction
qui pour survivre
te nomme.

***

María Belén Aguirre (né à Tucumán, Argentine en 1977) – Praga en dos (Ediciones de la Eterna, 2012) – Anthologie de poésie argentine contemporaine (Triptyque, 2017) – Traduit de l’espagnol par Flavia Garcia.

Stanislas Rodanski – Je suis seul…

•septembre 22, 2021 • Laisser un commentaire

Je suis seul
Et j’aime la nuit d’être moi
Les lointains de mes sens
Ont une saveur d’aube ignorée des dieux

Au bout de mes bras
J’ai deux mains ouvertes
Au bout de l’inquiétude d’être au monde
J’ai la certitude d’être au regard des amis

Savez-vous bien ?
Nous sommes à fleur d’eau
À bout de bras levés sur notre aide
La main haute le visage ouvert l’oeil sec
Nous bâtissons une plage mouvante
Sur l’écume silencieuse de la marée humaine

Il y a aussi ces petits bars troublants
Et le songe cultivé de fil en aiguille
Il y a ces petites jeunes filles
Et ces grands yeux de larmes ouverts sur nos secrets
Il y a nos habitudes insolites
Et ce langage facile à parler juste

Et il y a surtout le hasard docile à réveiller
Des merveilles familières

***

Stanislas Rodanski (1927-1981)Je suis parfois cet homme (Gallimard, 2013)

Stanislas Rodanski – Aventurier

•septembre 22, 2021 • Laisser un commentaire

Certains me croient un conquérant
Et voient en mes yeux l’extase des guerriers jeunes
Je suis celui qui s’enfuit et ne revient jamais
Et je suis celui qui demeure

Chevalier errant du temps perdu
Je campe en des territoires prohibés
Je suis un chasseur solitaire
Mes proies sont nombreuses et fugitives
Je les traque en des jungles sous-marines
Parmi les fleurs aiguës du givre et de l’écume

Et je voyage pour des quêtes périlleuses
La piste de la nuit me guide
Jusqu’en des ports de légende
Où résonne l’appel des lointains nordiques

Et je pars

Passager d’un navire illusoire
Vers les ultimes mers de la nuit
Le cap à l’infini

***

Stanislas Rodanski (1927-1981)Je suis parfois cet homme (Gallimard, 2013)

Radu Bata – Pas de grâce pour les braves

•septembre 21, 2021 • Laisser un commentaire

nous sommes condamnés
à la vie
dès la naissance

les malchanceux
exécutent la totalité
de la peine

***

Radu BataLe fou rire de la pluie (Unicité, 2021)

Fanie Vincent – Lueur

•septembre 20, 2021 • Laisser un commentaire

L’air tremble de tes mots
Je déshabille la nuit
De son manteau d’angoisse
Et dans la transparence
D’une étoile
Je lis l’espérance
De ton regard
Rêve nomade
Au pas du dromadaire
Apprendre l’eau
Du puits
Qui nous désaltérera.

***

Fanie Vincent (née à Saint Etienne)

Lambert Schlechter – Pas possible…

•septembre 19, 2021 • 2 commentaires

pas possible pas pensable pas imaginable
ce que les humains font aux humains

alors on n’y pense pas, n’imagine pas
ce serait littéralement perdre la raison

si on était vraiment conscient de tout
ce qui s’est passé dans l’histoire humaine

on arrêterait de respirer
alors jour après jour on n’y pense pas

l’humanité est un abîme de bêtise et de cruauté

***

Lambert Schlechter (né en 1941 à Luxembourg)Agonie Patagonie (Phi, 2018)

 
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