Jim Harrison – J’ai gâché trop de clairs de lune… (1996)

•août 25, 2016 • Un commentaire

Jim Harrison en 2008J’ai gâché trop de clairs de lune.
Coeur battant. Je n’en gâcherai plus,
La lune harcelée de nuages file vers l’ouest
En son arc impondérable, piégée une demi-
Heure parmi les feuilles mouillées de la vasque
Aux oiseaux.

*

I’ve wasted too much moonlight.
Breast beating. I’ll waste no more moonlight,
the moon bullied by clouds drifts west
in her imponderable arc, snared for a half
hour among the wet leaves in the birdbath.

***

Jim Harrison (1937-2016)L’éclipse de lune de Davenport (After Ikkyu and Other Poems, 1996) – Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Brice Matthieussent

André Chenet – La folie de vivre

•août 24, 2016 • Laisser un commentaire

André ChenetJ’écris pour être moi-même
pour dire ce qui rassemble
J’écris au-delà des limites
en écho au bleu de la terre
J’écris avec mon sang
et des chapelets de larmes
la responsabilité d’être un homme
J’écris ce qui fait mal
ce que des innocents endurent
J’écris l’arcane le tissage
des signes de l’intelligence
J’écris dans les clairs-obscurs de l’univers
la folie de vivre dans l’ignorance
de la naissance et de la mort.

***

André Chenet (né en 1954 à Châteaudun)

Guy Goffette – Poussière d’oubli (2016)

•août 23, 2016 • 4 commentaires

Guy GoffetteCe que j’ai vu, je l’ai écrit
comme la pluie sur les vitres
et les larmes des roses, et tout
ce que j’ai oublié demeure

là, dans ce grand sac de voyelles
posé contre le pied de la table
où le temps passe entre ma vie
et moi sans blesser personne.

Quand plus rien ne chante au-dehors
je puise dans le sac et sème
sur la page un peu de poussière
d’oubli et le jour paraît comme

un musicien qui tend son chapeau.

***

Guy Goffette (né à Jamoigne, Belgique en 1947)Petits riens pour jours absolus (2016)

Céline Escouteloup – De travers (2015)

•août 22, 2016 • Un commentaire

Céline EscouteloupJe suis tombée en pleine rue
Sous le poids d’un moineau
Tombée en pleine rue
Sous le poids
D’une fleur cassée

De la lumière a giclé
Et puis du sang
Et puis : effondrement de confettis

Personne ne l’avait prédit.

Cette seconde où la musique est de travers.
Tout l’univers a trébuché.
Basculé.

On sent la mort et le rire aller
Main dans la main d’un seul mouvement

Et voilà une robe qui se met à tourner
À l’envers

***

Céline EscouteloupLe soleil dans la bouche (2015)

Jean-Christophe Belleveaux – Le monde est trop plein… (2013)

•août 20, 2016 • Laisser un commentaire

Jean-Christophe Belleveauxle monde est trop plein, ma poitrine en déborde
il faut bien commencer par quelque chose
par le monde,
pourquoi pas ?
le monde est plein de douleurs
que les peintres écartèlent,
les poètes, les musiciens aussi
– mettez donc un bémol à mon sang,
jaugez si vous pouvez : tout déborde,
à commencer par la langue
qui est elle-même au commencement
si cela est audible

le monde est plein d’incidents,
d’art pompier, de feux follets
que rien n’apprivoise
ô quoi
bancal et idéal
tordu serait
mais plus pur que le rien,
plus infini que la ligne droite

des choses et encore des choses :
une chaise, un concept,
l’absence de bruit ou son contraire,
la lumière

j’avais écrit :
à quoi bon les phrases
plus à une contradiction près

***

Jean-Christophe Belleveaux (né à Nevers en 1958)Démolition (2013)

Paul Celan – Illisibilité de ce monde…

•août 20, 2016 • Laisser un commentaire

Photomaton de Paul Celan en 1938ILLISIBILITÉ de ce
monde. Tout, double.

Les horloges fortes
donnent raison à l’heure scindée,
à voix rauque.

Toi, coincé dans tes tréfonds,
tu grimpes hors de toi
pour toujours.

*

UNLESBARKEIT dieser
Welt. Alles doppelt.

Die starken Uhren
geben der Spaltstunde recht,
heiser.

Du, in dein Tiefstes geklemmt,
entsteigst dir
für immer.

*

UNREADABILITY of this
world. All doubles.

The strong clocks
back the fissure-hour,
hoarsely.

You, wedged into your deepest,
climb out of yourself
for ever.

***

Paul Celan (1920-1970)Partie de neige (Schneepart, 1971) – Traduit de l’allemand par Jean-Pierre Lefebvre – Translated by Pierre Joris

Luis Mizón – Des petites choses modelées dans l’urgence de vivre… (2014)

•août 19, 2016 • Un commentaire

Luis Mizóndes petites choses modelées dans l’urgence de vivre

je ne suis que la maison de mes paroles
elles voyagent avec moi
sans demander ma permission
ni me dire où elles vont

mon vaisseau est un poème
je ne suis qu’un vers

***

Luis Mizón (né à Valparaíso, Chili en 1942)Corps du délit où se cache le temps (2014)

 
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