Pierre Peuchmaurd – Black suite

•février 23, 2019 • Un commentaire

Le ciel est vide sous les draps
l’hiver noircit la forêt
des fleurs insubmersibles
gardent les profondeurs
La corde dans l’escalier
balance comme une horloge,
comme les flottants poumons de l’ombre,
le corps rouge du poème

Nul ne voit le sang dans son verre
nul n’aboie à sa caravane
nul ne passe
Au premier feu, le cœur s’affaisse –
cotons et poudres
blouses dans l’air noir

Nuages d’or
fer dans la gorge,
on reste longtemps
l’œil sur le crépuscule
et le fer dans la gorge
On s’oxyde

Affection exonérante
éclosion de bêtes mortes
printemps tenaille,
ça ne va pas tarder à suffire,
ça suffit
C’est comme ce qu’il a fallu de sang
pour passer du veau vivant
au bracelet de ma montre

Les chevaux d’ambulance
les chevaux du mardi
aux jambes coupées comme celles des hommes,
les chevaux du pas de danse
sur la piste des faucheurs
et dans les longs couloirs
l’écho de leur entrailles

Sous le dais blanc, le dé noir
le bras de l’infirmière
dans la nuit de la soif
Galeries des morts, petites bouteilles
et les premiers couteaux du jour
comme si c’étaient des cris de singes
en haut de la lumière

Toute la nuit le bruit du couteau sur la pierre
et tout le jour le bruit de la pierre sur la tête
Toute la nuit le bruit du feu dans la poitrine
tout le jour le feu du bruit dans la mâchoire
La ronce poussée dans l’œil
est la seule fleur de ce matin

Faucons de grêle
Des paupières de plomb
se ferment à midi,
des rideaux de chair,
des jupes de fer,
de lentes agrafes
dans la poitrine
Le soleil sur la pierre
est en retard d’une ombre

La terre n’est pas ronde,
la terre est un rectangle
de viande sale et de sangles,
un bout de faim dans la louche
La terre est une vallée de crabes

Mort le porceau, que faire des perles ?
À qui offrir la rosée bleue ?
À quelles épaules fades
quels cheveux jaunes
quelle sainte horreur
quel corps pourri ?
À qui jeter les perles molles ?

***

Pierre Peuchmaurd (1948-2009)Scintillants squelettes de rosée (Simili Sky, 2007)

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Louis-François Delisse – Qui a dit que je ne reverrais plus…

•février 22, 2019 • 4 commentaires

Qui a dit que je ne reverrais plus
jamais l’os d’or du soleil
rouler dans nos têtes
qu’entre mes mains ne pendrait plus
la caresse jaune
que ta langue ne serait plus
jamais ma rame ?
le chat soyeux du soir pose
ses trois pattes sur l’œil de l’horizon
et derrière les croupes et les reins
des hauts rochers
je plonge dans le puits retourné
montant en mon enfant
descendant en mon père.
Emporte-moi par la caresse
jusqu’à l’oreille du dattier.
Là je compterai tous tes os
là j’enlèverai ma tête
et m’emplirai le cou
de tout ton corps.
Là tremble la joue du soleil
où goutte à goutte gouttent
quatre colombes.

***

Louis-François Delisse (1931-2017) – Passe de l’os jaune (1972) – Aile, elle (Le Corridor bleu, 2002)

Patrice Delbourg – Chaque jour mitonne sa ration de banal…

•février 21, 2019 • Un commentaire

chaque jour mitonne sa ration de banal
du juste rien au cordeau
du pas grand-chose à la louche
sous les écrous du regard
une poussière si fine posée sur le paillasson
une poussière si fine posée sur le paillasson
dans l’ourlet des allées et venues quotidiennes
trahit l’abandon des sollicitudes proches
désormais superflues
à toute question
nada

***

Patrice Delbourg (né à Paris en 1949)

Jaroslav Seifert – Si pour vous les vers sont aussi un chant…

•février 20, 2019 • Laisser un commentaire

Si pour vous les vers sont aussi un chant
– et on le dit –
j’ai chanté toute ma vie.
Et j’allais avec ceux qui n’avaient rien
et vivaient leur vie au jour le jour.

J’étais l’un d’eux. J’ai chanté leur douleur,
leur croyance, leur foi
et je vivais avec eux tout
ce qu’ils vivaient. Même l’angoisse,
la faiblesse, la peur et le courage,
même la tristesse du pauvre.
Et leur sang, quand il coulait,
m’éclaboussait. Il en a toujours coulé beaucoup
dans ce pays de la douceur des rivières, des herbes, des papillons
et des femmes passionnées.
J’ai même chanté les femmes.
Aveuglé d’amour
j’allais chancelant à travers la vie,
trébuchant sur une fleur perdue
ou sur les marches d’une cathédrale.

*

Říkáte-li veršům také zpěv…

Říkáte-li veršům také zpěv
– a to se říkává -,
zpíval jsem celý svůj život.
A šel jsem s těmi, kdo neměli nic
a žili z ruky do huby.
Byl jsem jeden z nich.

Zpíval jsem jejich bolest,
jejich víru, naději
a žil jsem s nimi vše,
co žili oni. I úzkost,
slabost, strach a odvahu
i smutek bídy.
A jejich krev, když tekla,
stříkala na mne.

Vždycky jí teklo dost
v té zemi sladkých řek, trav, motýlů
a náruživých žen.
I o ženách jsem zpíval.
Oslepený láskou
potácel jsem se v životě,
zakopávaje o ztracený květ
či o schod katedrály.

*

If you call poetry…

If you call poetry a song
— and people often do —
then I’ve sung all my life.
And I marched with those who had nothing,
who lived from hand to mouth.
I was one of them.

I sang of their sufferings,
their faith, their hopes,
and I lived with them through whatever
they had to live through. Through their anguish,
weakness and fear and courage
and poverty’s grief.
And their blood, whenever it flowed,
spattered me.
Always it flowed in plenty
in this land of sweet rivers, grass and butterflies
and passionate women.
Of women, too, I sang.
Blinded by love
I staggered through my life,
tripping over dropped blossoms
or a cathedral step.

***
Jaroslav Seifert (1901-1986)Odlévání zvonů (La fonte des cloches (1967) – Poèmes choisis (1921-1984) (Thot, 1985) – Traduit du tchèque par Michel Fleischmann, avec la collaboration de Daniel Habrekorn – The Poetry of Jaroslav Seifert (Catbird Press, 1998) – Translated from the Czech by Ewald Osers.

Vladimir Holan – Comment ?

•février 19, 2019 • Un commentaire

Comment vivre, comment être simple
et ne pas manquer de parole ?
Toujours je n’ai fait que chercher le mot
Qui n’eût été dit qu’une seule fois,
Sinon le mot qui n’eût jamais été dit jusqu’alors
J’aurais dû chercher des mots de tous les jours.

Même au vin non consacré
On ne peut plus rien ajouter.

*

Jak?

Jak žít? Jak být prostý a být doslovný?
Vždycky jsem hledal slovo,
které bylo vysloveno jen jednou,
ba slovo, které dosud nebylo vysloveno vůbec.
Měl jsem hledat slova všední.

I k neposvěcenému vínu
nelze už nic přimísit…

*

How?

How to live? How be simple and literal?
I was always looking for a word
that had been spoken only once,
or a word that had not been spoken at all.
I should have looked for ordinary words.

Nothing can be added
even to unconsecrated wine.

***

Vladimir Holan (1905-1980) – Bolest (1965) – Douleur (P.J. Oswald, 1967) – Traduit du tchèque par Dominique Grandmont – Selected Poems (Penguin, 1971) – Translated by Jarmila Milner and Ian Milner.

František Halas – Des vers

•février 18, 2019 • Laisser un commentaire

Si aveugle
malgré le bonheur de la vue
si sourd
malgré le don de l’ouïe

Une feuille dans le vent toi seul dans la romance
l’oiseau dans le filet Dans la pluie un chant
un ver dans la rose un leurre dans l’espérance
des pleurs dans la gorge Dans tes mots du sang

Si aveugle
malgré le bonheur de la vue
si sourd
malgré le don de l’ouïe

*

Verše

Přes štěstí vidění
tak slepý
přes dar slyšení
tak hluchý

Ve větru list v lásce sám
v tenatech pták v dešti zpěv
v růži červ v naději klam
v hrdle pláč v slovech krev

Přes štěstí vidění
tak slepý
přes dar slyšení
tak hluchý

***

František Halas (1901-1949) – Kohout plaší smrt (Le coq chasse la mort) (1930) – La poésie tchèque moderne (Belin, 1990) – Traduit du tchèque par Petr Král.

Anna Maria Ortese – lls balancent les livres les fusils les maisons les chapeaux

•février 17, 2019 • Un commentaire

Les enfants
ce sont des hommes petits et rien d’autre.
Les vrais enfants
ce sont des hommes fatigués d’être des hommes.
Fatigués d’être debout sur les années,
voici qu’ils veulent descendre.
Ils balancent les livres les fusils les maisons les chapeaux
les ornements les couteaux – absolument tout ! –
et ils jouent au moineau et au vent,
au si léger flocon de neige.
Ils jouent à mourir.

*

Gettano i libri i fucili le case i cappelli

I bambini
sono uomini piccoli, e nulla più.
I veri bambini
sono gli uomini stanchi di essere uomini.
Stanchi di stare in piedi sugli anni,
ora vogliono scendere giù.
Gettano i libri i fucili le case i capelli
gli ornamenti i coltelli – tutto ! –
giocano al passero al vento
al fiocco di neve si lieve,
giocano al morire

***

Anna Maria Ortese (1914-1998)Poèmes (Cahiers de l’Hôtel de Galliffet, 2014) – Préface de René de Ceccatty – Traduit de l’italien par Irène Lentin, Stefano Mangano et Ambra Zorat.

 
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