Fernand Dumont – Impossible de s’y tromper…

•avril 25, 2017 • Un commentaire

Impossible de s’y tromper
c’est toujours au bord du monde
que nous nous rencontrons
à l’heure où les dernières fantaisies
s’éteignent une à une
dans le brouillard des apparences

Il n’y a plus ici qu’une immense lumière
qui passe en crépitant de tes regards aux miens

Il n’y a plus autour de nous
qu’un grand espace vide
à peine traversé de tramways invisibles
et de bruits inutiles

Et s’il reste encore une très petite place entre nous
c’est pour y recevoir
notre désir de la voir disparaître

12 janvier 1937

***

Fernand Dumont (Mons, Belqique, 28 décembre 1906 – Bergen-Belsen, 15 mars 1945)A ciel ouvert (Éditions des Cahiers de Rupture, La Louvière, 1937)

André Laude – Vains mots…

•avril 24, 2017 • Un commentaire

Vains mots
la morsure m’enracine
dans le noir terreau
où la mort fulmine
après mes pauvres os
où la pensée rumine
flamme de couteau
Vains mots
l’abîme m’éveille
tue mes soleils mes oiseaux
froidement sans remords
Vains mots
dépouillés de tous les ors
vagues oripeaux
indiquant le nord
où errent les grands troupeaux
mal dans leur peau
des exclus de l’aurore.

***

André Laude (Paris, 1936-1995)Le bleu de la nuit crie au secours (Subervie, 1975)

Charles Bukowski – Pas de meneurs, s’il vous plaît

•avril 23, 2017 • Un commentaire

Inventez-vous puis réinventez-vous,
ne nagez pas dans le même bourbier
inventez-vous puis réinventez-vous
et
libérez-vous des griffes de la médiocrité.

Inventez-vous puis réinventez-vous,
changez de ton et de forme si souvent qu’on ne pourra
jamais
vous
cataloguer.

Ressourcez-vous et
acceptez ce qui est
mais uniquement selon les termes que vous avez inventés
et réinventés

apprenez par vous-même.

Et réinventez votre vie parce qu’il le faut ;
c’est votre vie et
son histoire
et le présent
n’appartiennent
qu’à vous.

*

No leaders, Please

Invent yourself and then reinvent yourself,
don’t swim in the same slough.
invent yourself and then reinvent yourself
and
stay out of the clutches of mediocrity.

Invent yourself and then reinvent yourself,
change your tone and shape so often that they can
never
categorize you.

Reinvigorate yourself and
accept what is
but only on the terms that you have invented
and reinvented.

be self-taught.

And reinvent your life because you must;
it is your life and
its history
and the present
belong only to
you.

***

Charles Bukowski (1920-1994)The Pleasures of the Damned (Ecco Press, 2007) – Traduit de l’américain par Stéphane Chabrières

William Ernest Henley – Invictus

•avril 23, 2017 • 2 commentaires

Dans les ténèbres qui m’enserrent,
Noires comme un puits où l’on se noie,
Je rends grâce aux dieux quels qu’ils soient,
Pour mon âme invincible et fière,

Dans de cruelles circonstances,
Je n’ai ni gémi ni pleuré,
Meurtri par cette existence,
Je suis debout bien que blessé,

En ce lieu de colère et de pleurs,
Se profile l’ombre de la mort,
Et je ne sais ce que me réserve le sort,
Mais je suis et je resterai sans peur,

Aussi étroit soit le chemin,
Nombreux les châtiments infâmes,
Je suis le maître de mon destin,
Je suis le capitaine de mon âme.

*

Out of the night that covers me,
Black as the Pit from pole to pole,
I thank whatever gods may be
For my unconquerable soul.

In the fell clutch of circumstance
I have not winced nor cried aloud.
Under the bludgeonings of chance
My head is bloody, but unbowed.

Beyond this place of wrath and tears
Looms but the Horror of the shade,
And yet the menace of the years
Finds, and shall find, me unafraid.

It matters not how strait the gate,
How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate:
I am the captain of my soul.

1875

***

William Ernest Henley (Gloucester, 1849 – Woking, 1903)

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Nanos Valaoritis – Les hommes du sous-sol de la crise

•avril 22, 2017 • 2 commentaires

Les traces des crises d’épilepsie
laissent leurs queues de cheval s’agiter
plusieurs betteraves au marché dès aujourd’hui
à demain commencent à s’accumuler

les nuages de l’illusion arrêtés
au-dessus de nos villes désertes
ainsi que notre histoire néo-classique
flambe dans le feu et

plusieurs de ceux qui commentaient
l’article NOUS VOILÀ ARRIVÉS au LIFO
sont des brontosaures brillants
dissimulés derrière l’anonymat

se réjouissant de leur impunité car
personne ne les trahira quand
ils nous tournent le dos après avoir
par le fer et par le feu saigné notre Parodie

ceux à la cervelle vide
ne disposant ni génie ni le moindre
humour pour voir globalement notre situation
avec ses contradictions – le bien et le

mal – se détruisent mutuellement, hélas
avec ceux qui se cachent dans chaque aqueduc
– visages blêmes du ressentiment
de la mauvaise foi haineuse

sortent comme les limaces
et les vers de terre au cœur acide
avec des plaintes à la main
noyés par le grand brouillard
de la Lecture frauduleuse

Athènes, 4 mars 2012

*

ΟΙ ΑΝΘΡΩΠΟΙ ΤΟΥ ΥΠΟΓΕΙΟΥ ΤΗΣ ΚΡΙΣΗΣ

Τα χνάρια των επιληπτικών κρίσεων
αφήνουν τις αλογοουρές τους ν’ αφηνιάσουν
περισσότερες βρούβες στην αγορά σήμερα
από αύριο αρχίζουν να συμμαζεύονται

τα σύννεφα της αυταπάτης που κάθονται
επάνω απ’ τις εγκαταλελειμμένες μας
πόλεις όπως γίνεται παρανάλωμα
του πυρός η νεοκλασική μας ιστορία και

πολλοί από αυτούς που έκαναν σχόλια
για τοάρθρο ΦΤΑΣΑΜΕ στο LIFO
είναι δεινοί δεινόσαυροι που
κρύβονται κάτω απ’ την ανωνυμία

χαίρονται την ασυδοσία τους αφού
κανείς δεν θα τους καρφώσει από πίσω
όταν μας γυρίζουν την πλάτη φεύγοντας
αφού δια πυρός και σιδήρου αφαίμαξαν την Παρωδία μας

οι ανεγκέφαλοι που όχι μόνο δεν διαθέτουν
διάνοια αλλά και το ελάχιστο χιούμορ
να δούνε συνολικά την περίπτωσή μας
με τις αντιφάσεις της – τα καλά και τα

άσχημα – αλληλοαναιρούνται δυστυχώς
με αυτούς που εμφωλεύουν σε κάθε
υδραγωγείο – κακόπιστοι μνησίκακοι
τα χλωμά πρόσωπα του υπογείου

βγαίνουν σαν τα σαλιγκάρια και τα
σκουλήκια με μια όξινη καρδιά
από παράπονα στο χέρι
ποτισμένα απ’ τη μεγάλη
ομίχλη της λαθραίας Ανάγνωσης

Αθήνα, 4 Μαρτίου 2012

***

Nanos Valaoritis (Νάνος Βαλαωρίτης, né le 5 juillet 1921)Amer carnaval (Les Hommes sans Epaules éditions, 2017) – Traduit du grec par Photini Papariga

Malcolm Lowry – Pas de compagnie hormis la peur

•avril 22, 2017 • Laisser un commentaire

Comment tout a-t-il donc commencé
et pourquoi suis-je ici à l’arc d’un bar à peinture brune craquelée
de la papaya, du mescal, de l’Hennessy, de la bière
deux crachoirs gluants
pas de compagnie sauf celle de la peur
peur de la lumière du printemps
de la complainte des oiseaux et des autobus
fuyant vers des lieux lointains
et des étudiants qui s’en vont aux courses
des filles qui gambadent les visages au vent,
peur même de la source jaillissante.
Toutes les fleurs au soleil me semblent ennemies
ces heures sont-elles donc mortes ?

*

No Company But Fear

How did all this begin, and why am I here
At this arc of Bar with its cracked brown paint?
Papegaai, Mezcal, Hennessey, Cerveza,
Two slimed spittoons, no company but fear:
Fear of light, of the Spring, of the complaint
Of birds, and buses flying to far places,
And the students going to the races,
Of girls skipping with the wind in their faces;
But no company, no company but fear:
Fear of the blowing fountain, and all flowers
That know the sun are my enemies,
These, dead, hours?

***

Malcolm Lowry (New Brighton, Angleterre 1909 – Chalvington with Ripe, Angleterre 1957)Les Lettres Nouvelles, mai-juin 1974 – Traduit de l’anglais par Jean Follain – The Collected Poetry of Malcolm Lowry (1992) edited by Kathleen Scherf

Erika Burkart – Nœud

•avril 21, 2017 • Laisser un commentaire

Un bec a happé l’amiral,
meurtri les ailes et le corps. Mort,
le décoré, un papillon,
le ruban rouge brille encore.

Sur l’oiseau,
le chat a jeté son grappin.
Déposé sur le seuil nourricier,
il refroidit sans réconfort, s’éteignent
la tension et l’éclat
dans le bleu nuit des plumes.
Regarde :
le masque d’oiseau de la mort,
reconnu par Bosch et Dürer.

Désemparés
face à l’expulsion quotidienne
(liquidation planétaire par la mort)
nous qui n’oublions pas, nous tombons dans l’oubli,
un nœud de vie,
dénoué d’un coup de lame.

*

Knoten

Ein Schnabel schnappte den Admiral,
versehrte Flügel und Leib. Tot
der Ordensträger, ein Falter,
noch leuchtet das rote Band.

Den Vogel hat
die Katze gekapert.
Deponiert auf der Schwelle ihres Ernährers,
erkaltet er ohne Zuspruch, ermatten
Spannung und Glanz
im Nachtblau der Federn.
Sieh da:
die Vogelmaske des Todes,
erkannt von Dürer und Bosch.

Fassungslos
gegenüber dem täglichen Abschub
(globale Räumung durch Tod)
vergessen wir nicht, gehn vergessen,
ein Knoten von Leben,
ihn löst der Schnitt.

***

Erika Burkart (Aarau, Suisse, 8 février 1922 – Muri, Suisse, 14 avril 2010)Langsamer Satz/Mouvement lent (Éditions d’en bas, 2008) – Traduit de l’allemand par Marion Graf

 
The Manchester Review

The Manchester Review

Les Exercices

poésie / traduction / critique \\ par Pierre Vinclair

fragm

secousse sismique travaillant l’épaisseur d’une lentille de cristal, cette fin du monde de poche s’exprimait tout entière dans la syllabe fragm, identique de “diaphragme” à “fragment”, comme une paillette pierreuse qu’on retrouve pareille à elle-même dans des roches de structures diverses mais dont les éléments principaux, de l’une à l’autre, demeurent constants (Michel Leiris)

Outlaw Poetry

Even when Death inhabits a poem, he does not own it. He is a squatter. In fact, Death owns nothing. - Todd Moore

Locus Solus: The New York School of Poets

News, links, resources, and commentary on poets and artists of the New York School

Encres désancrées --- Carla Lucarelli

Carnets décousus, Ecriture, Lectures, humeurs

Bonheur des yeux et du palais

sur le fil des jours

Bareknuckle Poet

Journal of Letters

Vallejo & Co.

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Revista Conexos

Una revista de arte y literatura, sin fronteras generacionales ni geográficas

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