Georges Haldas – Chaque jour

•mai 27, 2015 • Laisser un commentaire

Georges HaldasJe referme la plaie
de chaque jour Je vis
Une à une au tilleul
retombent les étoiles
Et la ville respire
faiblement C’est la nuit
Quelques voix Un ivrogne
Une lampe attardée
Une fille qui sort
pour la dernière fois
Les rues sont des vallées
nos rêves les fougères
de la forêt profonde
où quand vient l’insomnie
la mort est une soeur
attentive On l’écoute
Elle tricote assise
au fond de nos entrailles
une laine insoumise

***

Georges Haldas (Genève, Suisse 1917-2010)

Claude Esteban – Tout sera fini… (2001)

•mai 26, 2015 • Laisser un commentaire

Paul KleeTout sera fini, nous regarderons
un petit arbre rose
et les pétales tomberont sur nous
doucement, il y aura
du soleil et sans doute au loin la forme
vague d’un nuage

comme pour dire que les choses
ne pèsent plus et ce sera
comme si le malheur était une histoire
vieille,

si vieille que personne ne se souvient.

***

Claude Esteban (1935-2006)Morceaux de ciel, presque rien (2001)

James Joyce – Seul (Alone, 1927)

•mai 25, 2015 • Laisser un commentaire

James JoyceLes mailles d’or gris de la lune
Font de la nuit un voile,
Les lumières du bord dans le lac endormi
Rampent en vrilles de cytise.

Les roseaux sournois à la nuit murmurent
Un nom — le nom d’elle —
Et mon âme est toute délice,
Pâmoison de honte.

*

The moon’s greygolden meshes make
All night a veil,
The shorelamps in the sleeping lake
Laburnum tendrils trail.

The sly reeds whisper to the night
A name – her name –
And all my soul is a delight,
A swoon of shame.

***

James Joyce (Dublin, Irlande 1882-1941)Poèmes à dix sous (Pomes Penyeach, 1927) – Zurich, 1916 – Traduit de l’anglais par Bernard Pautrat

Rainer Maria Rilke – Comment encore reconnaître… (1926)

•mai 24, 2015 • Laisser un commentaire

Rainer Maria RilkeComment encore reconnaître
ce que fut la douce vie ?
En contemplant peut-être
dans ma paume l’imagerie

de ces lignes et de ces rides
que l’on entretient
en fermant sur le vide
cette main de rien.

*

How then to recognize
what gave life its balm?
Perhaps if I scrutinize
these pictures in my palm

engraved in line and crease
which are best employed
when this hand of nothingness
is clenched upon the void.

***

Rainer Maria Rilke (1875-1926)Vergers (1926) – Traduit du français par Peter Oram and Alex Barr

Louis Calaferte – Hivers… (1983)

•mai 23, 2015 • Laisser un commentaire

louis_calaferteHivers printemps étés automnes
saisons de tous ces jours d’antan
passé des choses qui grisonnent
leurs rumeurs en moi se chiffonnent
les temps s’en vont passent les temps
hivers printemps étés automnes
nous n’aurons vécu qu’un instant

***

Louis Calaferte (1928-1994)Poèmes ébouillantés (1983)

Emily Dickinson – Si je peux empêcher un cœur de se briser (If I Can Stop One Heart From Breaking)

•mai 22, 2015 • 2 commentaires

Emily DickinsonSi je peux empêcher un coeur de se briser,
Je ne vivrai pas en vain ;
Si je peux soulager une vie de sa souffrance,
Apaiser une douleur,
Ou aider un rouge-gorge affaibli
A rejoindre son nid,
Je ne vivrai pas en vain.

*

If I can stop one heart from breaking,
I shall not live in vain;
If I can ease one life the aching,
Or cool one pain,
Or help one fainting robin
Unto his nest again,
I shall not live in vain.

***

Emily Dickinson (1830–1886)

Jean-Luc Wauthier – Souvent… (2014)

•mai 21, 2015 • Laisser un commentaire

Jean-Luc WauthierSouvent
l’enfant que nous avons été
profite d’un rêve
ou d’un soir de fièvre
pour surgir devant nous.
Silencieux, visage fermé,
il a les yeux tristes
regrette de nous avoir laissés sortir seuls,
vêtus de notre seul manteau de pauvreté.

L’enfant pourtant sourit
lorsqu’il nous reconnaît sous le masque
et qu’il nous apporte le pain frais
du silence.

***

Jean-Luc Wauthier (Charleroi, Belgique 1950-2015)Sur les aiguilles du temps (2014)

 
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