Luc Dietrich – Dieu, toi qui es, toi qui me ronges…

•septembre 30, 2016 • Un commentaire

Luc DietrichDieu, toi qui es, toi qui me ronges,
toi qui me brûles et me glaces tour à tour,
manifeste-toi en moi, brille par éclats en cette terre pourrie,
manifeste-toi par le sentiment que je connais ;
Dieu, fais que je me haïsse assez fort pour gagner le pouvoir de me défaire
et puis de me reconstruire.

***

Luc Dietrich (1913-1944)

Découvert ici: https://arbrealettres.wordpress.com/

Jim Harrison – Sept ans dans les bois (Seven in the Woods, 2016)

•septembre 29, 2016 • Laisser un commentaire

Jim Harrison par Jean-Luc BertiniSuis-je aussi vieux que je le suis ?
Peut-être pas. Le temps est un mystère
qui peut nous mettre sens dessus dessous.
Hier j’avais sept ans dans les bois,
un bandage recouvrant mon oeil aveugle,
dans un sac de couchage que ma mère me fabriqua
afin que je puisse dormir dans les bois
loin des gens. Une couleuvre se glissa près de moi
sans me remarquer. Une mésange
se posa sur mon orteil nu, si légère
qu’elle était à peine croyable. La nuit
avait été longue et la cime des arbres
chargée d’un trillion d’étoiles. Qui
étais-je, à moitié aveugle sur le sol de la forêt,
qui étais-je à sept ans ? Soixante-huit ans
plus tard je peux toujours habiter le corps
de ce garçon sans penser au temps qui s’est écoulé depuis.
C’est le fardeau de la vie d’avoir plusieurs âges
sans voir la fin des temps.

*

Am I as old as I am?
Maybe not. Time is a mystery
that can tip us upside down.
Yesterday I was seven in the woods,
a bandage covering my blind eye,
in a bedroll Mother made me
so I could sleep out in the woods
far from people. A garter snake glided by
without noticing me. A chickadee
landed on my bare toe, so light
she wasn’t believable. The night
had been long and the treetops
thick with a trillion stars. Who
was I, half-blind on the forest floor
who was I at age seven? Sixty-eight
years later I can still inhabit that boy’s
body without thinking of the time between.
It is the burden of life to be many ages
without seeing the end of time.

***

Jim Harrison (1937-2016)Dead Man’s Float (2016) – Traduit de l’anglais (États-Unis) par Stéphane Chabrières

Guy Goffette – Elle dit… (2016)

•septembre 28, 2016 • Laisser un commentaire

Guy Goffette par Jean-Luc BertiniElle dit C’est toujours
la même histoire avec toi
Rien n’est jamais
ni blanc ni noir
et quand tu parles
c’est par énigmes
comme si le monde
avait les yeux de ton poème

***

Guy Goffette (né à Jamoigne, Belgique en 1947)Petits riens pour jours absolus (2016)

André Laude – La fleur parmi les ruines (1980)

•septembre 27, 2016 • 4 commentaires

André LaudeLe petit homme gris
a tout envahi
Il prolifère
vermine inexpugnable
Le petit homme
dicte la loi
Poisson froid
singe hurleur
je le croise partout
sous divers masques
Il a tué ma joie
mon rire d’enfant
Il a brisé mes élans
purs vers les hauteurs
là où l’on peut toucher
la transparence
Il a noirci mes matins
Ses crimes sont innommables
mais nul trouble en lui
Depuis la nuit des temps
je fais la guerre totale
au petit homme gris
C’est sans doute lui
qui l’emportera
Mais cette guerre-là
vaut mieux, bien mieux
que toute paix séparée
Le petit homme gris
n’a pas encore gagné !

***

André Laude (1936-1995)Liberté couleur d’homme (1980)

Fabien Sanchez – Sorry for the dust (2012)

•septembre 26, 2016 • Laisser un commentaire

Fabien SanchezLa poussière jonche mon pas
sur la route du temps
où repose l’évanoui.

Toute ma vie
j’ai vécu
en diagonale

– ma vie d’homme seulement.

Avant cela
j’étais clair et limpide.

Mon sang eau de roche
n’avait pas peur

de travailler mon coeur.

***

Fabien Sanchez (né en 1972 à Montpellier)J’ai glissé sur le monde avec effort (2012)

Sandra Lillo – Je ne sais plus finir mes phrases…

•septembre 25, 2016 • Laisser un commentaire

Sandra LilloJe ne sais plus finir mes phrases

mon territoire se résume à l’ouverture de la fenêtre
sur les draps renversés d’insomnie

paraplégique de l’autre partie du monde

L’heure juste frappe aux portes par des cyclones
après lesquels

on rebattit beau triste et maladroit

ramené sans cesse au milieu de la mer
des feuilles mortes

Tout le bruit de l’automne tombe dans le silence
des nuits

qui crient la peur de vivre

***

Sandra Lillo

Xhevahir Spahiu – Fantaisie (Fantazi)

•septembre 24, 2016 • Laisser un commentaire

Xhevahir SpahiuUne étoile est tombée.

Dans quel abîme ?
En quelle forêt ?

Mon esprit me dit :
elle s’est abîmée dans la gueule d’un léopard.

Le jour où le chasseur tuera le fauve
et lui ouvrira le ventre,
que trouvera-t-il donc :
une perle mirifique
ou une pierre maléfique ?

***

Xhevahir Spahiu (né en 1945 à Malind, Albanie)Urgences (Urgjenca, 2016) – Traduit de l’albanais par Alexandre Zotos