Kateri Lemmens – Sait-on jamais…

•janvier 20, 2021 • Laisser un commentaire

sait-on jamais
la couleur de la neige
du froid le plus froid
l’inconnue de l’équation
la phrase que je viens de taire
une synthèse addictive
le blanc stupéfiant des premières lueurs
– naître –
noir lustre immense et incandescent
qui t’accueille

***

Kateri Lemmens (née en 1974 à Sherbrooke, Québec)Passer l’hiver (Le Noroît, 2020)

Henri Abril – Notre univers ne peut être caduc…

•janvier 19, 2021 • 2 commentaires

Notre univers ne peut être caduc
tant qu’y résonne l’espoir des suicidés,
la grille d’égout par où Nerval toise ses mânes
le four astral que Sylvia Plath s’obstine à sonder
la balle de Maïakovski qui vers nos coeurs bifurque

***

Henri Abril (né à Mataró, Espagne, en 1947)Qu’il fasse beauqu’il fasse laidQuintils bancroches (Z4 éditions, 2020)

Néstor Ponce – Carnaval

•janvier 18, 2021 • Un commentaire

j’ai mal aux masques du silence
sous ta cagoule voisin
palpitent tes yeux leur couleur ?
tous portent des masques
c’est un théâtre grec ambulant
dans les rues de la ville
ce ne sont que troupes tambour tambour battant
étincelle perdue dans un transfert
de si grands enfants madame
et ils s’entêtent avec leurs pétitions ?
avec du savon ou de la soude caustique
efface-t-on l’oubli ?
et la honte ?

(…)

Centre de détention clandestin
Puente Doce, mars 1978

*

Carnaval

me duelen las máscaras del silencio
¿tras su capucha vecino
laten sus ojos su color ?
todos llevan máscaras
es un teatro griego ambulante
por las calles de la ciudad
todos son murga tambor y redoble
un chispazo que se quedó en un traslado
¿tan grandes sus hijos señora
y siguen armando memoriales ?
¿con jabón o con soda cáustica
se borra el olvido ?
¿y la vergüenza ?

y yo / que sin saber por qué
siempre amé las máscaras.

Campo de concentración
Puente doce, 1978, marzo

***

Néstor Ponce (né en 1955 à La Plata)Désapparences (Les Hauts-Fonds, 2013) – Traduit de l’espagnol (Argentine) par Monique Roumette.

Branko Miljković – Éloge du monde

•janvier 17, 2021 • 2 commentaires

Ne m’abandonne pas ô monde
Ne t’en va pas naïve hirondelle

Ne blessez pas la terre
Ne touchez pas à l’air
Ne faites aucun mal à l’eau
Ne me fâchez pas avec le feu
Laissez-moi aller
Vers moi-même comme vers mon but

Laissez-moi parler à l’eau
Parler à la terre
Et à l’oiseau qui vit de l’air
Ma voix tendue comme un nerf
Laissez-moi parler
Tant qu’il y a du feu en moi
Peut-être un jour arriverons-nous
A toucher de la main ce que nous disons

Ne m’abandonne pas ô monde
Ne t’en va pas naïve hirondelle

*

Похвала свету

Не напуштај ме свете
Не иди наивна ласто

Не повредите земљу
Не дирајте ваздух
Не учините никакво зло води
Не посвађајте ме са ватром
Пустите ме да корачам
Према себи као према своме циљу

Пустите ме да говорим води
Да говорим земљи
И птици која живи од ваздуха
Глас мој испружен као живац
Пустите ме да говорим
Док има ватре у мени
Можда ћемо једном моћи
Да то што кажемо додирнемо рукама

Не напуштај ме свете
Не иди наивна ласто

***

Branko Miljković (1934-1961) – Traduit du serbe par Boris Lazić.

Ana Blandiana – Fatiguée

•janvier 16, 2021 • 8 commentaires

Je suis fatiguée de naître d’une idée,
je suis fatiguée de ne pas mourir.
J’ai choisi une feuille,
voici, c’est d’elle que je vais naître
à son image et à sa ressemblance.
Sa sève fraîche va m’envahir doucement
et ses nervures seront mes tendres reliques.
Elle m’apprendra à trembler, à grandir,
à briller dans la peine ;
puis à me détacher de la branche
comme un mot quitte les lèvres.
De cette façon simple
enfantine
dont on meurt
chez les feuilles.

***

Ana Blandiana (née en 1942 à Timișoara, Roumanie)Le blues roumain (Unicité, 2020) – Traduit du roumain par Radu Bata.

Edmond-Henri Crisinel – Rire

•janvier 15, 2021 • Laisser un commentaire

Si vous dites que j’ai versé
Des pleurs de douce repentance,
Si vous dites que j’ai bercé
Mon coeur d’une prière intense,

Si vous dites que j’ai trahi
Les musiques de ma luxure
Bénie, et que j’ai…
Le vin de ma vendange impure,

Si vous dites que j’ai brisé
Mon orgueil au pied du Calvaire,
(O Maître) et que j’ai renié
L’oeillet de ma folie amère,

Si vous dites ces choses saintes !
Divins élans ! sanglots divins !
Soupirs de femme ardente aussi,
Ha ! si vous dites ces choses saintes !

Vous mentez, ô nid chaud de mes lèvres,
Vierges folles : ce soir d’été
Ah ! nul frisson, ce soir funeste :
Rien qu’un rire égaré – dans le soir…

Zurich, juin 1918.

***

Edmond-Henri Crisinel (1897-1948)Oeuvres (Plaisir de lire, 1980)

Paul Vallée – Constitution de l’existence

•janvier 14, 2021 • Laisser un commentaire

On citera d’abord à l’Ordre
Les Corps
Disputés par les Hautes
Et les Basses mésalliances
Puis on déclinera les ordres spectraux
Et fantomatiques
Par importance de lueurs
D’apparitions et de disparitions

On se penchera ensuite sur les difficultés du passage
Sur le Mystère irrésolu
Garant de l’existence miraculeuse

Puis on laissera à l’Ange des jours
Le soin d’établir les limites du Cadastre
Le carré des prophètes
Et des fous
De borner l’Existence première

Plus tard on s’attachera
À l’ordonnancement des miracles
À l’intitulé des Voix
À la dissémination des Preuves

On verra aussi
À l’enregistrement
Des minutes de la grande Audience
De la Parole inouïe
Ainsi qu’à l’enrichissement du registre
Des Annonces

On ne contestera pas
À ce stade
Aux généalogies du Vent
Leur ascendance
Ni leur primauté
Lorsque l’Homme se lèvera
Au milieu du Désastre
Mais le temps sera fixé
Sur l’heure immémoriale
Sur le cadran des eaux fluviales
Dans le Temps redoublé

Les cachets d’authentification
Auront dès l’origine les caractéristiques du Feu
Et laisseront des traces vives
Les Dénominations seront des Principautés
D’air principalement
L’Âme pourra se reposer
Sur des conventions statutaires
Et changeantes
Au gré des Aspirations et des Volontés

Dans la chambre du Temps
Circuleront librement
Les Figures et les Nombres

Le Sang originel sera reconstitué
Effaçant le sang du Sacrifice

Les Tables de lois seront proscrites
Et dériveront
Dans le Grand sommeil des âges
Fragments à jamais perdus

Les Vérités et les Révélations
Se déploieront sur des tablettes d’air
Parties et tout du Feu
Qu’une main aplanira
Doublant la main de chair
Dévoilant ainsi les Signatures
Et pourvoyant les signataires

Les testaments attestés
Et les témoins visibles seront affranchis
Les ombres tutélaires libres
De se désaffilier
Des grands Corps
Et de leur descendance

La nuit sera alors pleine
Mais vide de toute conscience spectrale
Le jour s’imaginera en concordance

Les émissaires de Midi
Seront des corps clairs et légers
Que le poids des choses et du temps
N’aura entamé
Libres de se mouvoir
Dans l’espace de la Réparation

L’Homme se rencontrera à la fin
Selon ces dispositions
Levant l’hypothèque du Feu
Levant aussi les clauses de l’Air
Le condamnant à l’Asphyxie

Dès lors l’Homme respirera librement

***

Paul Vallée (Ayer’s Cliff 1970-2002)

Sanda Ristić-Stojanović – Révolution

•janvier 13, 2021 • Laisser un commentaire

La mort saisit
Un slogan,
En fit paroles
Et poète,
Elle secoua ensuite le drapeau
De nos organes
Tout comme notre sang et nos os.

La vie prit
Un slogan,
En frappa toutes les paroles
Et poèmes conventionnels,
Les voulant plus
Révolutionnaires,
Elle déchira par la suite le poète
En peu de mots, comme sang, sentiments, fureur
Qui le cherchent
Toujours.

La révolution
Se sentit ensuite
Importante tout comme
La mort et la vie,
Et tomba dans
Le poète et les mots,
Pour décider
Ce qu’elle allait faire ensuite…

***

Sanda Ristić-Stojanović (née en 1974) – Književne novine 1275 / 1276

Samuel Beckett – Bon bon il est un pays…

•janvier 12, 2021 • Laisser un commentaire

bon bon il est un pays
où l’oubli où pèse l’oubli
doucement sur les mondes innommés
là la tête on la tait la tête est muette
et on sait non on ne sait rien
le chant des bouches mortes meurt
sur la grève il a fait le voyage
il n’y a rien à pleurer

ma solitude je la connais allez je la connais mal
j’ai le temps c’est ce que je me dis j’ai le temps
mais quel temps os affamé le temps du chien
du ciel pâlissant sans cesse mon grain de ciel
du rayon qui grimpe ocellé tremblant
des microns des années ténèbres

vous voulez que j’aille d’A à B je ne peux pas
je ne peux pas sortir je suis dans un pays sans traces
oui oui c’est une belle chose que vous avez là une bien belle chose
qu’est-ce que c’est ne me posez plus de questions
spirale poussière d’instants qu’est-ce que c’est le même
le calme l’amour la haine le calme le calme

*

all right all right there’s a land
where forgetting where forgetting weighs
gently upon worlds unnamed
there the head we shush it the head is mute
and one knows no but one knows nothing
the song of dead mouths dies
onthe shore it has made its voyage
there is nothing to mourn

my loneliness I know it oh well I know it badly
I have the time is what I tell myself I have time
but what time famished bone the time of the dog
of a sky incessantly paling my grain of sky
of the climbing ray ocellate trembling
of microns of years of darkness

you want me to go from A to B I cannot
I cannot come out I’m in a traceless land
yes yes it’s a fine thing you’ve got there a mighty fine thing
what is that ask me no more questions
spiral dust of instants what is this the same
the calm the love the hate the calm the calm

***

Samuel Beckett (1906-1989) – Poèmes, suivi de mirlitonnades (Minuit, 1978) – Translated from the French by Philip Nikolayev – Published in Poetry magazine.

Gonzalo Rojas – Les vrais poètes sont soudains

•janvier 11, 2021 • 2 commentaires

Les vrais poètes sont soudains :
ils naissent et dénaissent, ils disent
mystère et sont mystère, ils sont des enfants
en croissance tenace, ils entrent
et ressortent intacts de l’abîme, ils rient
avec l’insolence de 15 ans, ils se lancent
dans le vide depuis la jetée sur les rochers
funestes de l’océan sans
peur de la peur, le danger
les fascine.

Ils aiment et irradient, ils parient
sur l’être, uniquement sur l’être, ils ont mille yeux
et mille oreilles aussi, mais
ils les gardent dans leur crâne musical, ils flairent
l’invisible au-delà du nombre,
la vaticination les assiste, ils sont
allégresse et brûlent d’allégresse.

À l’extase
ils préfèrent le sacrifice, ils donnent leurs vies
pour d’autres vies, ils vont au front
en chantant, à tous
les fronts, à l’abîme
par exemple, à celui de l’intempérie anar,
jusqu’au martyre, aux tempêtes
de l’amour, Rimbaud
les enflamme :

«Elle est retrouvée
Quoi ? L’ Éternité » .

Mais l’Éternité, c’est cela même.

*

Los verdaderos poetas son de repente

Los verdaderos poetas son de repente:
nacen y desnacen, dicen
misterio y son misterio, son niños
en crecimiento tenaz, entran
y salen intactos del abismo, ríen
con el descaro de los 15, saltan
desde el tablón del aire al roquerío
aciago del océano sin
miedo al miedo, los hechiza
el peligro.

Aman y fosforecen, apuestan
a ser, únicamente a ser, tienen mil ojos
y otras mil orejas, pero
las guardan en el cráneo musical, olfatean
lo invisible más allá del número, el
vaticinio va con ellos, son
lozanía y arden lozanía.

Al éxtasis
prefieren el sacrificio, dan sus vidas
por otras vidas, van al frente
cantando, a cada uno
de los frentes, al abismo
por ejemplo, al de la intemperie anarca,
al martirio incluso, a las tormentas
del amor, Rimbaud
los enciende:

—Elle est
Retrouvée. Quoi? L´Eternité.

Pero la Eternidad es esto mismo.

***

Gonzalo Rojas (1917-2011) – Nous sommes un autre soleil (Orphée/ La Différence, 2013) – Traduit de l’espagnol (Chili) par Fabienne Bradu.

 
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