Bertolt Brecht – La Légende du soldat mort (Legende vom toten Soldaten, 1918)

Et quand la guerre en fut à son 5ème printemps
Et n’offrait aucune perspective de paix
Alors le soldat en tira les conséquences
Et il mourut en héros.

Mais la guerre n’en était point encore rendue à son terme
Or donc l’Empereur fut fort marri
Que son soldat fût mort:
Car il était mort avant son heure.

L’été glissait au-dessus des tombes
Et déjà le soldat dormait
Et voici qu’une nuit arriva une
Commission militaire médicale.

La commission médicale s’en fut
Au cimetière
Et à l’aide d’une bêche bénie
Elle déterra le soldat mort.

Et le docteur examina le soldat
-Du moins ce qu’il en restait encore-
Et le Docteur conclut qu’il était “bon pour le service”
Mais qu’il tirait au flanc pour échapper au danger.

Et ils emmenèrent illico le soldat
La nuit était bleue et belle
Quand on n’avait pas de casque sur la tête
On pouvait apercevoir les étoiles au-dessus de notre pays.

Ils lui flanquèrent une giclée de gnôle
Dans sa carcasse putréfiée
Accrochèrent deux infirmières à son bras
Et sa bonne femme à moitié nue.

Et comme le soldat pue la décomposition
Un cureton, cahin caha, marche en tête
Il balance un encensoir autour du soldat
Pour réduire la puanteur.

En tête la musique, zimbamboum
Joue une marche fringante
Et le soldat, comme il l’a appris,
Agite ses guiboles en cadence.

Deux infirmiers l’entourent
Fraternellement de leurs bras
Sinon il se planterait la tronche dans la boue
Et ça, il ne faut surtout pas.

Sur la chemise du mort
Ils peignent les trois couleurs noir- blanc- rouge
Et la brandissent devant lui,
Les couleurs cachent la saleté.

Un monsieur en frac marche aussi devant
Avec un plastron amidonné
Ce type, en sa qualité d’homme allemand,
Lui, il sait quel est son devoir.

Et les voilà,zimbamboum,
Qui descendent l’avenue sombre
Et avec eux, le soldat,titubant,
Comme un flocon de neige dans la tempête.

Les chiens et les chats se mettent à hurler
Les rats dans les champs couinent comme des sauvages:
Ils ne veulent pas devenir français
Ce serait la honte.

Et quand ils traversent les villages
Toutes les bonnes femmes sont là
Les arbres s’inclinent, la pleine lune brille
Et tout le monde crie hourra!

Et zimbamboum et Salut, Adieu,
Et les bonnes femmes, et les chiens et le cureton
Et au milieu le soldat mort
Comme un macaque ivre-mort

Et quand ils traversent les villages
Il arrive que personne ne le voit
Tant il y a de monde autour de lui
Avec les zimboum et les hourra

Il y en a tant qui dansent et qui braillent autour de lui
Que personne ne le voit
Seulement d’en haut on peut encore le voir
Mais là-haut il n’y a que les étoiles.

Les étoiles ne sont pas éternellement là
Car il y a l’aube qui point
Quant au soldat, comme il l’a appris
Il s’en va mourir en héros.

*

Legende vom toten Soldaten

Und als der Krieg im fünften Lenz
Keinen Ausblick auf Frieden bot,
Dazog der Soldat seine Konsequenz
Und starb den Heldentod.

Der Krieg war aber noch nicht gar,
Drum tat es dem Kaiser leid,
Daß sein Soldat gestorben war:
Es schien ihm noch vor der Zeit.

Der Sommer zog über die Gräber her,
Und der Soldat schlief schon.
Da kam eines Nachts militärische Ärztliche Kommission.

Es zog die Ärztliche Kommission
Zum Gottesacker hinaus.
Und grub mit geweihtem Spaten den
Gefallnen Soldaten aus.

Der Doktor besah den Soldaten genau,
Oder was von ihm noch da war.
Und der Doktor fand,der Soldat war k.v.
Und er drückte sich vor der Gefahr.

Und sie nahmen gleich den Soldaten mit,
Die Nacht war blau und schön.
Man konnte,wenn man keinen Helm aufhatte,
Die Sterne der Heimat sehn.

Sie schütteten ihm einen feurigen Schnaps
In den verwesten Leib
Und hängten zwei Schwestern in seinen Arm
Und ein halbentblößtes Weib.

Und weil der Soldat nach Verwesung stinkt,
Drum hinkt der Pfaffe voran,
Der über ihn ein Weihrauchfaß schwingt,
Daß er nicht stinken kann.

Voran die Musik mit Tschindara
Spielt einen flotten Marsch.
Und der Soldat,so wie er’s gelernt,
Schmeißt seine Beine vom Arsch.

Und brüderlich den Arm um ihn
Zwei Sanitäter gehn.
Sonst flög er noch in den Dreck ihnen hin,
Und das darf nicht geschehn.

Sie malten auf sein Leichenhemd
Die Farben Schwarz-Weiß-Rot
Und trugen’s vor ihm her;man sah
Vor Farben nicht mehr den Kot.

Ein Herr im Frack schritt auch voran
Mit einer gestärkten Brust,
Der war sich als ein deutscher Mann
Seiner Pflicht genau bewußt.

So zogen sie mit Tschindara
Hnab in die dunkle Chaussee,
Und der Soldat zog taumelnd mit,
Wie im Sturm die Flocke Schnee.

Die Katzen und die Hunde schrein,
Die Ratzen im Feld pfeifen wüst:
Sie wollen nicht französisch sein,
Weil das eine Schande ist.

Und wenn sie durch die Dörfer ziehn,
Waren alle Weiber da.
Die Bäume verneigten sich,der Vollmond schien,
Und alles schrie hurra.

Mit Tschindara und Wiedersehn.
Und Weib und Hund und Pfaff!
Und mittendrin der tote Soldat
Wie ein besoffner Aff.

Und wenn sie durch die Dörfer ziehn,
Kommt’s,daß ihn keiner sah,
So viele waren herum um ihn
Mit Tschindara und Hurra.

So viele tanzten und johlten um ich,
Daß ihn keiner sah.
Man konnte ihn einzig von oben noch sehn,
Und da sind nur Sterne da.

Die Sterne sind nicht immer da,
Es kommt ein Morgenrot.
Doch der Soldat,wie er’s gelernt,
Zieht in den Heldentod.

***

Bertolt Brecht (1898-1956) – Poèmes 1913-1929, tome 2 (L’Arche, 1997)

~ par schabrieres sur septembre 27, 2008.

Une Réponse to “Bertolt Brecht – La Légende du soldat mort (Legende vom toten Soldaten, 1918)”

  1. merci d’avoir trouver ce poème, il montre à merveille ce non-sens phénoménal qu’est la guerre et à plus forte raison la boucherie de 14-18

    Aimé par 1 personne

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