Federico García Lorca – Suicide (peut-être parce que tu ignorais la géométrie) (1922)

René Magritte - La Reproduction Interdite (1937)Le jeune homme perdait mémoire de lui-même.
Il était dix heures du matin.

Son cœur peu à peu s’emplissait
de fleurs de chiffon et d’ailes brisées.

Il nota qu’il ne lui restait
plus qu’une parole aux lèvres.
Ôtant les gants, il vit tomber
de ses mains une cendre fine.

Du balcon se voyait une tour.
Il se sentit balcon et tour.

Il crut voir que le fixait
la montre prise dans son boîtier.

Il vit son ombre étendue et calme
sur le blanc divan de soie.

Le jeune homme, géométrique et roide,
d’un coup de hache brisa le miroir.

A ce geste un grand jet d’ombre
inonda la chimérique alcôve.

***

Federico García Lorca (1898-1936)Chansons (Canciones, 1922)

Publicités

~ par schabrieres sur octobre 13, 2009.

Une Réponse to “Federico García Lorca – Suicide (peut-être parce que tu ignorais la géométrie) (1922)”

  1. Magnifique de sobriété, de la grandiloquence cependant dans ces mots si bien prélevés et qui sonnent si juste……..Froids , précis et nets et l’acte fut !!! merci pour cet extrait ! Bon dimanche !

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
Manolis

Greek Canadian Author

Littérature portes ouvertes

Littérature contemporaine, poésie française, recherche littéraire...

The Manchester Review

The Manchester Review

poésie : traduction : critique

L'atelier en ligne de Pierre Vinclair

fragm

secousse sismique travaillant l’épaisseur d’une lentille de cristal, cette fin du monde de poche s’exprimait tout entière dans la syllabe fragm, identique de “diaphragme” à “fragment”, comme une paillette pierreuse qu’on retrouve pareille à elle-même dans des roches de structures diverses mais dont les éléments principaux, de l’une à l’autre, demeurent constants (Michel Leiris)

Outlaw Poetry

Even when Death inhabits a poem, he does not own it. He is a squatter. In fact, Death owns nothing. - Todd Moore

Locus Solus: The New York School of Poets

News, links, resources, and commentary on poets and artists of the New York School

Encres désancrées --- Carla Lucarelli

Carnets décousus, Ecriture, Lectures, humeurs, élucubrations, travaux en cours, Images aimées, prises, empruntées

Bonheur des yeux et du palais

sur le fil des jours

Bareknuckle Poet

Journal of Letters

Vallejo & Co.

literatura y más

%d blogueurs aiment cette page :