Alejandra Pizarnik – Le Réveil (El Despertar, 1958)

Ô Seigneur
la cage est devenue oiseau
et s´est envolée
et mon coeur est devenu fou
il hurle à la mort
et sourit à mes délires
à l´insu du vent…

Que ferai-je de ma peur?
Que ferai-je de ma peur?

La lumière de mon sourire ne danse plus
les saisons ne brûlent plus les colombes de mes songes.
Mes mains se sont dénudées
et sont allées là où la mort
enseigne à vivre aux morts.

Ô Seigneur
l´espace condamne mon être.
Et derrière lui des monstres
boivent mon sang

C´est le désastre.
C´est l´heure du vide sans vide,
il est temps de verrouiller mes lèvres,
d´écouter crier les condamnés,
contempler chacun de mes noms
suspendus dans le néant.

Ô Seigneur
jette les cercueils de mon sang…

Je me souviens de mon enfance,
lorsque j´étais vieille
et que les fleurs mouraient entre mes mains
car la danse sauvage de mon allégresse
leur détruisait le coeur.

Je me souviens des sombres matins de soleil
quand j´étais petite fille,
c´était hier,
c´était il y a des siècles.

Ô Seigneur
la cage est devenue oiseau
et a dévoré mes espérances.

Ô Seigneur
la cage est devenue oiseau
et que ferai-je de ma peur?

***

Alejandra Pizarnik (1936-1972)Les Aventures perdues (Las aventuras perdidas, 1958) – Traduction Noëlle-Yábar Valdez

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~ par schabrieres sur décembre 5, 2009.

4 Réponses to “Alejandra Pizarnik – Le Réveil (El Despertar, 1958)”

  1. elle sait si bien parler de la douleur et de la mort
    oui le coeur peut hurler à la mort

    J'aime

  2. Etr

    J'aime

  3. Etrange……..Presque les mots de quelqun de déjà mort !! !

    J'aime

  4. Et sa propre cage pourra t-elle vivre survivre sans et ce mal qui la ronge…..

    J'aime

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