Mário de Sá-Carneiro – Crise lamentable (Crise Lamentável, 1916)

j’aimerais tant me débrouiller dans la vie,
pouvoir y goûter en restant qui je suis…
mais rien à faire : plus je m’éloigne,
plus grande est l’angoisse de la retenir.

vivre chez soi comme tout un chacun,
être extravagant dans mes livres – mais
arriver à la fin de chaque mois avec
des factures religieusement honorées.

ne pas craindre d’aborder les filles
avec l’intention de les sauter –
ouvrir les fenêtres de ma tour d’ivoire
bref, ne plus faire de scènes.

avoir la force un jour d’enrayer
cet engrenage qui sur moi se resserre.
– ne plus envoyer de télégrammes à mon père
– cesser de flâner dans Paris en bayant aux corneilles.

me lever et sortir dans la rue – sans passer
une heure et demie à me préparer
– mettre un terme à cette vie dans la lune,
– me défaire de la frousse des courants d’air.

cesser d’être distrait, de briser des objets
chez les amis que je fréquente –
ne plus m’embarquer dans des histoires filandreuses
qui sont le seul fruit de mon invention.

car tout en moi est invention ailée,
un crime ou un bienfait jamais réalisé :
et toujours l’or se change en plomb
sur mon infortune ou sur la sueur de mes orages…

*

Crise Lamentável

Gostava
tanto de mexer na vida,
De ser quem sou – mas de poder tocar-lhe …
E não há forma: cada vez mais perdida
Mas a destreza de saber pegar-lhe.

Viver em casa como toda a gente,
Não Ter juízo nos meus livros – mas
Chegar ao fim do mês com as
Despesas pagas religiosamente.

Não Ter receio de seguir pequenas
E convidá-las para me pôr nelas –
À minha torre ebúrnea abrir janelas
Numa palavra, e não fazer mais cenas.

Ter força um dia para quebrar as roscas
Desta engrenagem que emperrando vai.
– Não mandar telegramas ao meu pai
– Não andar por Paris, como ando , às moscas.

Levantar-me e sair – não precisar
De hora e meia antes de vir prá rua.
Pôr termo a isto de viver na lua,
– perder a frousse das correntes de ar.

Não estar sempre a bulir, a quebrar coisas
Por casa de amigos que frequento –
Não me embrenhar por histórias duvidosas
Que em fantasia apenas argumento.

Que tudo em mim é fantasia alada,
Um crime ou bem que nunca se comete:
E sempre o oiro em chumbo se derrete
Por meu azar ou minha zoina suada …

Paris, Janvier 1916

***

Mário de Sá-Carneiro (1890-1916) – Poésies complètes (Minos, La Différence, 2007) – Préface de Teresa Rita Lopes – Traduit du portugais par Dominique Touati et Michel Chandeigne.

~ par schabrieres sur janvier 29, 2010.

Une Réponse to “Mário de Sá-Carneiro – Crise lamentable (Crise Lamentável, 1916)”

  1. « J’ai chuté…Et je me suis seulement écrasé sur moi-même. »
    encore l’impossible consolation et le courage de se donner la mort.

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