Vladimir Holan – En l’absence de la femme aimée…

En l’absence de la femme aimée,
follement étourdie la nuit emprunte ses jambes,
chausse de petits souliers de glace
et se met à danser de ton lit
à la salle immense de l’insomnie.

Les souliers tintent, tourbillonnent, martèlent, sautent
sans pitié, ouvertement, sans cesse
et pour eux c’est bien, c’est sûr ils dansent avec un autre,
ton amour incrédule n’arrive qu’à les guider
de la jalousie à l’adultère,
tu les entends toute la nuit de plus en plus glaçants —
et ils ne dégèlent qu’au moment
où elle revient chez toi…

***

Vladimir Holan (1905-1980)Mozartiana (1963) – Mozartiana (Fata Morgana, 1991) – Traduit du tchèque par Yves Bergeret et Jiří Pelán.

~ par schabrieres sur octobre 19, 2010.

4 Réponses to “Vladimir Holan – En l’absence de la femme aimée…”

  1. Superbe plein d’allant et d’humour… Vrai !

    Aimé par 1 personne

  2. mais aussi grinçant, les affres de l’abscence

    Aimé par 1 personne

  3. magnifique, »la salle immense de l’insomnie »!

    Aimé par 1 personne

  4. Dans « Toute une vie » Jan Zabrana sauve quelques poètes de son pays qui ne se sont pas compromis avec le stalinisme: Jakub Deml, Frantisek Halas, Jiri Orten, Richard Weiner, Konstantin Biebl, Jiri Kolar etc…
    Zabrana écrit: « Je pense souvent à ces blancs becs qui avaient fréquenté les facultés approuvées par le Parti sans s’être jamais retrouvés dans des situations de pression ou de contrainte qui leur auraient permis de tester la fermeté, l’intransigeance de leur caractère -sans avoir donc pu en faire l’expérience – et qui se ruaient, lors du dégel des années 60, sur des gens qui avaient été emprisonnés (Kolar), qui n’avaient presque rien pu publier pendant 15 ans (Holan), trimaient dans des dépôts de récupération (Hrabal), et ils les accusaient de manquer de caractère – c’étaient eux qui les accusaient de manquer de caractère! – en feignant d’ignorer où ils vivaient. Il y avait à peu près autant de logique là-dedans que dans les propos d’un procureur qui accuse une victime estropiée, brisée (et qui tente de respirer comme prescrit quand il est interdit de respirer autrement) en feignant de ne pas voir l’assassin. »

    Aimé par 1 personne

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