Wislawa Szymborska – Joie d’écrire (Radość pisania, 1996)

Où court la biche écrite dans la forêt écrite ?
Irait-elle s’abreuver au bord de l’eau écrite
qui copie son museau comme le papier carbone ?
Pourquoi lève-t-elle la tête, entend-elle quelque chose ?
Elle emprunte ses quatre pattes au vrai de vrai,
et, sous mes doigts, elle tend l’oreille.
Silence – ce mot aussi gratte sur le papier
en écartant
les branches, droit sorties du mot « forêt ».

Au-dessus de la feuille blanche, ils sont prêts à sauter
ces petits caractères qui peuvent tourner mal,
ces phrases qui cernent de près
sans aucune chance de salut.

Il y a, dans une goutte d’encre, une solide réserve
de chasseurs, l’oeil plissé et rivé sur la proie,
prêts à dévaler la pente périlleuse du stylo,
à fondre sur la biche, et à la mettre en joue.

Ils auront oublié que ce n’est pas la vie.
D’autres lois, noir sur blanc, régissent cette contrée.
Un clin d’oeil durera aussi longtemps que je veux,
il se laissera tailler en petites éternités
chacune remplie de balles suspendues en plein vol.
Rien n’arrivera jamais, si je l’ordonne ainsi.
Pas une feuille qui tombe sans que je le décide,
pas un brin d’herbe ne plie sous le point du sabot.

Ainsi donc, un monde existe
dont je régente le sort souverainement ?
Temps que j’enchaîne de signes ?
Existence, sur mon ordre, impérissable ?

Joie d’écrire.
Pouvoir de maintenir.
Vengeance de la main mortelle.

*

Radość pisania

Dokąd biegnie ta napisana sarna przez napisany las?
Czy z napisanej wody pić,
która jej pyszczek odbije jak kalka?
Dlaczego łeb podnosi, czy coś słyszy?
Na pożyczonych z prawdy czterech nóżkach wsparta
spod moich palców uchem strzyże.
Cisza – ten wyraz też szeleści po papierze
I rozgarnia
spowodowane słowem „las” gałęzie.

Nad białą kartką czają się do skoku
litery, które mogą ułożyć się źle,
zdania osaczające,
przed którymi nie będzie ratunku.
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Jest w kropli atramentu spory zapas
myśliwych z przymrużonym okiem,
gotowych zbiec po stromym piórze w dół,
otoczyć sarnę, złożyć się do strzału.

Zapominają, że nie tu jest życie.
Inne, czarno na białym, panują tu prawa.
Okamgnienie trwać będzie tak długo, jak zechcę,
pozwoli się podzielić na małe wieczności
pełne wstrzymanych w locie kul.
Na zawsze, jeśli każę, nic się tu nie stanie.
Bez mojej woli nawet liść nie spadnie
ani źdźbło się nie ugnie pod kropką kopytka.

Jest więc taki świat,
nad którym los sprawuję niezależny?
Czas, który wiążę łańcuchami znaków?
Istnienie na mój rozkaz nieustanne?

Radość pisania.
Możność utrwalania.
Zemsta ręki śmiertelnej.

*

The Joy of Writing

Why does this written doe bound through these
written woods?
For a drink of written water from a spring
whose surface will xerox her soft muzzle?
Why does she lift her head; does she hear something?
Perched on four slim legs borrowed from the truth,
she pricks up her ears beneath my fingertips.
Silence—this word also rustles across the page
and parts the boughs
that have sprouted from the word “woods.”

Lying in wait, set to pounce on the blank page,
are letters up to no good,
clutches of clauses so subordinate
they’ll never let her get away.

Each drop of ink contains a fair supply
of hunters, equipped with squinting eyes behind their sights,
prepared to swarm the sloping pen at any moment,
surround the doe, and slowly aim their guns.

They forget that what’s here isn’t life.
Other laws, black on white, obtain.
The twinkling of an eye will take as long as I say,
and will, if I wish, divide into tiny eternities,
full of bullets stopped in mid-flight.
Not a thing will ever happen unless I say so.
Without my blessing, not a leaf will fell,
not a blade of grass will bend beneath that little hoof’s full stop.

Is there then a world
where I rule absolutely on fate?
A time I bind with chains of signs?
An existence become endless at my bidding?

The joy of writing.
The power of preserving.
Revenge of a mortal hand.

***

Wislawa Szymborska (née en 1923) – De la mort sans exagérer (Fayard, 1996) – Traduit du polonais par Piotr Kaminski – Map: Collected and Last Poems (Houghton Mifflin Harcourt, 2015) – Translated by Stanisław Barańczak and Clare Cavanagh.

~ par schabrieres sur décembre 30, 2010.

2 Réponses to “Wislawa Szymborska – Joie d’écrire (Radość pisania, 1996)”

  1. Oui,
    Mais elles tournent aussi
    L’une sur l’autre s’entassant
    Et provisoirement disparaissant
    Les pages d’écriture…

    J'aime

  2. « Pour être au clair avec soi-même, pour savoir de quoi sa propre pensée est réellement capable, l’épreuve de l’écriture paraît cruciale. Peut-être publie-t-on trop, mais il n’est pas sûr que l’on écrive suffisamment. Tout le monde devrait écrire pour soi dans la concentration et la solitude. »

    « Aujourd’hui, la littérature est entrée en résistance contre un ennemi qui n’a pas de visage, qui n’a que l’identité vague et grise de l’indifférence. Cela ne doit pas décourager la passion d’écriture, au contraire. C’est justement parce qu’il n’y a rien à attendre du médiatique et du social en général, qu’écrire ressemble de mieux en mieux à une vocation désintéressée »

    Georges Picard « Tout le monde devrait écrire »

    J'aime

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