Pablo Neruda – Sonnet 83 (1959)

bonheur de te sentir près de moi, dans la nuit,
invisible endormie, sérieusement nocturne
tandis que je démêle, amour, tous mes soucis
comme je le ferais de filets embrouillés.

ton coeur est loin, parti naviguer dans ses rêves;
dans l’abandon, pourtant, me cherchant sans me voir,
ton corps en respirant complète mon sommeil
comme une plante que redoublerait son ombre.

debout, une autre vie t’attend, et c’est demain.
de l’être et du non être où nous nous rencontrâmes,
des frontières perdues dans la nuit, il demeure

quelque chose pourtant, unissante clarté
de la vie, on dirait que c’est le sceau de l’ombre
qui marque de feu ses créatures secrètes.

*

Es bueno, amor, sentirte cerca de mí en la noche,
invisible en tu sueño, seriamente nocturna,
mientras yo desenredo mis preocupaciones
como si fueran redes confundidas.

Ausente, por los sueños tu corazón navega,
pero tu cuerpo así abandonado respira
buscándome sin verme, completando mi sueño
como una planta que se duplica en la sombra.

Erguida, serás otra que vivirá mañana,
pero de las fronteras perdidas en la noche,
de este ser y no ser en que nos encontramos

algo queda acercándonos en la luz de la vida
como si el sello de la sombra señalara
con fuego sus secretas criaturas.

*

It’s good to feel you are close to me in the night, love,
invisible in your sleep, intently nocturnal,
while I untangle my worries
as if they were twisted nets.

Withdrawn, your heart sails through dream,
but your body, relinquished so, breathes
seeking me without seeing me perfecting my dream
like a plant that seeds itself in the dark.

Rising, you will be that other, alive in the dawn,
but from the frontiers lost in the night,
from the presence and the absence where we meet ourselves,

something remains, drawing us into the light of life
as if the sign of the shadows had sealed
its secret creatures with flame.

***

Pablo Neruda (1904-1973)Cien sonetos de amor (La centaine d’amour, 1959)

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~ par stéphane chabrières le janvier 16, 2012.

Une Réponse to “Pablo Neruda – Sonnet 83 (1959)”

  1. Un apéro dans un décor champêtre
    Au jardin qui ne subit nul hiver,
    En écoutant des chants d’oiseaux divers
    Sous le soleil en train de disparaître ;

    Au coin du feu, les paroles d’un maître
    Narrant la vie, ses bonheurs, ses revers,
    Prenant souvent la forme d’un beau vers
    Dont la sagesse aussitôt me pénètre ;

    Ces deux plaisirs, qui sont de bon aloi,
    Ne valent pas le chaleureux émoi
    Que je ressens en ta douce présence.

    Seul, notre amour peut agrandir mon coeur,
    Sur toute chose il se montre vainqueur :
    Heureux le jour où il a pris naissance.

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