Christine Lavant – Poème (1959)

Je veux partager le pain des fous,
prendre chaque jour un grand morceau d’horreur
et m’accorder à la cloche de ces cœurs
où niche une colombe
qui y trouve l’infime refuge
d’un désert au-dessus des eaux.
Longtemps j’ai été pierre logeant
au fond des choses.
Mais j’ai entendu la cloche
parler à voix basse de ton mystère,
le mystère des poissons volants.
J’apprendrai à voler, à nager,
je laisserai la pierre parmi les pierres
et la mélancolie dans un lit de nacre;
mais j’exalterai la colère et la pauvreté.
Mes ailes sont plus anciennes que ta patience,
mes ailes ont volé plus vite que mon courage
pour accepter la folie.
Je veux partager le pain des fous
dans le terrible désert de la colombe
où la cloche divise en trois la grande horreur
pour que triplement sonne ton nom.

***

Christine Lavant (1915-1973)  –  Fuseau dans la lune (Spindel im Mond, 1959) – Traduction de Christine et Nils Gascuel

Publicités

~ par schabrieres sur mai 9, 2012.

Une Réponse to “Christine Lavant – Poème (1959)”

  1. Amen. (Sublime, merci)

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

 
Ricardo Blanco's Blog

Reflections on the mutable universe

Digo.palabra.txt

Literatura para generaciones pixeladas

AFROpoésie

Le site des poésies africaines

La Labyrinthèque

Histoire de l'art jouissive & enchantements littéraires

Je pleure sans raison que je pourrais vous dire

« Je pleure sans raison que je pourrais vous dire, c'est comme une peine qui me traverse, il faut bien que quelqu'un pleure, c'est comme si c'était moi. » M. D.

verseando

algunos poemas y otros textos

Traversées, revue littéraire

Poésies, études, nouvelles, chroniques

Le Carnet et les Instants

Revue des Lettres belges francophones

Borntobeanomad

The world is your home.

Manolis

Greek Canadian Author

Littérature portes ouvertes

Littérature contemporaine, poésie française, recherche littéraire...

%d blogueurs aiment cette page :