Nâzim Hikmet – Sur la vie (1947)

La vie n’est pas une plaisanterie,
Tu la prendras au sérieux,
comme le fait un écureuil, par exemple,
Sans rien attendre hors de la vie ni au-delà de la vie,
C’est-à-dire : vivre sera tout ton souci.
La vie n’est pas une plaisanterie,
Tu la prendras au sérieux,
Mais au sérieux à tel point,
Que les mains liées, par exemple, dos au mur,
Ou dans un laboratoire
en blouse blanche, avec d’énormes lunettes,
Tu mourras pour que vivent les hommes,
Les hommes dont tu n’auras même pas vu le visage.
Et tu mourras tout en sachant
Que rien n’est plus beau, que rien n’est plus vrai
que la vie.
Tu la prendras au sérieux,
Mais au sérieux à tel point
Qu’à soixante-dix ans, par exemple, tu planteras des oliviers
Non pour qu’en héritent tes enfants, non,
Mais parce que tu ne croiras pas à la mort
Tout en la redoutant,
mais parce que la vie pèsera plus lourd dans la balance.

***

Nâzim Hikmet (1902-1963)

 

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~ par schabrieres sur juin 30, 2012.

2 Réponses to “Nâzim Hikmet – Sur la vie (1947)”

  1. Très beau ! merci pour la découverte !

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  2. ça me fait penser au poème de Bukowski : « le cœur rieur », une sorte d’épiphanie mélancolique, un possible trait d’espoir tracé au bic, sur le ventre implacable du Temps… magnifique! ce poème me traverse et laisse en moi résonner la poésie… merci.

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