Fernando Pessoa – Que nous écrivions, parlions ou simplement regardions (1918)

Que nous écrivions, parlions ou simplement regardions
Nous sommes toujours inapparents. Ce que nous sommes
Ne peut être transfusé dans un mot, dans un livre.
Notre âme est infiniment de nous-mêmes éloignée
Même si nous nantissons nos pensées du pouvoir
D’être notre âme et de la manifester au dehors
Nos cœurs restent encore incommunicables.
Nous sommes ignorés en ce que nous
montrons comme nous-mêmes
L’abîme d’âme à âme ne peut être comblé
Par aucune adresse de pensée ni aucune ruse d’apparence
Nous sommes restreints jusqu’au fond de nous-mêmes
Quand nous tentons d’exprimer notre être à notre pensée.
Songes de nous-mêmes, tels nous sommes, lueurs d’âmes,
Les uns pour les autres songes de songes rêvés par d’autres.

*

Whether we write or speak or do but look
We are ever unapparent. What we are
Cannot be transfused into word or book.
Our soul from us is infinitely far.
However much we give our thoughts the will
To be our soul and gesture it abroad,
Our hearts are incommunicable still.
In what we show ourselves we are ignored.
The abyss from soul to soul cannot be bridged
By any skill of thought or trick of seeming.
Unto our very selves we are abridged
When we would utter to our thought our being.
We are our dreams of ourselves, souls by gleams,
And each to each other dreams of others’ dreams.

***

Fernando Pessoa (1888-1935)35 sonnets (1918)

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~ par schabrieres sur août 14, 2012.

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