Rainer Maria Rilke – Ouverture (Eingang, 1899)

Qui que tu sois, le soir sors,
sors de ta chambre où tout est connu ;
ta maison, c’est la dernière avant l’étendue,
qui que tu sois.
Avec tes yeux qui fatigués peinent
à se délivrer de l’usure du seuil,
tu lèves un arbre noir, lentement, à peine,
et le plantes devant le ciel : svelte, seul.
Et tu as fait le monde. Et il est grand,
pareil à un mot qui mûrit encore dans le silence.
Et comme ta volonté comprend son sens,
tes yeux de lui se détachent tendrement…

*

Wer du auch seist: am Abend tritt hinaus
aus deiner Stube, drin du alles weißt;
als letzes vor der Ferne liegt dein Haus:
wer du auch seist.
Mit deined Augen, welche müde kaum
von der verbrauchten Schwelle sich befrein,
hebst du ganz langsam einen schwarzen Baum
und stellst ihn vor den Himmel: schlank, allein.
Und hast die Welt gemacht. Und sie ist groß
und wie ein Wort, das noch im Schweigen reift.
Und wie dein Wille ihren Sinn begreift,
lassen sie deine Augen zärtlich los …

***

Rainer Maria Rilke (1875-1926)Le Livre d’images (Das Buch der Bilder, 1899)

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~ par schabrieres sur septembre 6, 2012.

Une Réponse to “Rainer Maria Rilke – Ouverture (Eingang, 1899)”

  1. sublime!!! tellement vrai !!j’ai un bouquin de lui qui traîne sur une de mes étagères il faudra bien que je le lise un jour je n’ai lu de lui que lettre à un jeune poète et lus des poèmes sur le net

    Aimé par 1 personne

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