Nichita Stănescu – Chanson (Cântec, 1964)

C’est un hasard de mon être :
et alors, le bonheur au-dedans de moi-même
est plus fort que moi, que mes os,
que tu fais crisser dans une étreinte
toujours douloureuse, merveilleuse toujours.

Causer, parler, dire des mots
longs, vitreux, comme des ciseaux qui séparent
le fleuve froid du delta chaud,
la nuit du jour, le basalte du basalte.

Porte-moi, bonheur, vers le haut, et heurte
ma tempe contre les étoiles, jusqu’à ce que
mon univers allongé et infini
devienne colonne ou autre chose,
beaucoup plus haut et beaucoup plus tôt.

Tu es – comme c’est bien, je suis – quelle surprise!
Deux chansons différentes, se heurtant, se mêlant,
deux couleurs qui ne se sont jamais vues,
une de tout en bas, vers la terre tournée,
une de tout en haut, presque déchirée
dans la fiévreuse, prodigieuse lutte
de la merveille que tu sois, du hasard que je sois.

***

Nichita Stãnescu (1933–1983) – Une vision des sentiments (O viziune a sentimentelor, 1964) – Traduit du roumain Linda Maria Baros

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~ par schabrieres sur novembre 26, 2012.

3 Réponses to “Nichita Stănescu – Chanson (Cântec, 1964)”

  1. Un petit triptyque (AB) pour vous :

    Un ruisseau aura vécu effacé, repéré de la seule pluie des hauteurs du matin, glissants sur les moisissures d’écho

    Le poète a-t-il le droit de pénétrer dans la ville, en laissant à ses portes un ruisseau, sans le tirer derrière lui ?

    Le temps, incomplet, martèle le monde, comme une brindille au vent. Une ivresse égarée le complétera

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  2. Merci pour cette nouvelle trouvaille. Je pense pour ma part à ces vers de
    Rainer Maria Rilke, extrait et début de « Poèmes à la nuit ».
    « Insurgés à tout briser contre la nuit tyrannique,
    Jetons nos voix dans des éclats de rire.
    Qu’ils se maintiennent vifs, comme des incendies.
    Levons le monde ! En révolte!
    Refusons cette situation.
    Saisissons-vous des étoiles,
    Embrassons l’espace. »

    J'aime

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