Claude Sernet – L’éternelle variante (1962)

Voici des mots, des mots encore
Des mots toujours, des mots quand même
Des mots pour croire à notre amour
Des mots pour joindre le bonheur

Des mots qui m’ont appris à vivre
Des mots qui sont déjà la vie
Des mots qui m’ont vanté la mort
Des mots qui ne seront jamais

Des mots de joie et de lumière
Des mots refaits à ton image
Des mots d’ivresse et de ferveur
Des mots pétris selon ta voix

Des mots de doute et de reproche
Des mots que le silence égare
Des mots d’angoisse et de regret
Des mots que la douleur ternit

Des mots d’espoir, des mots d’alarme
Des mots d’oubli, des mots de rêve
Des mots de chair, des mots de sang
Des mots, ces mots – voici des mots

Découvre-les (miroir du vide
Que je remplis de ta présence)
Ces mots nommés, ces mots sans nom
Plus beaux d’un chant, plus vrais d’un cri

Si traîtres de s’offrir ensemble
De s’accorder, de se répondre
Si prometteurs d’attendre seuls
Se déchirant, se refusant

Peut-être qu’ils voudront te dire
A toi voulant les reconnaître
Les accueillir, les recevoir
Et les garder comme un refrain

Peut-être qu’ils sauront te dire
Par d’autres lèvres que les miennes
Par d’autres jeux moins tâtonnants
Le sens aveugle qu’ils m’ont tu

***

Claude Sernet (Ernest Spirt) (1902-1968)Les Pas recomptés (Seghers, 1962)

~ par schabrieres sur novembre 28, 2012.

2 Réponses to “Claude Sernet – L’éternelle variante (1962)”

  1. Rainer Maria Rilke disait à Lou von Salome, son adorable amante : « Eteins-moi les yeux, je pourrais te voir
    Bouche-moi les oreilles, je pourrai t’entendre
    Sans pieds je pourrai marcher jusqu’à toi
    Même sans lèvres je pourrais t’évoquer
    Romps-moi les bras et je te saisirai
    Avec mon cœur comme une main
    Suspends mon cœur et mon cerveau battra
    Et si tu mets le feu à mon cerveau
    Je te porterai sur mon sang… »
    Ce poème est moyen. C’est ce qui reste d’eux. Ils détruisirent toute leur correspondance. Mais je me souviens que Frédéric Nietzsche écirivit au sujet de Lou : « La plus intelligente et la plus douée des femmes, rapide comme l’aigle, vaillante comme un lion. ». Merci, Monsieur.

    Aimé par 1 personne

  2. […] [Texte découvert sur le site « beauty will save the world », voir le lien ci-dessous] https://schabrieres.wordpress.com/2012/11/28/claude-sernet-leternelle-variante-1962/ […]

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