Nichita Stănescu – Triste chant d’amour

Seule ma vie mourra pour moi vraiment,
un jour.
Seule l’herbe sait le goût de la terre.
Seul mon sang se languit, vraiment,
de mon cœur, quand il le quitte.
L’air est haut, tu es haute,
ma tristesse est haute.
Arrive un temps où meurent les chevaux.
Arrive un temps où vieillissent les machines.
Arrive un temps où la pluie tombe froide
et toutes les femmes portent ta tête
et tes robes.
Arrive aussi un grand oiseau blanc
qui pond sur le ciel la lune.

***

Nichita Stănescu (1933-1983) – Traduit du roumain par Denisa Ispas.

~ par schabrieres sur décembre 11, 2012.

Une Réponse to “Nichita Stănescu – Triste chant d’amour”

  1. Quel beau poème. Merci. Voici en échange de :

    Pier Paolo Pasolini, « Poésie en forme de rose ».

    « Je suis une force du Passé.
    À la tradition seule va mon amour.
    Je viens des ruines, des églises,
    des retables, des bourgs
    abandonnés sur les Apennins ou les Préalpes,
    là où ont vécu mes frères.
    J’erre sur la Tuscolane comme un fou,
    sur l’Appienne comme un chien sans maître.
    Ou je regarde les crépuscules, les matins
    sur Rome, la Ciociaria, l’univers,
    tels les premiers actes de l’Après-Histoire
    auxquels j’assiste, par privilège d’état-civil,
    du bord extrême d’un âge
    enseveli. Monstrueux est l’homme né
    des entrailles d’une femme morte.
    Et moi, fœtus adulte, plus moderne
    que tous les modernes, je rôde
    en quête de frères qui ne sont plus. »

    Aimé par 1 personne

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