Jacques Dupin – Poème (1969)

Tu ne m’échapperas pas, dit le livre. Tu m’ouvres et me refermes, et tu te crois dehors, mais tu es incapable de sortir, car il n’y a pas de dedans. Tu es d’autant moins libre de t’échapper que le piège est ouvert. Est l’ouverture même. Ce piège, ou cet autre, ou le suivant. Ou cette absence de piège, qui fonctionne plus insidieusement encore, à ton chevet, pour t’empêcher de fuir.

Absorbé par ta lecture, traversé par la foudre blanche qui descend d’un nuage de signes comme pour en sanctionner le manque de réalité, tu es condamné à errer entre les lignes, à ne respirer que ta propre odeur, labyrinthique. La tempête à son paroxysme, seule, met à nu le rocher, que ta peur ou ton avidité convoitent, sa brisante simplicité, comme un écueil aperçu trop tard. N’est vivant ici, capable de sang, que ce qui nous égare et nous lie, cette distance froide, neutre, écartelante, jamais mortelle, même si tu m’accordes parfois d’y voir crouler la lumière, et s’efforcer le vent.

***

Jacques Dupin (1927-2012)L’Embrasure (1969)

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~ par schabrieres sur décembre 13, 2012.

2 Réponses to “Jacques Dupin – Poème (1969)”

  1. ‘ai recopié pour vous ce texte de Charles Baudelaire, prince des poètes , extrait de : « Enivrez-vous » :

    « Il faut être toujours ivre, tout est là ; c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
    Mais de quoi? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous!
    Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront, il est l’heure de s’enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise. »

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  2. c’est quoi l’histoire du poème svp 🙂 ♥

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