Gottfried Benn – Un cadavre chante (Eine Leiche singt, 1912)

Un cadavre chante :
Bientôt me traverseront les champs et la vermine.
La lèvre de la campagne ronge : le mur se fissure.
La chair s’écoule. Dans les tours obscures
des membres, la terre éternelle lance un chant d’allégresse.

Délivré de mes barreaux noyés de larmes.
Délivré de la faim et de l’épée.
Et comme l’hiver les mouettes fuient vers les
eaux douces, ainsi donc : rentré chez moi.

*

Eine Leiche singt:
Bald gehen durch mich die Felder und Gewürme.
Des Landes Lippe nagt: die Wand reißt ein.
Das Fleisch verfließt. Und in die dunklen Türme
Der Glieder jauchzt die ewige Erde ein.

Erlöst aus meinem tränenüberströmten Gitter.
Erlöst aus Hunger und aus Schwert.
Und wie die Möwen winters auf die süßen
Gewässer flüchten:
also: heimgekehrt.

***

Gottfried Benn (1886-1956)Morgue  (1912) – Traduit de l’allemand par Jean-Charles Lombard

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~ par schabrieres sur avril 30, 2013.

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