Guillevic – La misère

La misère, la misère, la misère.
La misère aux doigts de rasoir,
Aux doigts de caoutchouc aussi et de brouillard.
La misère, c’est quand on pense
Qu’on y patauge.
La misère, à la fin, c’est ce qui fait
Qu’on n’y pense plus.
La misère, c’est de dire :
Nous n’aurons pas encore de lessiveuse cette année.
C’est de dire : il n’y a qu’une casserole
Pour le café, pour la vaisselle, pour les pommes de terre
Et bientôt elle sera percée.
La misère, c’est aussi de dire :
Et qu’est-ce que ça fait
S’il n’y a plus de casserole,
Puisqu’il n’y a rien à mettre dedans ?
La misère, c’est quand on dit :
Rien à perdre et tout à gagner.
Mais le total de la misère,
La misère au bout de la misère,
C’est quand on dit : tout m’est égal,
Je ne sais plus, je ne veux plus, je ne peux plus.

***

Eugène Guillevic (1907-1997)Gagner (Gallimard, 1949)

~ par schabrieres sur septembre 30, 2013.

16 Réponses to “Guillevic – La misère”

  1. La misère, c’est subir la somme aliénante de toutes les soustractions.
    De cette aliénation les politiques et les « intellos en tous genres s’ emparent: ils spéculent dessus, ils argumentent; avec des mots plein de mépris, ils se dédouanent en inversant le sens.
    Mais la misère ce n’est rien d’autre que la terreur, et la faim qui tord le ventre, jour et nuit.

    Aimé par 1 personne

    • Ça n’est pas ce que dit Guillevic. Et c’est justement cela qui rends ce poème particulier et en ce qui me concerne, bouleversant. Il dit que la misère ultime c’est l’absence de désir. J’ai pensé à la lecture de ce poème à certains patients des secteurs de psychiatrie. Ils ont tous ce qu ils leur faut pour subvenir à leur existance materielle, toit, nourriture… et pourtant ils souffrent au plus haut point. Le point le plus haut de la souffrance conduit au suicide. C’est encore une fois vers la profondeur de l’homme que nous emmène Guillevic. Je l’ai découvert sur ce blog, j en suis infiniment reconnaissant à Stéphane. Des mots simples qui nous donne l impression de toucher ce que nous
      sommes.
      Je lui trouve avec Hauge la même simplicité dans l’expression, la même quête d’infini et l’évocation fréquente des objets, de la nature. Ils me font aller loin, très loin et attisent mon désir.
      En tapant leurs noms sur la même recherche j’ai découvert ça ,

      APRÈS LA LECTURE
      DE GUILLEVIC

      Après la lecture

      de Guillevic

      tu n´es pas

      rassasié,

      mais un
      lupin
      vert,
      vorace

      dans le sable du fleuve

      Olav H. Hauge Dikt i samling (Samlaget Lyrikk, 2008, 319 pages, NOK 99,-)

      La lecture de Guillevic éloignait aussi Hauge de la misère de la misère.

      Au plaisir de vous lire.
      Vincent

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      • Je pense que Guillevic dans ce poème aborde la misère sous son angle global: misère matérielle tout autant que la misère morale qu’elle entraîne; ce qui ne me semble pas surprenant: la misère n’est-ce pas lorsque « tout fout l’camp »?
        Lorsque j’écris un commentaire, parfois je commente le poème; mais le plus souvent, contrairement à tout ce qu’on nous apprend à l’école avec les commentaires de textes, je n’ai pas envie de « commenter » la poésie. La poésie, c’est juste la beauté nue qui se tient sous nos yeux: elle se suffit à elle-même, sa beauté est son fondement comme toutes ses raisons d’être. Mon coeur et mon esprit en face d’elle sont contemplatifs et le plus souvent silencieux, ce silence rempli d’émotions.
        Alors j’écris juste quelques mots comme un champ d’ouverture, une sensation, une réaction à l’univers du poème, plus qu’au poème lui-même.
        Ici, après avoir savouré intensément la beauté de ce poème, mes pensées m’ont portée vers le titre de ce poème, son idée.

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      • Je retrouve la même simplicité dans les mots chez Guillevic et chez Olav H. Hauge, qui réussissent à transformer leur « mal en lumière ».
        Ils se laissent submerger par leurs sensations, leurs cinq sens. Ils se contentent de ce que la nature, les objets peuvent leur apporter comme réconfort. Car seuls les biens matériels ne peuvent apporter le bonheur complet. La misère n’est pas forcément matérielle, mais aussi morale, intellectuelle.
        Je suis d’accord avec Antigone quand elle dit qu’elle n’aime pas commenter un poème. Il faut se laisser envahir par sa beauté nue, subjective. Les grands poètes ne démontrent rien. Ils nous laissent juste entrevoir un peu de leur monde intérieur. Un poème n’est ni un roman, ni un essai, c’est en cela qu’il leur est supérieur, à mon avis. Bonne journée

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  2. « Ça n’est pas ce qu’a dit Guillevic » voilà qui est péremptoire de ma part. Pour me faire pardonner une petite douceur , une poésie de Louise Labé.
    https://soundcloud.com/vincent-lac-te. A vous de juger pour la douceur…
    Antigone, si ça ne suffit pas je peux me risquer à une poesie personnelle.
    Vivent les commentaires

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  3. Désolé aussi pour mon orthographe.
    Vive les commentaires.

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  4. J ai cherché à me perdre dans les rues de Paris
    J ai cherché à me perdre dans un vers de whisky
    J ai cherché à me perdre dans l’eau noire sans un cri
    J ai cherché à me perdre dans la fois en Jésus Christ

    C’est dans nos corps nus
    Que je me suis perdu

    Sinon pour rester sur la poesie de Guillevic, j en ai trouvé une autre dans laquelle il évoque la misère, la voici,

    C’est naturel
    Le feu chauffe. C’est naturel.
    La vague revient. C’est naturel.
    Le rameau bat. C’est naturel.
    Des hommes chantent. C’est naturel.
    Ils chantent leur misère. C’est naturel.
    Et leur espoir. C’est naturel.
    C’est leur misère.
    Qui n’est pas naturelle.
    Guillevic

    Au plaisir de vous lire
    Vincent

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    • Je vous remercie cher Vincent pour ces poèmes ainsi que votre lien fort douteux, que je vais signaler aux organismes compétants de la CNIL.
      Je fais partie de ces hommes qui veillent sur le harcèlement subi par les femmes sur le web.
      Mais je ne me suis pas présenté: Dominique L’hoste, mari d’Anne L’hoste ou Antigone, le seul en principe à lire tous ses courriers, écrits avec mon plein accord.

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      • Je suis cet oiseau blessé
        Gisant sur le bitume
        Immobile, hébété
        Amas de plume

        Je suis cet oiseau stupide
        Venu se fracasser
        Contre ce mur translucide
        Qu’est la réalité

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      • « Qu’est-ce que dessiner ? Comment y arrive-t-on ? C’est l’action de se frayer un passage à travers un mur de fer invisible, qui semble se trouver entre ce que l’on sent et ce que l’on peut. Comment doit-on traverser ce mur, car il ne sert de rien d’y frapper fort, on doit miner ce mur et le traverser à la lime, lentement et avec patience à mon sens. »

        C’est Van Gogh dans ses lettres à son frère Theo. C’est une piste pour mon oiseau, s’il ne peut dessiner, au moins peut il chanter et moi écrire des poèmes.

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      • « Écrire, c’est dessiner une porte sur un mur infranchissable et puis l’ouvrir. » Christian Bobin

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    • Poème très intéressant. N’hésitez pas à nous faire partager vos poèmes.

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  5. Je mets également mon adresse si vous souhaitez me joindre.
    Ami des femmes, je le suis tout autant du dialogue, lorsqu’il est raisonnable.

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  6. La misère au bout de la misère c’est quand on ne dit plus rien.
    Ce qui est grave c’est de mourir de son vivant.

    J'aime

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