Edmond Jabès – A toi, qui crois que j’existe…(1963)

A toi, qui crois que j’existe,
Comment dire ce que je sais
Avec des mots dont la signification
Est multiple ;
Des mots, comme moi, qui changent,
Quand on les regarde,
Dont la voix est étrangère ?
Comment dire
Que je ne suis pas
Mais que, dans chaque mot,
Je me vois,
Je m’entends,
Je me comprends,
A toi dont la réalité
Renouvelée
Est celle de la lumière
A travers laquelle
Le monde prend conscience du monde
En te perdant
Mais qui réponds
à un prénom ?
Comment montrer ce que je crée
Hors de moi
Feuillet après feuillet,
Où toute trace de mon passage
Est effacée
Par le doute ?
A qui sont apparues ces images ?
Je revendique, en dernier, mon dû.
Comment prouver mon innocence
Quand l’aigle s’est envolé de mes mains
Pour conquérir le ciel
Qui m’étreint ?
Je meurs d’orgueil à la limite
De mes forces
Ce que j’attends est toujours plus loin
Comment t’associer
A mon aventure
Si elle est l’aveu de ma solitude
Et du chemin ?

***

Edmond Jabès (1912-1991)Le Livre des questions (1963)

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~ par schabrieres sur octobre 8, 2013.

7 Réponses to “Edmond Jabès – A toi, qui crois que j’existe…(1963)”

  1. A qui appartiennent vraiment le nom et le prénom qui figurent en page de couverture sur le livre?

    « Toute écriture est une invitation à une lecture prioritaire du monde à laquelle le verbe nous convie et que nous poursuivons aux confins de la mémoire abolie. »

    « Jamais le livre, dans son actualité, ne se livre. »
    (Edmond Jabès, Mémoire d’une morte mémoire, Le livre des Questions II, pour les deux citations)

    Aimé par 1 personne

  2. « Ce que je fais m’apprend ce que je cherche » Pierre Soulages
    http://m.youtube.com/watch?v=zcS-zcIlAG8&desktop_uri=%2Fwatch%3Fv%3DzcS-zcIlAG8
    « Les mots qui vont jaillir savent de nous des choses que nous ignorons d’eux » René CHAR

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  3. Erratum on dit dans ce cas là, « les mots qui vont jaillir savent de nous ce que nous ignorons d’eux »

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    • Oui cher Vincent et c’est toute la différence entre écrire quelques lettres militantes pour les amis de l’exil, et le métier d’écrivain ou de poète. Eux sondent véritablement l’inconnu; lorsque les lettres n’évoquent que ce qui est vécu dans le réel, pointant sur des événements très précis et délimités, sans autre talent que la joie d’écrire quelques mots.
      Il est vrai que le virtuel est à étage infini, l’interprétation y est fabuleuse (au sens de fabula).
      Quant au reste, tout est déjà oublié, et j’ai apprécié tout comme Mr Schabrières votre dernier poème. Mais le réel n’est pas toujours un mur âpre, il peut être doux aussi 😉

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  4. Il m’a dit

    Il m’a dit:
    Ma race est la race jaune.
    J’ai répondu:
    Je suis de ta race.

    Il m’a dit:
    Ma race est la race noire.
    J’ai répondu:
    Je suis de ta race.

    Il m’a dit:
    Ma race est la race blanche.
    J’ai répondu:
    Je suis de ta race;

    car mon soleil fut l’étoile jaune
    car je suis enveloppé de nuit;
    car mon âme, comme la pierre de la loi est blanche.

    Au début, on croirait un poème comme on en apprends dans les petites classes de primaire, la répétition. Pour ces classes du primaire il pourrait s’arrêter au dernier « je suis de ta race » ça passerait mais viens « car mon soleil fut l’étoile jaune » et là un peu hypnotisé par le rythme et la répétition antérieurs on se réveille en sursaut, la suite est du même acabit. Quand on sort du halle de l’aéroport de Fort de France, qu’on quitte l’atmosphère climatisé, l’air brûlant de l’extérieur vous saisi. Ce saisissement, je l’ai ressenti en lisant les trois derniers vers de ce poème. Un choc physique. « car mon soleil fut l’étoile jaune »… J’ai découvert Edmond Jabès ici et l’enthousiasme et les citations d’Antigone m’ont encouragé à m’intéresser à ce poète, je l’en remercie. On peut etre utile par ses commentaires. Pensées pour ceux qui sont victimes du racisme.

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    • Je poursuis. Je pensais ; dans le même mouvement il y a l’effroi puis la lumière faisant référence aux deux premiers puis au troisième des trois derniers vers. Mais la vérité c’est que la lumière est déjà dans le premier vers que je ne me lasse pas de répéter « car mon soleil fut l’étoile jaune ». Ai-je besoin de le préciser ? Manifestement, oui, ce n’est pas à cause de la présence du mot  » soleil « , mais parce que cette phrase est poétique, lumineuse.
      Une petite citation pour la route d’Etienne Roda-Gil « je veux être utile à vivre et à rêver ».

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  5. […] [Texte découvert sur le site « beauty wil save the world », voir le lien ci-dessous] https://schabrieres.wordpress.com/2013/10/08/edmond-jabes-a-toi-qui-crois-que-jexiste-1963/ […]

    Aimé par 1 personne

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