Lambert Schlechter – Pour un éloge de la poésie…

J’aime et n’aime pas la poésie
la plupart des poètes m’ennuient

dans neuf poèmes sur dix
je trébuche d’un vers à l’autre

cascades d’indécises syllabes
leur glouglou ne me mouille pas

mais après neuf poèmes le dixième :
mots qui explosent et font trembler

et je lis un poème qui change ma vie

***

Lambert Schlechter (né en 1941)Piéton sur la voie lactée, petites parleries au fil des jours, neuvains (Phi, 2012)

~ par schabrieres sur novembre 10, 2013.

8 Réponses to “Lambert Schlechter – Pour un éloge de la poésie…”

  1. je suis assez d’accord …. sans compter la prétention ….

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  2. C’est marrant, je viens de feuilleter un recueil de poèmes d’Eluard et je l’ai rangé en me disant « bof » tout ça pour ça. Je me suis même dit que parce qu’il avait pondu « liberté » on a consideré que tout ce qui sortait de sa plume était génial. Mais il est probable que je retourne un jour ou dans une heure à ce bouquin et que j’en sorte tremblant parce qu’un des poèmes ennuyeux que je viens de lire explosera enfin à mes yeux. Entre ces deux lectures que ce sera t’il passé ? J’aurais épluché des pommes de terres pour faire une soupe, je serai allé courir au bord de la mer, j’aurai entendu des voitures passer dans la rue, vu un chien errer, je me serai demandé si ça avait un sens de comparer l’amour à un chien errant que l’on rencontre sans si attendre et qui fuit quand on veut l’attraper, j’aurai parlé à mon fils de la victoire du FC Nantes sur Bordeaux 3-0, j’aurai relu une énième fois depuis deux jours « poésie d’urgence » d’André LAUDE, je serais ressorti tremblant de cette lecture, j’aurai peut être commencé à l’apprendre en entier en me disant qu’il y a du Rimbaud chez ce type, j’aurai mangé la soupe avec mes amis qui viennent de partir se promener, bu quelques verres de vin, ri, je me serai dit que nous sommes des esclaves de l’amour, moi et vous autres, des esclaves de l’amour et que nous trouvons dans la mort notre émancipation, j’aurai pensé à ce gamin croisé hier dans un couloir d’un service d’oncologie pédiatrique traînant sa potence, affaibli, amaigri, pâle, chauve, âme en peine, je me serai dit que le cancer n’a aucune pitié à s’attaquer à des enfants, je me serai dit qu’il faut que je fasse quelque chose pour l’aider, je me serai dit aussi qu’on a besoin des autres, parce qu’ils peuvent nous venir en aide mais aussi et surtout parce qu’on peut leur venir en aide et j’aurai écris tout ça.

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  3. Etonnante cette forme pour dire le fond critique de sa pensée!
    et puis, comme dit Vincent parfois on trébuche avant d’exploser

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  4. « mots qui explosent et font trembler et je lis un poème qui change ma vie »

    Vladimir Maiakowski, prologue

    …Mes paroles,
    simples comme un mugissement,
    vous révéleront
    nos âmes nouvelles,
    bourdonnantes
    comme l’arc électrique…

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    • “A quoi bon des poètes” ? demande Friedrich Hölderlin vers la fin de l’année 1800 dans son élégie Pain et vin. Il avait alors tout juste trente ans. Un siècle se terminait, un autre commençait. Le vers complet est : “Und wozu Dichter in dürftiger Zeit ?” “Et à quoi bon des poètes en temps de détresse ?”. En temps de détresse, nous y sommes. Aujourd’hui, on dit crise. Mai peut-être la crise est-elle là où on l’attend le moins, dans ce qui nous est le plus cher : la parole. Crise de parole. Crise de mots. Mots prisonniers, maltraités, soumis à des intérêts qui n’en ont cure. Mots vidés, banalisés. Petit à petit on ne se parle plus que par formules interposées. La langue banalisée banalise la pensée. La crise du mot devient crise de l’intelligence humaine, la plus redoutable de toutes les crises. À quoi bon des poètes, en ces temps de détresse ? À dire avec des mots simples la complexité du monde, à parler avec des mots quotidiens de l’éternité, à dessiner avec des mots d’ici et maintenant l’ailleurs et l’universel. Des mots qui mettent en réseau les mots pour les rendre uniques. Des mots créant, au-delà de ce qu’ils disent ou taisent, un imaginaire sans cesse réinventé, une pensée sans cesse renouvelée. Et cette poésie qui « s’attache aux grandes questions de l’existence, ne s’interdit pour le faire nul moyen… (car) même s’il rit, le poète reste poète : questionneur, rebelle et éveilleur de conscience » (J. P. Siméon).

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  5. « …Sois, ô poésie, mon riant asile,

    toi qui donnes le bonheur, sois l’objet de mes tendres soins,

    le jardin où j’errerai doucement

    parmi mes fleurs toujours jeunes… »

    (Hölderlin,Mon Domaine, Odes et Hymnes)

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  6. Pas en exil…… solidaire des hommes et des bêtes….graine de la grande tribu des sables et cailloux… sous les averses d’averses de photons….chez moi dans la fraicheur fragile du verger en fleurs rencontré….je suis le marcheur qui respire l’ouvert….( pour tous ces pointillés « questionneurs »réveilleurs » aller du côté de chez Lorand Gaspar.
    Cela s’ajoutera au » riant asile  » de tous vos mots de ce blog.

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    • Je vous remercie mais mes pas me portent librement où je souhaite me rendre ou pas.
      J’aime lorsque quelques nuances amène un peu de tolérance.
      J’avoue avoir un peu de mal à la compréhension de vos mots; Je dois être bête, sans aucun doute.

      J'aime

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