Jean-Claude Pirotte – On finit par aimer la vie (2011)

on finit par aimer la vie
dans les rues qui s’assombrissent
devant les seuils de maisons vides
qui ne sont que débâcles et ruines

parfois à la seule fenêtre
aux vitres maculées de suie
passe un reflet d’ombre ou de bête
enfermée un oiseau peut-être

qui cherche à retrouver le ciel
exactement comme toi
et qui se blesse les ailes
et qui renonce à l’au-delà

*

we finish by loving life
in the darkening streets
before the thresholds of empty houses
which are just debacles and ruins

maybe once at a single window
its glass soot-spotted
there passes a glimpse of a shadow or a beast
perhaps a trapped bird

that is trying to find the sky again
exactly like you
and that is hurting its wings
and that is giving up on the beyond

***

Jean-Claude Pirotte (né à Namur en 1939)Cette âme perdue (2011) – Translated by Jessica Slavin

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~ par schabrieres sur décembre 31, 2013.

4 Réponses to “Jean-Claude Pirotte – On finit par aimer la vie (2011)”

  1. […] today at Beauty Will Save the […]

    Aimé par 1 personne

  2. Je l’ai déjà vu cette bestiole, c’est bien un oiseau, un corbeau pour être précis. La dernière fois que j’en vu de pareils, ils tentaient de s’échapper eux aussi mais c’était d’un tableau, celui de Van Gogh, le « Champs de blé aux corbeaux »;

    http://www.grandspeintres.com/tableau.php?tableau=corbeaux&id_peintre=4

    Voilà ce que Artaud Antonin en a dis de ces corbeaux dans le suicidé de la société ;

    « […] nul autre peintre que Van Gogh n’aura su comme lui trouver, pour peindre ses corbeaux, ce noir de truffe, ce noir « de gueuleton riche » et en même temps comme excrémentiel des ailes des corbeaux surpris par la lueur descendante du soir. »

    Celui-là est prisonnier dans cette maison abandonnée. Il est possible qu’il soit rentré dans la maison par un trou de la toiture et qu’il ne trouve pas le chemin du retour. Il s’est blessé à force de se cogner contre la vitre. Maintenant il n’essaie plus de se lancer pour la traverser, blessé ou pas, il sait que c’est perdu d’avance face à se mur invisible. Sait-il qu’il va mourir ? Le craint-il ? Quelqu’un fera t’il état de sa mort et de la manière dont elle va s’installer ? Pourquoi pas, quelqu’un l’a bien fait pour une sorte de bestiole encore plus commune qu’un corbeaux ;

    « La mort d’une mouche, c’est la mort. C’est la mort en marche vers une certaine fin du monde, qui étend le champ du sommeil dernier. On voit mourir un chien, on voit mourir un cheval, et on dit quelque chose, par exemple pauvre bête….Mais qu’une mouche meure, on ne dit rien, on ne consigne pas, rien.

    Le bruit des élytres a cessé. La mouche était morte. Cette reine. Noire et bleue.

    Celle-là, celle que j’avais vue, moi, elle était morte. Lentement. Elle s’était débattue jusqu’au dernier soubresaut. Et puis elle avait cédé. Ça a peut-être duré entre cinq et huit minutes. Ça avait été long. C’était un moment d’absolue frayeur. Et ça a été le départ de la mort vers d’autres cieux, d’autres planètes, d’autres lieux.

    Je voulais me sauver et je me disais en même temps qu’il me fallait regarder vers ce bruit par terre, pour quand même avoir entendu, une fois, ce bruit de flambée de bois vert de la mort d’une mouche ordinaire.

    Oui. C’est ça, cette mort de la mouche, c’est devenu ce déplacement de la littérature. On écrit sans le savoir. On écrit à regarder une mouche mourir. On a le droit de le faire. »

    C’est dans « écrire » de Duras Marguerite. Je l’avais dans ma bibliothèque depuis longtemps, les pages ont jaunies, j’en ai été surpris. Je n’ai pas des masses de livres. Je ne suis pas un grand lecteur. Je suis très sélectif dans mes lectures. Je ne comprends pas que l’on puisse lire tout ce qui vient. J’ai un ami qui lit de cette manière. C’en est même obsessionnelle. Il s’impose la lecture d’un certains nombre de pages par jour et répertorie tous les livres qu’il a lu. Affolant. Il peut se passer des années sans que je lise un bouquin. Qu’est ce qui me donne envie d’un lire ? Je me pose des questions. Vous avez pu vous en rendre compte, des questions cons pour certains et cons parfois pour moi-même. Moi qui n’ai jamais écris de livre, je me pose la question de ce que c’est que d’écrire par exemple. Disons que j’ai honte de me poser cette question. Question d’éducation peut-être. J’ai honte d’écrire. Je le fait en cachette de certains. Pour les autres j’ai tendance à en parler comme une faiblesse comme on aurait un penchant pour l’alcool par exemple. Je fais comme un aveu à voix basse, c’est souvent pour justifier d’un rendez-vous pas honoré à cause d’un besoin de me plonger dans les mots « Escuse-moi, j’ai écris un peu.. » . Je n’aurais pas honte de dire que je viens de terminer de faire une terrasse ou de ranger ma chambre ou de faire quoi que ce soit de matériellement utile, bien au contraire, j’ai taillé une haie avant le début de l’hivers, je peux vous dire que tous le monde était au courant. Personne ne sait combien ça m’a coûté de renoncement à moi-même. J’exagère, j’exagère, j’exagère… Je les entends déjà, je m’entends déjà, je vous entends déjà. Je ne veux plus faire la comédie. Les écrivains ou les artistes qui parlent de leur art, lorsqu’ils semblent y jouer leur vie que ce soit Van Gogh Vincent, Juliet Charles, Duras Marguerite, Pirotte Jean-Claude, Arcan …, m’émeuvent. Personne ne m’empêche d’écrire, où est le problème ? J’ai fait, je fait des choix dans la vie. J’aurai pu ne faire que ça que d’écrire. Mais voilà, il y a comme un onzième commandement qui me dit ; « Tu n’écriras point ».

    J’ai rêvé de mon grand-père l’autre nuit. Mon grand-père était un peu brutal. Un dur au coeur tendre comme le sont les durs. Il avait un physique imposant, de taille moyenne mais très trapu. Il n’y avait pas de salle de bain chez lui. Il se lavait dans la cuisine. Il m’est arrivé de le voir torse nu devant l’évier. Son dos était immense, musclé, ses épaules larges, une largeur d’épaule disproportionnée par rapport à sa taille. Sur son dos la présence de gros grains de beauté noirs et très épais tranchaient avec la blancheur de sa peau. Il travaillait sur les voix de chemin de fer comme ouvrier. Une fois qu’il se trouvait dans un tunnel, deux locomotives à vapeur se sont croisées. Le vacarme l’a rendu sourd. Sourd de chez sourd, on dirait aujourd’hui. Il portait à table des appareils auditifs. Quand il les branchait on entendait parfois un sifflement strident. Ce devait être un effet « Larsen ». Il était tellement sourd qu’il était toujours surpris quand ma grand-mère pestait contre lui à cause du bruit infernal de ses prothèses. Il ne semblait pas l’entendre lui, ce bruit. La solution était radicale, il actionnait le bouton « off »en grognant et c’en était fini du sifflement qui me faisait abandonner mes couverts pour me protéger les oreilles de mes mains. Comme il n’y avait quasiment pas de conversation à table, après l’extinction des appareils, il ne subsistait comme bruit que des bruits de bouche (ça faisait comme dans la chanson de Brel de grands « slurp »), des bruits de couverts et le bruit de la chaise de ma grand-mère qui raclait le sol quand elle se levait pour faire le service. Mon grand-père ne me posait jamais de question sinon des questions dont il n’attendais pas de réponses. Des questions prétextes à des blagues du genre ; « Vincent mis l’âne dans un près, combien de pattes et combien d’oreilles ? »ou encore « Qu’est ce que tu préfères ? Ta mère ou ton père ? Il répondait avant que je puisse esquisser une réponse « Moi, je préfère le lard ». Maintenant que je sais qu’il avait fuit ses parents à l’adolescence, pour ne plus jamais les revoir, cette blague résonne différemment en moi. Il ne me posait jamais de vraies questions mais il avait de l’attention pour moi. Quand j’étais malade, il me préparait, avant que j’aille me coucher, un mélange de lait chaud avec du citron et des morceaux de sucre et de la liqueur de mirabelle de sa cuvée personnelle. C’était bon et ça aidait à dormir. Il me prenait aussi tout petit sur ses genoux en me faisant sautiller et en chantant la chanson « A dada sur mon Bidet… » Plus grand Il m’emmenait ramasser du cresson dans les ruisseaux très tôt le matin alors que la brume rendait le paysage cotonneux. L’eau était limpide, on voyait distinctement le fond des frêles cours d’eau. Les feuilles de cresson, d’un vert éclatant semblaient danser entraînées par le courant. On allait aussi au champignons dans des coins perdus, éloignés des chemins. J’avais pour consigne de ne pas les divulguer aux voisins, c’était un peu comme des informations « secret défense ». Enfin, il était content de m’avoir dans sa maison et me disait parfois « T’es le meilleur », je m’en sentais un peu honoré. Je pense qu’il me comparait à mes frères. Je pense aujourd’hui que j’étais « le meilleur » parce que j’étais le plus docile. J’y ai passé une grande partie de mon enfance, une année complète dans ma petite enfance puis plus tard beaucoup de mes week-end, mercredis et vacances scolaires. Je n’y allais pas toujours de gaité de coeur mais je n’osais pas m’opposer aux souhaits conjoints de mes parents, de mes grands parents, de mon oncle et de mes frères qui ne se battaient pour y aller et qui se voyaient soulagés que je finisse par me sacrifier. J’étais le meilleur certes mais il fallait que je marche droit. Je craignais ses colères ! Ail ! Ail ! Ail ! Un ballon qui pénètre sur son territoire, son jardin, et c’était la fin du monde. C’est en tous cas la question que je me posais à voix basse en regardant autour de moi à chaque fois qu’un de mes ballons atterrissait dans ses plantations « Est-ce la fin du monde ? » Une fois, alors que je me croyais en sécurité, je me suis aventuré dans les rangées de poireaux pour en récupérer un. J’ai entendu une fenêtre s’ouvrir brusquement et la voix puissante de mon grand-père. Il m’engueulait vertement. Je restais là, figé au milieu des précieux légumes ne sachant plus quoi faire, craignant que le moindre des mes pas qu’il soit fait en direction du ballon ou de la cour provoque de nouvelles remontrances encore plus appuyées. Je ne sais plus comment je m’en suis sorti. Peut-être ma grand-mère est intervenue comme elle le faisait souvent quand il s’énervait. Elle était le seul être capable de le raisonner, enfin si on peut parler de retour à la raison quand on finit par partir en maugréant et en claquant les portes… Dans mon rêve donc, mon grand-père me demandait si j’étais satisfait de ce que j’avais fais de ma vie ? Ça m’a fait bizarre, lui qui comme je l’ai déjà dit plus haut ne me posait jamais de vraies questions. Comment pouvait-il se préoccuper de ça ? C’est une question très personnelle, enfin essentielle, qu’il m’a posée dans ce rêve. Suis-je heureux ? Que ce soit lui qui se préoccupe de ça me semble un peu saugrenu. La question, elle ne l’est pas du tout saugrenue alors que je m’interroge activement sur la manière d’on j’occupe mon temps. Je me demande si je ne devrais pas écrire d’avantage. Je crois que mon grand-père que j’admirais et que je craignais à la fois était un de ceux qui n’aurait pas vu d’un bon œil cette idée. Il y avait bien quelques livres chez lui, dans une armoire au fond d’un couloir mais je n’ai jamais vu lire autre choses que le journal et des lettres dans sa maison. L’armoire était fermée à clef. C’était des livres reliés genre « France loisir ». Des livres qui servent de décoration. Les gens les achètent plus pour se débarrasser d’un démarcheur un peu collant que par désir de lire. Les bouquins finissent rangés dans une armoire à clef sans avoir été ouverts. Il m’arrivait dans les moments d’ennui intense de prendre le risque d’ouvrir l’armoire pour y feuilleter des ouvrages. Je crois qu’il y avait dans le lot  » les misérables « de Victor HUGO. C’était des livres de ce genre, ceux qu’on appelle les grands classiques. Lorsque j’allais ouvrir l’armoire, c’était toujours en cachette et je prenais soin de ne pas faire de bruit en tournant la clef dans la serrure puis en manipulant les portes vitrées qui avaient tendance à couiner. C’était comme le jardin, un territoire interdit. Je craignais de la même manière en y pénétrant qu’arrive la fin du monde. La peur de la fin du monde je l’ai eu aussi quand grand adolescent je lisais des livres pour de bon. Un jour, mon oncle, le fils de mon grand-père m’a surpris à lire un bouquin attablé dans la pénombre d’une cuisine d’une veille maison à la campagne alors que je le croyais tout à son travail, à bricoler, à réparer ou à bâtir je ne sais quoi. En me voyant le livre grand ouvert devant moi, un stylo à la main, il m’a demandé d’un air surpris, les mains sur ses hanches et d’un ton contrarié ;
    – Mais qu’est-ce que tu fais là alors qu’on est au boulot avec tes frères ?
    Je ne savais pas quoi répondre. Très embarrassé, j’étais pris la main dans le sac. Je décide alors de tenter le tout pour le tout, j’y vais franco, je fais le mec qui assume et je m’aventure même à essayer de lui faire partager l’enthousiasme que suscitait en moi cette lecture ;
    – Je lis un livre incroyable, un livre qui a été écris sans la lettre « e ». Tu te rends compte ?C’est la lettre la plus commune de la langue française, trois cent page sans « e » ! J’espérais une réaction étonnée, un encouragement et j’aurais continué à lui parler de ce livre qui se construit autour d’une absence, d’un deuil pour ainsi dire mais je n’ai pas pu aller jusque là.
    Ça l’a achevé cette histoire de livre sans « e » et moi aussi je l’ai été achevé dans son regard. Il était dépité. Je l’ai entendu s’exclamer « Si c’est pas malheureux !  » Et puis il est reparti consterné, balançant la tête de droite à gauche en regardant le sol et en maugréant comme le faisait son père mais en laissant cette fois la porte se refermer toute seule.

    Je retrouvais alors le silence et la pénombre de la cuisine, j’ai refermé mon livre et mon cahier dans lequel je notais les phrases qui me plaisaient, j’avais le cœur serré, c’était presque la fin du monde.

    « Tu n’écriras point », pourtant comme l’écrit Marguerite dans l’extrait ci-dessus « On a le droit de le faire ». On a le droit d’écrire. Comme elle le dit encore dans le même texte « Ecrire », on a le droit d’écrire « …des livres qui s’incrustent dans la pensée et qui disent le deuil noir de toute vie, le lieu commun de toute pensée », histoire de s’en extraire de ce deuil, comme l’a fait Georges Perec avec « La disparition » ou Pirotte Jean-Claude avec ce poème, histoire de ne pas resté prisonnier de ce deuil, comme un corbeau dans une maison abandonnée, histoire de finir par l’aimer la vie.

    Aimé par 1 personne

  3. J’ai pensé au texte que j’ai laissé ci-dessus en écoutant ça à 2’30 ; « Écrire est tout de même faire le contraire de travailler » dans cette interview de 1958 consacrée entre autre à son essai « La littérature et le mal » ;

    http://m.youtube.com/watch?v=tpFSXAdlEYY

    Georges Bataille est impressionnant à voir et à entendre. C’est clair que ce n’est pas le genre de mec à se la péter. Il respire même la simplicité. La marque des grands dirait Stéphane. Il aborde d’autres thèmes dans cette trop courte interview que la question de la culpabilité d’écrire, il parle d’érotisme par exemple… voilà qui finira sans doute par vous convaincre de consacrer 10mn de votre précieux temps à sa vision. Un grand homme ou un grand enfant décidément ce Georges qui livre bataille contre son angoisse et la nôtre en écrivant, euh, en jouant…

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  4. A reblogué ceci sur BEAUTY WILL SAVE THE WORLD.

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