André Schmitz – À ceux à qui il ne manque rien…

À ceux à qui il ne manque rien
Il manque l’essentiel :
Le manque lui-même précisément

N’ayant plus rien à désirer et tout venant à leur manquer
Ceux-là déjà ressemblent à leur mort

***

André Schmitz (né à Erneuville, Belgique en 1929) – Pour ainsi dire pour ainsi vivre (Le Taillis Pré, 2012)

~ par schabrieres sur janvier 4, 2014.

7 Réponses to “André Schmitz – À ceux à qui il ne manque rien…”

  1. Bien sûr il y a le manque, bien sûr il y a tout ce manque qui me fait penser à une très belle chanson de Jacques Brel, ou bien encore à tout ce qui manque réellement à tant des nôtres; mais d’un autre côté il y a aussi tout ce que nous croyons qui nous manque, nos opinions vaines à leur sujet.
    Mais lorsque dans une journée nous avons serré la main d’un ami, regardé vivre les personnes que nous chérissons, déchiffré un peu de Bach, ajouté quelques points sur un beau marquoir, lu quelques belles poésies dont vous êtes comme un précieux gardien monsieur l’esthète :-), que nous manque-t-il vraiment pour être heureux?
    Je repense à une maxime capitale d’Epicure:
    « La richesse selon la nature est bornée et facile à se procurer; mais celle des opinions vides tombe dans l’illimité » (Maxime XV)
    J’ai cependant conscience de ne pas avoir sondé suffisamment le manque, presque comme une revendication à écrire, que connaissent si bien les très grands poètes. La philosophie est parfois plus facile lol!
    Bonne soirée.

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  2. @Antigone815 Mais la poésie n’a pas, comme la philosophie, l’objectif de cerner toute la vérité, je crois, simplement d’exprimer des justesses, contradictoires à elles toutes – cela n’a pas d’importance, ce n’est pas un raisonnement qui vise à l’exhaustivité, à épuiser le monde. (c’est pour cela que je préfère la démarche poétique je crois, elle est paradoxalement plus proche de l’humain donc du monde) (Wallerstein est battu, par les poètes).
    Non? ,-)

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    • Oui Emmanuelle, c’est pour cela que je dis que j’ai bien conscience de ne sonder qu’une partie de la question.
      Cependant, les philosophes étudient beaucoup de notions qui touchent à l’humain comme la passion, la mort, l’art, la vie, le temps, le langage….
      Et certains philosophes sont aussi des poètes depuis le tout début de la philosophie qui consiste dans cette capacité à s’étonner (thaumazein en grec ancien). Il suffit de penser aux physiologues ou encore à des poètes tels Lucrèce.
      Bonne soirée Emmanuelle.

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    • Je pense comme vous que la poésie est supérieure à la philosophie. Il y a pourtant des philosophes-poètes comme Nietzsche et vice et versa.
      Voici un extrait d’une thèse de François Requet intitulée « Baudelaire et la philosophie » qui résume bien ma pensée :
      « Ainsi, par ce jeu de l’élégance du discours et par ce regard perpétuellement tourné vers le monde tel qu’il apparaît aux hommes, la poésie apparaît comme plus proche de l’existence humaine que la philosophie. Elle aide les hommes à vivre sans chercher à les détourner de leur monde. Elle est tournée vers l’existence, et non crispée sur l’idée pure. Elle cherche à rendre meilleur ce qui est ici et maintenant, et ne se focalise pas uniquement sur ce qui pourrait être, ailleurs, et dans l’éternité. Et pour ces raisons, on pourrait la dire supérieure à la philosophie. On pourrait la trouver plus honnête, car moins prétentieuse ; et plus sincère, parce que plus sensible. On pourrait dire qu’elle rend plus service à l’être humain, dont l’unique souci est généralement de parvenir à bien mener la barque de sa vie sur les torrents du monde. »
      On ne saurait mieux dire.
      https://sites.google.com/site/francoisrequet/philo/master2/baudelaire-et-la-philosophie

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  3. Je n’éprouve pas ce besoin d’instaurer des échelles de valeur entre les disciplines. J’aime l’idée de culture humaniste et universelle dans laquelle les disciplines au contraire dialoguent entre elles et s’ouvrent les unes aux autres en ouvrant l’humain justement, sans fin. Ainsi je ne saurais comprendre un peu de philo sans faire de l’histoire, des mathématiques ou de la physique, ou encore de la poésie. Et la poésie elle-même je ne la conçois pas sans musique, sans peinture, sans philosophie. Pourquoi prolonger dans nos pensées l’absurdité de l’enseignement cloisonné à la française? D’être étouffé l’esprit se meurt, et les disciplines elles-mêmes n’ouvrent plus assez de perspectives.
    La philosophie n’est de plus pas crispée sur l’idée pure, à moins d’en rester à Platon. Hélas elle est victime des préjugés les plus tenaces; elle en est en partie responsable d’ailleurs, combien de fois me suis-je ennuyée dans certains cours…
    Mais bon sang, combien ce fut une joie et un émerveillement continu lorsqu’il s’est agit de l’appréhender sous un regard neuf avec de merveilleux professeurs qui étaient philosophes avant même d’être profs. Que d’exaltation alors, que de joie devant ces moments de pure poésie au cours desquels nos esprits comme nos âmes étaient sans cesse incités à déborder de l’enclos fermé des salles de cours. Je ne saurais vous dire combien de fois nous avons déménagé table et chaises, et fait cours au pied d’un arbre, dans le parc qui jouxtait notre prépa. C’est cela la philo, c’est la pensée en mouvement, le déménagement de l’esprit, les limites, les frontières intellectuelles toujours repoussées. Cette philosophie-là n’est pas l’ennemie de la poésie; comme elle, avec des moyens parfois communs d’ailleurs, elle change le monde aussi.

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    • J’allais justement renvoyer à Héraclite et Panta rhei, et maudire l’intégriste Platon également, qui a quand même bien orienté la philosophie occidentale… et qui avait un rapport au pouvoir politique également (d’où ma colère, car je suis platonicienne par ailleurs). Je dirais non « supérieure » mais « autrement juste » pour situer la poésie par rapport à la philosophie.
      Il est beau cet extrait de FRequet…

      Pour revenir au poème de Schmitz, je crois que c’est le désir dont il parle par le manque qui créerait le désir, et donc je crois que nous avons tous « exploré » le désir… Eros est fils de Poros et de Pénia, d’abondance et de pauvreté (Banquet)… c’est cette tension occasionnée par le manque qu’il dit là.

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      • lol Emmanuelle!
        Je te suis tout-à-fait sur Platon et rien ne m’exaspère plus que Platon et le paradoxe de sa maïeutique socratique. Sous prétexte « d’accoucher les esprits » il conduit habilement le dialogue et amène le disciple exactement là où il veut. Nous sommes loin du « je ne sais qu’une chose c’est que je ne sais rien », qui permet de se mettre enfin à penser, en faisant table rase, dans l’émerveillement.
        Je n’ai pas encore eu le temps de lire l’extrait de Stéphane par contre.

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