Georges Haldas – Lueur

Georges HaldasMerci pour les jours sombres
Merci pour le brouillard
Pour la maison perdue
Pour les pas dans la neige
Merci pour le pouvoir
d’assumer le désert
(mais pour longtemps encore ?)
Merci pour le couteau
qui agrandit la plaie
Merci pour tant de nuit
Merci pour la fenêtre
et cette vitre pâle
tout au bout de l’exil

***

Georges Haldas (Genève, Suisse 1917-2010)

~ par schabrieres sur juin 11, 2014.

8 Réponses to “Georges Haldas – Lueur”

  1. Oh! j’étais prés de toi et tu ne me voyais pas le brouillard te masquait les yeux j’étais ce meuble que tu aimais tant là, prés de toi.j’attendais d’exister autrement que comme un simple objet ..Le froid ,le désert je connais par cœur..Ce cœur qui avait tant voulu aimer baigner de larmes il était..je suis le fantôme qui te hante ;que maintenant tu veux… j’ai quitté la nuit pour essayer de croire au bonheur mais;mon Dieu comme j’ai peur….fuir ,fuir pour trouver la clarté de l’amour sans me dire :je l’aime toujours..si nos pas se sont séparés je reste à toi à jamais.
    (Pardon de faire intrusion ici vous ,l’inconnu que je ne vois pas et,qui rappelle par ces mots l’impossibilité d’êtres heureux)

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  2. Voici un poème que Georges Haldas a écrit en hommage à son ami Francis Giauque :

    Faubourg de l’hôpital

    (A la mémoire de Francis Giauque)

    Tranquille une douleur
    est là parmi les branches
    Mais toi tu n’es plus là
    Je n’entends plus ton pas
    le long de l’allée claire
    Je n’entends plus ta voix
    C’est un parc immobile
    et bourgeois Le beau temps
    ajoute au désarroi
    Hier encore on parlait
    de ce mal d’exister
    qui te clouait le foie
    Au fond de la souffrance
    tu avais un œil fixe
    et rempli d’épouvante
    Tu avais vu des rats
    passer par la serrure
    pénétrer dans la chambre
    Et ta vie était comme
    une montée de rats
    dans l’angoisse où tout seul
    plus seul toujours plus bas
    dans un puits de silence
    tu fumais regardant
    la pendule parfois
    Répétant à voix basse
    pour la centième fois :
    Demain je me descends
    On n’y croyait pas trop
    Tu as tenu parole
    Et c’est l’eau maintenant
    qui te tient Je la vois
    au bout de l’allée noire
    Faubourg de l’Hôpital
    où tu renonces même
    quand les amis te parlent
    à leur tendre les bras

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    • « Ce qu’il faut de malheur pour la moindre chanson » écrivait Aragon. ve poème de Haldas est très beau, je le préfère à « Lueur », qui ressemble de près à celui de Giauque « Merci » et qui souffre d’ailleurs peut-être de cette comparaison. « Et c’est l’eau maintenant qui te tient » me plait particulièrement. Je me sens un peu fatigué cette après-midi, c’est l’effet coupe du monde. Certains matchs sont diffusés tardivement à cause du décalage horaire avec le Brésil. Je n’en ai encore jamais parlé mais j’aime le foot. Je suis amateur de sport et pas seulement dans mon canapé, il m’arrive assez souvent de chausser mes baskets et d’aller trainer ma carcasse au bord de l’océan dans un footing tout en contemplation. Ce matin je suis allé me baigner au petit jour. Je devais être au milieu d’un banc d’éperlans car des oiseaux plongeurs n’arrêtaient pas de se laisser tomber en piqué dans l’eau et de remonter à la surface avec un de ces petits poissons argenté tout frétillant encore en travers du bec. C’est important pour moi d’être seul à ce moment-là. Ça me permet de méditer. Je ne connais pas bien la signification de ce mot pourtant je l’emploi ici car je n’en voit pas d’autres. On ne devrait pas dire que l’on médite mais plutôt qu’on est médité. On ne fait que créer les conditions de cette méditation, la solitude. Rien de telle que la solitude pour ne pas se sentir seul. Dans cette poésie Giauque est décris comme seul. Le thème de la solitude est y très présent ; la solitude de l’auteur d’être sans son ami suicidé, solitude si pénible que Haldas nie l’absence de son ami en s’adressant à lui par le tutoiement et la terrible solitude de Giauque qui l’a poussé au suicide. Le terme de solitude renvoie donc à des acceptations opposées. Un poème de Guillevic et une citation de Cioran rendent bien compte de cela ;

      Guillevic – Poème (1963)

      Seul. Qui dit : seul ?

      Qui m’accable d’un mot
      A couleur de malédiction ?

      Ne confonds pas.

      Celui qui s’en va seul
      Porte avec lui les autres,

      Désespère pour eux
      D’espérer avec eux.

      Eugène Guillevic (1907-1997) – Sphère (1963)

      « Le vrai contact entre les êtres ne s’établit que par la présence muette, par l’apparente non-communication, par l’échange mystérieux et sans parole qui ressemble à la prière intérieure. »

      Cioran, De l’inconvénient d’être né.

      (On me dirait que Cioran a empreinté cette citation à je ne sais quel mystique que ça ne m’étonnerait pas et il en va d’ailleurs de beaucoup de ses citations. Il était, jusqu’il y a encore peu de temps pour moi, l’incarnation d’un athéisme forcené comme l’est un philosophe à la mode qui s’habille en noir et qui a créé l’université populaire de Lille ou quelque chose comme ça, mais maintenant que je le connais un tout petit peu mieux je vois en Cioran un homme en prise avec un mystère qui est à l’origine du sentiment religieux.).

      Pourquoi devrais-t’on dire « On n’est médité » plutôt que « On médite » ?

      Mais parce que méditer consiste en un dialogue et qu’un dialogue nécessite la présence d’interlocuteurs. On se pose des questions. On pose des questions à soi. Ce « On » n’est donc pas soi, ce « On » « est un con » comme je l’ai si souvent entendu au service militaire dans la bouche d’un adjudant (poète de surcroit…) quand je lui rapportais des propos sans en préciser l’auteur, à la différence que dans le cas présent, si On est un con ç´est parce qu’il ne comprends rien, il est toujours à poser des questions. Par exemple, présentement, c’est le con qui m’a posé cette question à laquelle je m’évertue à donner une réponse. Une réponse est toujours insatisfaisante, enfin elle finit toujours par l’être, je le sais par expérience. Il y a toujours une question dans la réponse, le con ne manque jamais de nous le rappeler, enfin dans le meilleur des cas car si On avait été là, avec ses questions à la con, Glauque n’aurait pas connu l’angoisse que génère la solitude, n’aurait pas vu des rats pénétrer dans sa chambre et ne se serait pas suicidé. Ainsi comme il est dit dans la chanson de feu Alain Bashung, Ma petite entreprise, « Inlassablement la vérité se dévoile ». Je ne saurais dire si c’est par le nom de Dieu que certains désignent ce con ?
      Toujours est-il que je vous recommande de vous baigner seul dans l’océan aux premières lueurs du jours histoire de vous sentir sur terre comme un poisson dans l’eau.

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      • Si seulement ceux qui s’intéressent au foot s’intéressaient autant à la poésie ! Est-ce que Cristiano Ronaldo vaut mieux que Francis Giauque ?

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      • La citation de Cioran et le titre du livre dont elle est extrait résume Cioran ; par le titre du livre, il se déclare désabusé par l’existence, par son texte il révèle en percevoir toute la grandeur.

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  3. Je suis content que tu sois content que je m’intéresse à la poésie. Je ne sais si je parviendrais à amener les autres amateurs de foot à la poésie mais je m’efforce de le faire. Enfin, pas particulièrement les amateurs de foot mais disons que je fais oeuvre de prosélytisme poétique à tout va. C’est à dire que j’essaie de faire connaitre la poésie à mes amis, collègues de travail, etc… dans l’espoir qu’elle les touche aussi. Hier soir justement j’étais à une soirée d’anniversaire et accompagné d’amis musiciens j’ai dis une poésie de Francis Giauque. C’était la première fois que nous le faisions en public et l’effet a été le même que lorsque que je l’avais dit pour la première fois à ces mêmes musiciens à l’occasion d’une répétition ; l’écoute, le silence, l’émotion. La poésie en question, je l’ai découverte sur ton site « Amour que je ne peu chanter…je deviens fou à essayer de t’unir à mes jours atroces ». C’est une de mes préférée. Giauque me touche beaucoup. Ce matin j’ai envie d’apprendre « Merci » que je trouve très belle aussi et qui conviendrait bien accompagnée d’une ambiance musicale blues-rock. Je disais dans un de mes commentaires précédent que j’étais souvent surpris par la réception des poésies par les gens et plutôt agréablement. Le plaisir est d’autant plus grand quand il s’agit d’une poésie que j’ai composé et que j’ose à peine dire parce que je crains qu’on me taxe de préciosité. Quand elles sont légères, un brin graveleuses, ça me dérange moins que lorsqu’elles sont plus profondes. Hier un copain m’a demander ma dernière poésie. J’ai hésité à lui donner parce que contrairement à celles que je lui avais déclamées jusqu’à présent, elle avait ce côté plus profond… Je l’ai regardé à deux fois, je l’ai mis en garde et puis voyant qu’il restait intéressé, je me suis lancé, advienne que pourra ;

    Délivre les mots qui t’emprisonnent
    De demeurer emprisonnés
    Du Nord au Sud qu’ils tourbillonnent
    Dans un élan d’éternité

    et ça lui à plus, je l’ai vu à l’expression de son visage avant même qu’il m’en face ce commentaire avec un enthousiasme que j’ai cru pas feint ; c’est bien… !, c’est poétique.

    Pour ce qui est de ma préférence entre Giauque et Ronaldo, je te dirais que ça dépends de l’usage que je veux en faire. Si c’est pour gagner un match de foot, je choisi sans hésitation le deuxième plutôt que le premier et si c’est pour me faire voir la vie en rose avec des mots, je choisis Giauque… Ronaldo n’est pas au football ce que Giauque est à la poésie. Ronaldo, c’est une superstar, il est riche et célèbre, il ne manque pas une occasion de nous montrer qu’il a des plaques de chocolat là où la plupart des hommes ont une brioche, il se promène avec des filles sympas à regarder quand elles sont en vacance à Saint Barth et qu’elles sortent de l’eau turquoise en monokini, elles ont aussi sur le ventre le dessin, un peu plus discret que celui de Ronaldo, qu’a le chocolat lorsqu’il est conditionné pour être vendu en supermarché. Si c’était un footballeur, Giauque serait plutôt un joueur anonyme du grand public qui évolue dans un championnat amateur, le gars discret, seuls quelques rares chanceux profitent de son talent le dimanche matin quand il joue en championnat de division d’honneur dans la campagne brumeuse de trifouillis les oies. Lui, quand il marque un but, aussi splendide soit-il, ne donne pas à voir son corps d’athlète en enlevant son maillot et en contractant au maximum comme un body bulder sa musculature, il va voir le gardien, le relève, s’enquiert de sa santé et le réconforte d’un mot gentil et d’une tape amicale sur l’épaule. Il ne part pas en vacance à Saint Barth entouré de bimbos, il ne part pas en vacance et les filles ne s’interessent pas à lui et en souffre. C’est un grand talent méconnu et généreux, trop intègre pour le professionnalisme. Il fera à n’en point douter, une trop courte carrière…

    Hier soir, c’était le première fois que je déclamais sur une scène, au moment où on m’a demandé d’accompagner la musique par la poésie du poete Suisse, j’ai pensé à lui, à sa souffrance, à son souhait d’être publié , conscient que sa poésie pourrait apporter un peu de couleur à la vie des gens, alors qu’il savait que c’est l’eau qui finirait par le tenir… Les auditeurs n’ont pas été déçus, un immense joueur ce Giauque !

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