Jim Harrison – J’ai gâché trop de clairs de lune… (1996)

Jim Harrison en 2008J’ai gâché trop de clairs de lune.
Coeur battant. Je n’en gâcherai plus,
La lune harcelée de nuages file vers l’ouest
En son arc impondérable, piégée une demi-
Heure parmi les feuilles mouillées de la vasque
Aux oiseaux.

*

I’ve wasted too much moonlight.
Breast beating. I’ll waste no more moonlight,
the moon bullied by clouds drifts west
in her imponderable arc, snared for a half
hour among the wet leaves in the birdbath.

***

Jim Harrison (1937-2016) – L’Éclipse de lune de Davenport et autres poèmes (Éditions de la Table Ronde, 2016) – Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean-Luc Piningre

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~ par schabrieres sur août 25, 2016.

4 Réponses to “Jim Harrison – J’ai gâché trop de clairs de lune… (1996)”

  1. Combien de fois la clarté des étoiles, le bruit des vagues de la mer, le silence de l’heure qui précède l’aube viennent-ils vainement se proposer à l’attention des hommes ?

    Simone Veil

    Aimé par 2 people

    • La notion même de travail est en train de pourrir, avec ce qu’elle impliquait de conquérant et de productif : dans ce monde déjà tourné et retourné de fond en comble, le travail ne s’attaque presque plus nulle part à la nature brute, mais uniquement au travail humain précédent. De quoi était pour moi le symbole la destruction, que j’observais l’été dernier, des villas grotesques et touchantes de La Baule, remplacées une à une par des ensembles de béton : le travail exécuté et déjà pensé par la machine anéantissait le travail que la main a accompli, que le rêve même pauvre et la fantaisie même indigente a inspiré. L’instinct sent qu’une perversion particulièrement maligne, et qui tôt ou tard, obscurément, sera punie, s’attache à cette rage de défaire pour refaire, qui tourne à vide et ne moud rien.

      Je rêve quelquefois d’un nouveau Sermon sur la Montagne, qui ferait briller aux yeux du monde, avant qu’il soit trop tard, l’éminente dignité non plus des pauvres, qui s’éloignent, mais des paresseux. Tant de mains pour transformer ce monde, et si peu de regards pour le contempler !

      Julien Gracq, Lettrines, P169

      Aimé par 1 personne

      • Excellent. And so true. Thank you Vincent! Thank you Julien!
        « So many hands to transform this world, and so few glances to contemplate it. »

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  2. O fronts où faussement la sagesse des rides
    N’inscrit que le banal rendez-vous du tombeau
    Sourcils levés crânes hochants cervelles vides
    Le néon dans la nuit trace des mots stupides
    Et l’enfer a le pas moutonnier du troupeau

    Que pouvez-vous comprendre à ce que l’on vous chante
    Bouchés à l’émeri de l’oreille et des yeux
    Beaux enfants machinaux de la pensée courante
    Vous pour qui le soleil tombe comme des rentes
    Et que n’étonne rien ni la couleur des cieux

    Vous passez sans les voir au milieu des mystères
    Comme le pied du somnambule au bleu des toits
    Ou comme Assuérus entre les bras d’Esther
    A cent lieues de savoir qu’elle s’obstine à taire
    Un peuple ensanglanté dans la couche du roi

    Je peux m’exténuer sur le peigne magique
    Des harpes que pour moi font les malheurs du temps
    Je peux souffler sur vous les tempêtes lyriques
    Et déchirer mon cœur qu’en sorte la musique
    Le cygne meurt canard dans vos cafés-chantants

    J’ai fait pour vous des vers comme des escarbilles
    Vous n’avez pas cligné vos paupières de plomb
    Ni tourné vers le feu parallèle vos billes
    Les étoiles pour vous c’est de la camomille
    La gifle de lueurs mourait à reculons

    Une absence de l’âme a peint votre figure
    Gens de confection sourires mannequins
    Que faut-il pour qu’un jour au fond des devantures
    Quelque chose du ciel en vos yeux s’aventure
    Exorcisant vos cœurs de leur démon mesquin

    Pour qu’un jour oublieux des gestes automates
    Vous redécouvriez la bonté de vos mains
    Et vos doigts fatigués de nouer des cravates
    Se sachant ouvriers de ce que vous aimâtes
    Se halent à nouveau dans les juillets humains

    Pour qu’un jour chaque chose ait à nouveau sa place
    Pour qu’un jour chaque enfant ait son lot dévolu
    Que la mort ne soit plus ton reflet dans la glace
    Et puissent les amants lorsqu’ils se désenlacent
    Tendrement repenser à ceux qui ne sont plus

    Louis Aragon

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