Ingeborg Bachmann – Le temps en sursis (Die gestundete Zeit, 1953)

Ingeborg BachmannDes jours plus durs approchent.
Le temps en sursis révocable
apparaît à l’horizon.
Il te faudra bientôt lacer tes chaussures
et renvoyer les chiens dans les fermes des marais littoraux.
Car les entrailles des poissons
ont refroidi dans le vent.
La lumière des lupins brûle chichement.
Ton regard suit la trace dans le brouillard :
Le temps en sursis révocable
apparaît à l’horizon.

Ta bien-aimée de l’autre côté s’enfonce dans le sable,
il monte autour de ses cheveux flottants,
il lui coupe la parole,
il lui enjoint de se taire,
il la trouve mortelle
et disposée à l’adieu
après chaque étreinte.

Ne regarde pas en arrière.
Lace tes chaussures.
Renvoie les chiens.
Jette les poissons à la mer.
Eteins les lupins !

Des jours plus durs approchent.

*

Es kommen härtere Tage.
Die auf Widerruf gestundete Zeit
wird sichtbar am Horizont.
Bald mußt du den Schuh schnüren
und die Hunde zurückjagen in die Marschhöfe.
Denn die Eingeweide der Fische
sind kalt geworden im Wind.
Ärmlich brennt das Licht der Lupinen.
Dein Blick spurt im Nebel:
die auf Widerruf gestundete Zeit
wird sichtbar am Horizont.

Drüben versinkt dir die Geliebte im Sand,
er steigt um ihr wehendes Haar,
er fällt ihr ins Wort,
er befiehlt ihr zu schweigen,
er findet sie sterblich
und willig dem Abschied
nach jeder Umarmung.

Sieh dich nicht um.
Schnür deinen Schuh.
Jag die Hunde zurück.
Wirf die Fische ins Meer.
Lösch die Lupinen!

Es kommen härtere Tage.

*

The Respite

A harder time is coming.
The end of the respite allowed us
appears on the skyline.
Soon you must tie your shoelace
and drive back the dogs to the marshland farms.
For the fishes’ entrails
have grown cold in the wind.
Poorly the light of the lupins burns.
Your gaze gropes in the fog:
the end of the respite allowed us
appears on the skyline.

Over there your loved one sinks in the sand,
it rises towards her blown hair,
it cuts short her speaking,
it commands her to be silent,
it finds that she is mortal
and willing to part
after every embrace.

Do not look round.
Tie your shoelace.
Drive back the dogs.
Throw the fishes into the sea. Put out the lupins!
A harder time is coming.

***

Ingeborg Bachmann (Klagenfurt, Autriche 1926-1973)Le temps en sursis (Die gestundete Zeit, 1953) – Toute personne qui tombe a des ailes  (Poésie/Gallimard, 2015) – Traduit de l’allemand (Autriche) par Françoise Rétif – Translated from the German by Michael Hamburger.

~ par schabrieres sur décembre 14, 2016.

2 Réponses to “Ingeborg Bachmann – Le temps en sursis (Die gestundete Zeit, 1953)”

  1. Beau et tragique comme un coup de couteau en plein coeur. Tout se meurt et disparait…..révocable ? Il est temps, il est temps.

    Aimé par 1 personne

  2. Très beau

    J'aime

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