Emily Brontë – La nuit autour de moi…

La nuit autour de moi se fait plus obscure,
Les vents sauvages soufflent, plus froids,
Mais un charme tout puissant me lie,
Et partir, partir, je ne le peux.

Les arbres géants abaissent
Leurs branches nues, pesantes de neige,
Et la tempête va grande erre,
Et cependant je ne puis partir.

Nuages au-delà, nuages au-dessus de moi,
Solitudes au-delà, solitudes plus bas,
Mais nulle désolation ne peut m’émouvoir,
Je ne veux pas, je ne peux pas partir.

*

The night is darkening round me,
The wild winds coldly blow;
But a tyrant spell has bound me,
And I cannot, cannot go.

The giant trees are bending
Their bare boughs weighed with snow;
The storm is fast descending,
And yet I cannot go.

Clouds beyond clouds above me,
Wastes beyond wastes below;
But nothing drear can move me;
I will not, cannot go.

November 1837.

***

Emily Brontë (30 juillet 1818 Thornton – 19 décembre 1848 Haworth) – Traduit de l’anglais par René Char – La planche de vivre (Poésie/Gallimard, 1995)

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~ par schabrieres sur mars 12, 2017.

Une Réponse to “Emily Brontë – La nuit autour de moi…”

  1. « Que nos plaisirs passés augmentent nos supplices !
    Qu’il est dur d’éprouver, après tant de délices,
    Les cruautés du Sort !
    Fallait-il être heureuse avant qu’être coupable ?
    Et si de me haïr, Amour, tu fus capable
    Pourquoi m’aimer d’abord ?

    Que ne punissais-tu mon crime par avance !
    Il est bien temps d’ôter à mes yeux ta présence,
    Quand tu luis dans mon coeur !
    Encor si j’ignorais la moitié de tes charmes !
    Mais je les ai tous vus : j’ai vu toutes les armes
    Qui te rendent vainqueur.

    J’ai vu la beauté même et les grâces dormantes.
    Un doux ressouvenir de cent choses charmantes
    Me suit dans les déserts.
    L’image de ces biens rend mes maux cent fois pires.
    Ma mémoire me dit : » Quoi! Psyché, tu respires,
    » Après ce que tu perds ? «

    Cependant il faut vivre; Amour m’a fait défense
    D’attenter sur des jours qu’il tient en sa puissance,
    Tout malheureux qu’ils sont.
    Le cruel veut, hélas ! que mes mains soient captives.
    Je n’ose me soustraire aux peines excessives
    Que mes remords me font. «

    C’est ainsi qu’en un bois Psyché contait aux arbres
    Sa douleur, dont l’excès faisait fendre les marbres
    Habitants de ces lieux.
    Rochers, qui l’écoutiez avec quelque tendresse,
    Souvenez-vous des pleurs qu’au fort de sa tristesse
    Ont versés ses beaux yeux.

    .

    Jean de La Fontaine, extrait des amours de psyché et Cupidon.

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