Daniil Harms – J’ai longtemps regardé les arbres verts

J’ai longtemps regardé les arbres verts.
Le repos emplissait mon âme.
C’est toujours comme avant, pas de grandes pensées globales.
Toujours les mêmes fragments, bribes, par petits bouts.
Soit un désir terrestre qui s’allume.
Soit la main se tend vers un livre intéressant.
Soit brusquement, je prends une feuille de papier,
Mais là, le doux sommeil me cogne dans la tête.
Je m’installe à la fenêtre dans un fauteuil profond.
Je regarde la pendule, je m’allume une pipe,
Mais, tout de suite, je bondis et me dirige vers la table,
Je m’assieds sur une chaise dure et roule une cigarette ;
Je vois une petite araignée qui court sur le mur,
Je la suis, elle m’aimante.
Elle m’empêche de prendre la plume.
La tuer, l’araignée !
La flemme de me lever.
Maintenant je regarde à l’intérieur de moi,
Mais c’est vide dans moi, c’est monotone et morne,
Nulle part ne bat la vie intensive,
Tout est fade et somnolent, comme de la paille humide.
Bon, je suis passé à l’intérieur de moi
Et me revoilà devant vous.
Vous attendez que je vous parle de mon voyage,
Mais je me tais parce que je n’ai rien vu.
Laissez-moi me reposer, regarder – les arbres verts.
Alors peut-être, le repos emplira mon âme.
Alors, peut-être, mon âme s’éveillera,
Et je me réveillerai aussi, et dans moi,
La vie intensive pourra se mettre à battre.

*

Я долго смотрел на зеленые деревья.
Покой наполнял мою душу.
Еще по-прежнему нет больших и единых мыслей.
Такие же клочья, обрывки и хвостики.
То вспыхнет земное желание.
То протянется рука к занимательной книге,
То вдруг хватаю листок бумаги,
Но тут же в голову сладкий сон стучится.
Сажусь к окну в глубокое кресло.
Смотрю на часы, закуриваю трубку,
Но тут же вскакиваю и перехожу к столу,
Сажусь на твердый стул и скручиваю себе папироску.
Я вижу – бежит по стене паучок,
Я слежу за ним, не могу оторваться.
Он мешает взять в руку перо.
Убить паука!
Лень подняться.
Теперь я гляжу внутрь себя,
Но пусть во мне, однообразно и скучно,
Нигде не бьется интенсивная жизнь,
Все вяло и сонно, как сырая солома.
Вот я побывал в самом себе
и теперь стою перед вами.
Вы ждете, что я расскажу о своем путешествии.
Но я молчу, потому что я ничего не видел.
Оставьте меня и дайте спокойно смотреть –
на зеленые деревья.
Тогда, быть может, покой наполнит мою душу.
Тогда, быть может, проснется моя душа,
И я проснусь, и во мне забьется интенсивная жизнь.

2 août 1937

***

Daniil Harms (Даниил Хармс, 1905, Saint-Pétersbourg, Russie – 1942, Léningrad) – Traduction d’André Markowicz, in André Markowicz, Partages, vol.2, Éditions Inculte, 2016.

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~ par schabrieres sur avril 13, 2017.

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