Luo Fu – La mort dans une cellule de pierre

Par hasard je lève les yeux vers le couloir d’à côté, troublé de voir
À l’aube un homme nu résister à la mort
Un noir affluent mugir dans ses veines
Troublé, je balaie du regard le mur de pierre
Sur lequel se creusent deux rigoles de sang

Mon visage se déploie comme un arbre, un arbre grandi dans le feu
Tout est calme, seules bougent les pupilles derrière les paupières
Dans une direction que beaucoup redoutent
Et moi qui suis un poirier abattu
Dans mes cernes bruissent encore le vent, les cigales

*

À ceux qui frappent à la porte, l’anneau de cuivre rappelle les gloires d’antan
Mes frères viendront boire l’ardeur qui emplit mon front
Leur faim, leur soif ressemblent à une plante d’intérieur
Entrouvrant les yeux j’entends le cliquetis métallique
Des couverts tombés des murs dans les assiettes des invités

Puis c’est un après-midi d’âpre discussion, révélant la souillure
Le langage est comme un tas de linge sale
Blessés, ils sont comme des bêtes toujours en quête d’abri
Si la silhouette de l’arbre est fendue par le soleil
Sa hauteur me confère la solennité nécessaire face au crépuscule

*

Comme la racine échappant à toute contrainte
S’efforce de soulever le tréfonds de la montagne
Comme la fraise sauvage peu soucieuse d’eugénisme
Laisse vagabonder ses rejetons dans le marécage
J’ai passé bien des matins sermonné par les serviteurs

Ô vigneron sur le coteau, , le soleil s’incline vers toi
Je tends le bras vers l’intérieur, agrippe la chevelure de la racine vivifiée
Prêt à me noyer dans ton sang
Pour la peau de tes fruits, l’écorce de tes tiges
Aussi humble que le numéro inscrit sur le dos d’un condamné à mort

***

Luo Fu (Chine, 1928)Jentayu – Hors-série n°1 – Taïwan – Traduit du chinois (Taïwan) par Marie Laureillard

Publicités

~ par schabrieres sur mai 2, 2017.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
Manolis

Greek Canadian Author

Littérature portes ouvertes

Littérature contemporaine, poésie française, recherche littéraire...

The Manchester Review

The Manchester Review

poésie : traduction : critique

L'atelier en ligne de Pierre Vinclair

fragm

secousse sismique travaillant l’épaisseur d’une lentille de cristal, cette fin du monde de poche s’exprimait tout entière dans la syllabe fragm, identique de “diaphragme” à “fragment”, comme une paillette pierreuse qu’on retrouve pareille à elle-même dans des roches de structures diverses mais dont les éléments principaux, de l’une à l’autre, demeurent constants (Michel Leiris)

Outlaw Poetry

Even when Death inhabits a poem, he does not own it. He is a squatter. In fact, Death owns nothing. - Todd Moore

Locus Solus: The New York School of Poets

News, links, resources, and commentary on poets and artists of the New York School

Encres désancrées --- Carla Lucarelli

Carnets décousus, Ecriture, Lectures, humeurs, élucubrations, travaux en cours, Images aimées, prises, empruntées

Bonheur des yeux et du palais

sur le fil des jours

Bareknuckle Poet

Journal of Letters

Vallejo & Co.

literatura y más

%d blogueurs aiment cette page :