John Berger – Ce qui stupéfie

Ce qui stupéfie ne peut être
le vestige de ce qui
a été.
Demain encore aveugle
avance lentement.
La vue et la lumière
font la course l’une vers l’autre,
et de leur étreinte
naît le jour,
aussi grand qu’un faon,
les yeux déjà ouverts.

La rivière en murmurant
enlace la brume
pour un moment encore.
Les sommets marquent le ciel
de leur signature.
Arrête et écoute
les machines à traire
conçues pour téter comme les veaux.
A la première chaleur
les collines boisées calculent
la raideur de leurs pentes.

Le chauffeur de poids lourds prend la route
vers le col qui mène
contre toute attente
avec sa propre familiarité
vers une autre patrie.
Bientôt l’herbe sera
plus chaude
que les cornes des vaches.
Ce qui stupéfie
vient à nous
comme éclaireur de la mort et de la naissance.

*

What astounds

What astounds cannot be
the remnant of what
has been.
Tomorrow still blind
advances slowly.
Sight and light
race towards each other,
and from their embrace
is born the day,
eyes open
tall as a foal.

Murmuring river
clasps the mist
for a moment more.
The peaks are signing on
the sky.
Stop and hear
the milking machines
designed to suck like calves.
In the first heat
the forested hills calculate
their steepness.

The lorry driver is taking the road
to the pass which leads
surprisingly
with its own familiarity
to another homeland.
Soon the grass will be
warmer
than the cows’ horns.
The astounding comes
towards us
outrider of death and birth.

***

John Berger (Londres 1926- 2017)And our faces, my heart, brief as photos (Vintage, 1984) – La louche et autres poèmes (Le Temps des Cerises, 2012) – Traduit de l’anglais par Carlos Laforêt.

Enregistrer

~ par schabrieres sur juin 20, 2017.

Une Réponse to “John Berger – Ce qui stupéfie”

  1. […] [Texte découvert sur le blog « beauty will save the world », voir le lien ci-dessous] https://schabrieres.wordpress.com/2017/06/20/john-berger-ce-qui-stupefie/ […]

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

 
En toutes lettres

Arts et culture

À mes heurs retrouvés

“Elle dit aussi que s'il n'y avait ni la mer ni l'amour personne n'écrirait des livres.” Marguerite Duras

Luis Ordóñez

Realizador y guionista

Waterblogged

Dry Thoughts on Damp Books

Ana Maria Tomescu

bibliotecana

Rhapsody in Books Weblog

Books, History, and Life in General

Romenu

Over literatuur, gedichten, kunst, muziek en cultuur

Acuarela de palabras

Compartiendo lecturas...

Perles d'Orphée

Quelques larmes perlent sur l'âme d'Orphée : Musique - Poésie - Peinture - Sculpture - Philosophie

renegade7x

Natalia's space

Cahiers Lautréamont

Association des Amis Passés Présents et Futurs d'Isidore Ducasse

366 Weird Movies

Celebrating the cinematically surreal, bizarre, cult, oddball, fantastique, strange, psychedelic, and the just plain WEIRD!

Le monde de SOlène, le blog

DU BONHEUR ET RIEN DAUTRE !

Fernando Calvo García

Poeta con pasión

Lectures au coeur

Photographie et poésie

The Tragedy of Revolution

Revolution as Hubris in Modern Tragedy

Le Trébuchet

Chroniques par C. M. R. Bosqué

Book Around The Corner

Books I read. Books I want to share with you.

lyrique.roumaine

poètes roumains des deux derniers siècles

Anthony Wilson

The Year of Living Deeply

Messenger's Booker (and more)

Primarily translated fiction and Australian poetry, with a dash of experimental & challenging writing thrown in

Reading in Translation

Translations Reviewed by Translators

Diabolus In Musica

Lossless Classical Resources

Ricardo Blanco's Blog

Citizen of Nowhere

Digo.palabra.txt

Literatura para generaciones pixeladas

AFROpoésie

Le site des poésies africaines

La Labyrinthèque

Histoire de l'art jouissive & enchantements littéraires

Je pleure sans raison que je pourrais vous dire

« Je pleure sans raison que je pourrais vous dire, c'est comme une peine qui me traverse, il faut bien que quelqu'un pleure, c'est comme si c'était moi. » M. D.

L'Histoire par les femmes

L'Histoire par les femmes veut rappeler l’existence de ces nombreuses femmes qui ont fait basculer l’histoire de l’humanité, d’une manière ou d’une autre.

verseando

algunos poemas y otros textos

Traversées, revue littéraire

Poésies, études, nouvelles, chroniques

Le Carnet et les Instants

Le blog des Lettres belges francophones

Manolis

Greek Canadian Author

Littérature portes ouvertes

Littérature contemporaine, poésie française, recherche littéraire...

The Manchester Review

The Manchester Review

L'atelier en ligne

de Pierre Vinclair

fragm

secousse sismique travaillant l’épaisseur d’une lentille de cristal, cette fin du monde de poche s’exprimait tout entière dans la syllabe fragm, identique de “diaphragme” à “fragment”, comme une paillette pierreuse qu’on retrouve pareille à elle-même dans des roches de structures diverses mais dont les éléments principaux, de l’une à l’autre, demeurent constants (Michel Leiris)

Outlaw Poetry

Even when Death inhabits a poem, he does not own it. He is a squatter. In fact, Death owns nothing. - Todd Moore

Locus Solus: The New York School of Poets

News, links, resources, and commentary on poets and artists of the New York School, by Andrew Epstein

%d blogueurs aiment cette page :