Fernando Pessoa – Aujourd’hui je suis vaincu…

Aujourd’hui je suis vaincu comme si je savais la vérité.
Aujourd’hui je suis lucide comme si j’allais mourir
Et n’avais d’autre intimité avec les choses
Que celle d’un adieu, cette maison et ce côté de la rue devenant
Un convoi de chemin de fer, un coup de sifflet
A l’intérieur de ma tête,
Une secousse de mes nerfs, un grincement de mes os à l’instant du départ.

*

Estou hoje vencido, como se soubesse a verdade.
Estou hoje lúcido, como se estivesse para morrer,
E não tivesse mais irmandade com as coisas
Senão uma despedida, tornando-se esta casa e este lado da rua
A fileira de carruagens de um comboio, e uma partida apitada
De dentro da minha cabeça,
E uma sacudidela dos meus nervos e um ranger de ossos na ida.

Lisbonne, le 15 janvier 1928

***

Fernando Pessoa (Lisbonne, 13 juin 1888 — Lisbonne, 30 novembre 1935)Extrait de « Tabacaria », poème de Álvaro de Campos (Presença n.º 39, 1933) – Bureau de tabac (Editions Unes, 1993) – Traduit du portugais par Rémy Hourcade

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~ par schabrieres sur juin 21, 2017.

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