Roger Gilbert-Lecomte – La vie en rose

Elle était jolie
Je l’aimais beaucoup
J’en attrapais des ours aux amygdales
Et je riais je riais
Je riais comme un œuf de statue ailée.

Quand elle est morte j’ai chanté comme une pleureuse
En poussant des gueulements
Abominables
Ensuite j’ai souri gracieusement

Pour changer un peu
Je suis mort à mon tour
En odeur de sainteté
Autant que faire se peut
Comme il se doit

***

Roger Gilbert-Lecomte (1907-1943)La vie l’amour la mort le vide et le vent (Prairial, 2014)

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~ par schabrieres sur octobre 6, 2017.

8 Réponses to “Roger Gilbert-Lecomte – La vie en rose”

  1. J’aime beaucoup, un mélange de gravité et d’humour, c’est rare en poésie. Je me suis régalé avec le dernier vers. Je file lire l’autre que tu as publié aujourd’hui.

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    • LA VIE L’AMOUR LA MORT LE VIDE ET LE VENT

      Il est des jeunes gens dont l’existence impose par elle-même une signification. A peine ouvrent-ils les portes de la vie, dès leur première apparition, les regards saisis se tournent vers eux et leur présence a mystérieusement modifié certains aspects du monde. Ils n’ont pas encore agi, peu manifesté et guère parlé ; cependant on attend d’eux quelque chose avec certitude, – avec anxiété aussi, car telle est leur puissance de mépris qu’ils traversent parfois l’existence sans daigner même s’exprimer.

      Roger Gilbert-Lecomte est peut-être l’un d’eux. Ceux qui le connaissent aussitôt l’ont compris. Il a publié quelques essais, fait quelques conférences, dirigé, – avec René Daumal et Rolland de Renéville, – une revue : Le Grand Jeu, qui a marqué un moment de l’évolution de la pensée jeune. Mais ses amis, ses aînés, quelques écrivains et critiques, savent qu’il n’a rien fait encore que laisser échapper de lui quelques indications exceptionnelles sur son activité intérieure.

      De dix-huit à vingt-cinq ans, son âge actuel, il a vécu le drame de l’adolescent qui se fait homme : drame de pensée qui peut déchirer toute une vie, puisqu’il contient le débat de l’esprit qui ne veut pas transiger, renoncer, abdiquer. Dès l’époque de l’enfance intrépide, Roger Gilbert-Lecomte a commencé à élaborer un système d’images, une vision du monde, une morale, qu’il n’a cessé, pour les mûrir et les développer, de vivre intensément. Il s’est laissé envahir par sa pensée ; elle n’a formé qu’un avec lui, devenue constamment son unique raison d’être.

      Cependant, un à un, presque tous ses compagnons de route abandonnaient leurs espoirs, cédaient aux flotteurs, acceptaient les offres fallacieuses de confort matériel et moral : l‘argent, l’entrée dans les dogmes et les partis tout faits. Devant ce spectacle, qui se répète à chaque génération et que les hommes considèrent avec leur scepticisme ironique et désabusé, Roger Gilbert-Lecomte s‘est indigné et torturé. Certes, à la vue de toutes ces compromissions, il n’est pas insensible à l’humour, mais son humour est fait de colère, de rage, de sarcasme. Dans cette intransigeance désespérée, c’est la rare pureté de ses aspirations qui s’exprime : seul au milieu du rire, de la lâcheté ou de l’hostilité, il garde la totale confiance dans sa voie. Comment ne pas être ému par celui qui veut maintenir, envers et contre tout, intacte sa révolte, absolue sa vision…!

      Dès lors, il n’est pas surprenant qu’un déséquilibre entre ses états de tension et le monde extérieur ait amené pour lui d’inextricables difficultés d’adaptation à la vie et que des excès en divers sens aient finalement ruiné sa santé.

      C’est au sortir de cette longue maladie qu’il a composé le premier livre qu’il publie aujourd’hui. Ce recueil : La Vie, l’Amour, la Mort, le Vide et le Vent, représente la totalité de sa vie spirituelle pendant trois mois de convalescence. Espoirs et rechutes, retour à la joie et dépressions, élans de
      gaîté enfantine et spéculation sur l’être, passion amoureuse et mystique, ces poèmes expriment, de la chanson à boire à l’angoisse métaphysique, tout ce que fut l’auteur pendant cette période. Gilbert-Lecomte a cru ne rien devoir retrancher, et, faisant fi de la distinction des genres, nous donne telles quelles les pages d’un journal poétique, engendrées par les mécanismes les plus divers de l’inspiration.

      Leurs divergences de ton, leurs dissonances, pourront d‘abord choquer : elles ont correspondu pourtant à une impérieuse nécessité pour l’auteur. Gilbert-Lecomte ne croit pas qu’une œuvre puisse se maintenir uniquement sur les sommets : – Cabotin, dit-il, l’écrivain qui prétend que le sublime
      est son unique domaine : aussi, à côté de magnifiques poèmes qui veulent atteindre l’extrême cime des possibles, il a noté également les absurdes calembours de l’ivresse, les hallucinations de la fièvre, les discours incohérents du demi-sommeil, les jeux maniaques de l’esprit, lésé dans son intégrité. Entre des chants d’amour humain, auxquels il donne la grandeur cosmique « des abîmes souterrains de la chair », à côté de poèmes qui renouvellent le thème de la mort (conçue comme l’état limite qu’engendre notre instinct d’auto-destruction), surgissent les coq-à-l’âne, les cris véhéments de la rage ou du délire. Non pas recherche des effets de contraste, mais sentiment de la relativité de l’échelle des valeurs spirituelles, sentiment que les plus pures expressions humaines, et les plus vulgaires, sur un certain plan, se rejoignent et s’équivalent.

      Telle quelle, cette œuvre, hétéroclite d’apparence, reste un terrible et douloureux cri de lyrisme.

      Mais déjà l’auteur l’a dépassée. Il prépare des études d’un autre ordre. Interprétant l’histoire, il voit, succédant à l’esprit animique et magique du primitif, – (du primitif en union avec toute la nature et qui ne sépare pas le rêve de la veille ), – le règne contemporain de l’Occidental égocentriste, dont l’esprit rationnel et discursif reste aveugle à l’intuition immédiate. Dépasser cette dernière phase par la révolution et atteindre à une synthèse de l‘esprit, tel est l’ordre présent de ses recherches.

      Léon Pierre-Quint.

      J'aime

      • Belle présentation ! On confond parfois romantisme ou métaphysique avec poèsie or on peut la trouver aussi, comme la précisé André Laude dans song texte « Poésie urgente » dans l’humour, « surtout noir » précise-t-il.

        J’ai justement trouvé ça ce dimanche matin ;

        humour du dimanche

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      • Les croyants n’ont pas
        la propriété de ce
        qu’ils ont de plus cher,

        c’est pourquoi ils sont contraints
        de devoir louer leur dieu.

        Aimé par 1 personne

      • Et puis ça que j’ai puisé dans le quotidien et que j’ai trouvé poétique

        Vendredi après-midi, au travail, un jeune garçon handicapé mental d’une quinzaine d’années demande à sa voisine qui a sensiblement le même âge, « C’est qui ton amoureux ? », la jeune fille répond « Je sais pas », l’adolescent insiste et la questionne à nouveau mais plus bas, sur le ton de la confidence, tout en se penchant vers elle, « Allez, vas-y, dis le moi dans l’oreille ! », et la jeune fille de lui souffler « Je sais pas ».

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      • Les croyants n’ont pas
        la propriété de ce
        qu’ils ont de plus cher,

        c’est la raison pour laquelle
        ils doivent louer leur dieu.

        Aimé par 1 personne

  2. Such beauty in these words you have again shared… They have the ability to emanate their subtle vibration far and away from what we can see… or even imagine…

    I learn so much from your poems and choices Mr Chabrieres… It is a wonderful gathering of minds here… unseen yet seen…

    True enough… I woke up with these words forming in the volume of my mouth the shapes of my tongue as I opened my eyes this morning… Words are like this aren’t they…

    They flutter out of the mouth after a brush on the lips before I have even had a chance to engage my brain and catch up with them… I have no idea where they come from or where they are going… But they always go somewhere…

    Even if not heard…

    ‘The wonder of birds. They take off alight take off alight take off alight. Sometimes land. Rarely have cause to stay. Free in the space of the infinite sky. They play on the breeze. Surf life like clouds. Serve only and pay homage to the wind.’

    Again thank you for all these revelations…

    Aimé par 1 personne

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