Ossip Mandelstam – Le passant

J’éprouve une crainte plus forte que moi
En présence du mystère des hauteurs,
L’hirondelle dans le ciel me donne joie
Et j’aime les cloches voilières.

Pareil, dirait-on, à un piéton d’autrefois,
Aux passerelles ployant sur l’abîme
J’écoute la croissance des mottes de neige,
L’éternité sonne sur son horloge de pierre.

Hélas !… je ne suis pas ce voyageur
Qui s’efface parmi les feuillages éteints,
Chez moi, vraiment, c’est le chagrin qui chante.

Il y a une vraie avalanche dans les montagnes !
Mon âme tout entière est dans les cloches,
Mais la musique ne sauve pas du gouffre.

*

Пешеход

Я чувствую непобедимый страх
В присутствии таинственных высот;
Я ласточкой доволен в небесах
И колокольни я люблю полет!

И, кажется, старинный пешеход,
Над пропастью, на гнущихся мостках,
Я слушаю — как снежный ком растет
И вечность бьет на каменных часах.

Когда бы так! Но я не путник тот,
Мелькающий на выцветших листах,
И подлинно во мне печаль поет;

Действительно лавина есть в горах!
И вся моя душа — в колоколах —
Но музыка от бездны не спасет!

*

Pedestrian

I feel an insurmountable fear
In the presence of mysterious heights;
I’m happy with a swallow in the heavens,
And it’s the bell tower’s flight I love!

And, it seems, old-time pedestrian
Above the abyss, on boards that give,
I listen as a snowball grows
And a stone clock strikes eternity.

If only! But I am not that wayfarer,
Flitting by on faded pages,
And genuinely sorrow sings within me;

Truly there is an avalanche in the mountains!
And all my soul is—in bells—
But music will not save from the void!

1912

***

Ossip Mandelstam (1891-1938)Ossip Mandelstam (La revue de Belles-Lettres) – Traduit par ?

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~ par schabrieres sur octobre 24, 2017.

2 Réponses to “Ossip Mandelstam – Le passant”

  1. Je regarde régulièrement votre excellent site… Merci.
    Juste vous citer une autre traduction de ce poème de Mandelstam que j’adore, et qui reproduit la forme du sonnet originel, sans toutefois, me semble-t-il, trahir le sens. Cette version est parue dans la Pierre (Circé), et elle est de Henri Abril.

    Le piéton

    Face aux hauteurs et face à leur mystère
    Je sens toujours un invincible effroi ;
    J’aime l’hirondelle élancée dans l’air
    Et les cloches dont le vol se déploie.

    Et semblable à un piéton d’autrefois,
    Sur la passerelle de l’abîme grand ouvert
    J’écoute la neige qui roule et croît,
    Et l’éternité sonne à l’horloge de pierre.

    Hélas, je ne suis pas ce voyageur
    Qui transpararaît sur un feuillage éteint,
    Ce qui chante en moi est un vrai chagrin.

    Non, l’avalanche en montagne n’a rien d’un leurre,
    Et au son des cloches toute mon âme s’ouvre…
    Mais la musique ne peut pas sauver d’un gouffre!

    Aimé par 2 personnes

    • Merci à vous. Je ne connaissais pas cette excellente traduction d’Henri Abril (un des meilleurs traducteurs du russe à mon avis). Je trouve également qu’elle est supérieure à l’autre.

      J'aime

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