Roberto Juarroz – Toujours au bord…

Toujours au bord.
Mais au bord de quoi ?

Nous savons seulement que quelque chose tombe
de l’autre côté de ce bord
et qu’une fois parvenu à sa limite
il n’est plus possible de reculer.

Vertige devant un pressentiment
et devant un soupçon :
lorsqu’on arrive à ce bord
cela aussi qui fut auparavant
devient abîme.

Hypnotisés sur une arête
qui a perdu les surfaces
qui l’avaient formée
et resta en suspens dans l’air.

Acrobates sur un bord nu,
équilibristes sur le vide,
dans un cirque sans autre chapiteau que le ciel
et dont les spectateurs sont partis.

*

Siempre al borde.
¿Pero al borde de qué?

Sólo sabemos que algo cae
al otro lado de este borde
y que habiendo llegado hasta su limite
no es posible ya retroceder.

Vértigo ante un presentimiento
y ante una sospecha:
al llegar a este borde
también lo de antes
se convierte en abismo.

Hipnotizados encima de una arista
que perdió las superficies
que la habían formado
y quedó suelta en el aire.

Acróbatas sobre un borde desnudo,
equilibristas sobre el vacío,
en un circo sin más carpa que el cielo
y cuyos espectadores se han partido.

***

Roberto Juarroz (1925-1995)Treizième poésie verticale (José Corti, 1993) – Traduit de l’espagnol (Argentine) par Roger Munier.

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~ par schabrieres sur novembre 5, 2017.

Une Réponse to “Roberto Juarroz – Toujours au bord…”

  1. Bon jour,
    « bord » quatre lettres comme … mort.
    Un beau texte.
    Max-Louis

    Aimé par 1 personne

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