Vélimir Khlebnikov – Moi papillon entré…

Moi papillon entré
dans la chambre de la vie humaine
il me faut laisser le paraphe de ma poussière
sur les fenêtres sévères
sur les vitres du fatal
Si gris et tristes les papiers peints des plantes mortes
de la vie humaine avec sa poussière
être le peintre de soi
sur les vitres du fatal du fatal aux grands yeux
Voir soudain une petite porte ouverte
sur un autre monde où il y a le chant des oiseaux le courant
d’air azuré
où tout est aimable même la mort
dans les dents d’une libellule
Ô poussière envolée au loin
et ailes déteintes pour toujours !
Le « non » transparent des fenêtres
derrière elles le bruissement et la danse
des papillons de l’amour cognent
L’amour des papillons danse haut dans le vent
J’ai déjà effacé ma lueur bleue et les dentelles des points
le long du bord de l’aile
Tristes et cruelles mes ailes
le pollen en est ôté Pour toujours
Fatigué je me cogne à la fenêtre de l’homme
La branche des nombres en fleur
cogne à travers la fenêtre
d’une demeure étrangère.

*

Мне, бабочке, залетевшей
В комнату человеческой жизни,
Оставить почерк моей пыли
По суровым окнам,
На стеклах рока.
Так серы и скучны обои из мертвых растений
Человеческой жизни; пылью своей
Быть живописцем себя
На стеклах рока, большеокого рока.
Вдруг увидать открытую дверцу
В другой мир, где пение птиц и синий сквозняк,
Где мило всё, даже смерть
В зубах стрекозы.
О, улетевшая прочь пыль
И навсегда полинявшие крылья!
Окон прозрачное «нет»,
За ними шелест и пляска
Бабочек любви стучится.
Пляшет любовь бабочек высоко в ветре.
Я уже стер свое синее зарево и точек узоры
Вдоль края крыла.
Скучны и жестоки мои крылья,
Пыльца снята. Навсегда.
Бьюсь устало в окно человека.
Ветка цветущих чисел
Бьется через окно
Чужого жилища.

*

I have come like a butterfly
into the hall of human life,
and must spatter my dusty coat
as signature upon its bleak windows,
across fate’s windowpane.
Human life is papered thick
with a boring pattern of dull
gray leaves; with my dust
I must inscribe my life
upon the windowpane of fate,
upon fate’s staring eyes.
If only I could find an open door
to that other world, where birds sing
and the wind is blue and everything,
even death in the jaws of a damsel-fly,
is sweet.
My dust forever fled,
my wings forever faded!
The transparent no of these windows!
Beyond them shimmers and flutters
the love of butterflies!
See how the love of butterflies
dances above the breezes!
Already I have worn away
my bright blue glow, my pointillated patterns;
The blue windstorm falls from my wings,
their bright motes vanish forever.
Stiff and colorless,
I droop despairing
at the windows of the human world.
A branch of flowering numbers scrapes
at the windows of this alien abode.

1921

***

Vélimir Khlebnikov (1885-1922)Oeuvres 1919-1922 (Verdier, 2017) – Traduit du russe par Yvan Mignot – Selected Poems (Harvard University Press, 1997) – Translated by Paul Schmidt.

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~ par schabrieres sur février 8, 2018.

Une Réponse to “Vélimir Khlebnikov – Moi papillon entré…”

  1. Surpris par là traductions française , n’ayant aucune notion de russe, je trouve le Poème en anglais beaucoup plus joli et probablement plus proche de l’original que la’ traduction française.( qui ne me plait pas du tout )

    Aimé par 1 personne

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