Wisława Szymborska – Quel grand bonheur

Quel grand bonheur
de ne pas savoir
dans quel monde on vit.

Il aurait fallu
exister longtemps
assurément plus longtemps
qu’il n’existe lui-même.

Juste pour comparer,
connaître d’autres mondes.

Se soulever au dessus du corps
qui ne sait rien mieux faire
que limiter
et dresser des obstacles.

Pour le bien de la recherche,
pour la clarté de l’image
au nom des conclusions dernières,
s’envoler au dessus du temps
au fond duquel tout cela virevolte et cavalcade.

Depuis cette perspective,
adieu à jamais
détails et épisodes.

Compter les jours de la semaine
apparaîtrait assez vite
dépourvu de sens.

Jeter une lettre dans la boîte –
une erreur de jeunesse sans cervelle.

L’écriteau : « Ne pas marcher sur la pelouse » –
pure folie.

*

Wielkie to szczęście

Wielkie to szczęście
nie wiedzieć dokładnie,
na jakim świecie się Ŝyje.

Trzeba by było
istnieć bardzo długo,
stanowczo dłuŜej
niŜ istnieje on.

Choćby dla porównania
poznać inne światy.

Unieść się ponad ciało
które niczego tak dobrze nie umie,
jak ograniczać
i stwarzać trudności.

Dla dobra badan,
jasności obrazu
i ostatecznych wniosków
wzbić się ponad czas,
w którym to wszystko pędzi i wiruje.

Z tej perspektywy
Ŝegnajcie na zawsze
szczegóły i epizody.

Liczenie dni tygodnia
musiałoby się wydać
czynnością bez sensu,

wrzucenie listu do skrzynki
wybrykiem głupiej młodości,

napis „Nie deptać trawy »
napisem szalonym.

*

We’re extremely fortunate

We’re extremely fortunate
not to know precisely
the kind of world we live in.

One would have
to live a long, long time,
unquestionably longer
than the world itself.

Get to know other worlds,
if only for comparison.

Rise above the flesh,
which only really knows
how to obstruct
and make trouble.

For the sake of research,
the big picture
and definitive conclusions,
one would have to transcend time,
in which everything scurries and whirls.

From that perspective,
one might as well bid farewell
to incidents and details.

The counting of weekdays
would inevitably seem to be
a senseless activity;

dropping letters in the mailbox
a whim of foolish youth;

the sign « No Walking On The Grass »
a symptom of lunacy.

***

Wisława Szymborska (1923-2012)Fin et début (Koniec i początek, 1993) – Je ne sais quelles gens (Fayard, 1997) – Traduit du polonais par Piotr Kaminski – Nic dwa razy. Nothing Twice – Translated by Stanisław Barańczak and Clare Cavanagh.

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~ par schabrieres sur mars 6, 2018.

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