Pierre Reverdy – Toujours là

J’ai besoin de ne plus me voir et d’oublier
De parler à des gens que je ne connais pas
De crier sans être entendu
Pour rien tout seul
Je connais tout le monde et chacun de vos pas
Je voudrais raconter et personne n’écoute
Les têtes et les yeux se détournent de moi
Vers la nuit
Ma tête est une boule pleine et lourde
Qui roule sur la terre avec un peu de bruit

Loin
Rien derrière moi et rien devant
Dans le vide où je descends
Quelques vifs courants d’air
Vont autour de moi
Cruels et froids
Ce sont des portes mal fermées
Sur des souvenirs encore inoubliés
Le monde comme une pendule s’est arrêté
Les gens sont suspendus pour l’éternité
Un aviateur descend par un fil comme une araignée

Tout le monde danse allégé
Entre ciel et terre
Mais un rayon de lumière est venu
De la lampe que tu as oublié d’éteindre
Sur le palier
Ah ce n’est pas fini
L’oubli n’est pas complet
Et j’ai encore besoin d’apprendre à me connaître

*

Always there

I must no longer see myself and must forget
To speak to people whom I do not know
To shout without being heard
For no reason all alone
I know everyone and each of your steps
I would like to talk but no one listens
Heads and eyes turn away from me
Towards the night
My head is a ball full and heavy
Rustling as it rolls along the ground

Faraway
Nothing behind me nothing ahead
In the void where I descend
A few strong drafts
Swirl around me
Cruel and cold
From doors left ajar
Upon yet-to-be forgotten memories
The world like a pendulum has come to a standstill
People suspended for all eternity
An aviator descends like a spider by a thread

Relieved everyone dances
Between heaven and earth
But a ray of light comes
From the lamp that you forgot to turn off
In the stairwell
Ah it’s not over
Oblivion is not complete
I must still learn to know myself

***

Pierre Reverdy (1889-1960)La Lucarne ovale (1916) in Plupart du temps (1915-1922) (Poésie/Gallimard) – Translated by Michael Tweed.

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~ par schabrieres sur mars 8, 2018.

6 Réponses to “Pierre Reverdy – Toujours là”

  1. J’ai tout de suite pensé à l’un de mes poètes préférés Y. Amichai… je me demandais même si l’un n’avait pas lu l’autre.. ça dit en anglais ( c’est ma langue première ):
    Forgetting someone is like
    forgetting to turn off the light in the back yard
    so it stays lit all the next day.

    But then it’s the light
    that makes you remember.

    Aimé par 1 personne

    • Merci Sally pour ce beau poème d’Amichai. C’est lui qui avait du lire Reverdy car il n’était pas né quand ce dernier a écrit ce poème. Je pense que je le publierai bientôt sur ce blog. Le voici traduit en français par Sabine Huynh :

      Oublier quelqu’un
      c’est comme oublier d’éteindre
      la lumière dans la cour
      elle reste donc allumée en pleine journée

      c’est aussi s’en souvenir
      grâce à la lumière.

      Aimé par 1 personne

  2. « Et j’ai encore besoin d’apprendre à me connaître »

    Ecrire c’est aller à la rencontre d’un autre qui n’est autre que soi-même

    Aimé par 1 personne

  3. Tous un peu Narcisse se mirant dans le regard de l’eau-tre.

    Aimé par 1 personne

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