Adam Zagajewski – Cherche à chanter le monde mutilé

Cherche à chanter le monde mutilé.
Rappelle les longues journées de juin
Et les fraises, les gouttes de vin rosé.
Les orties qui, méthodiquement, recouvraient
Les maisons abandonnées par ceux qui en avaient été chassés.
Tu dois chanter le monde mutilé.
Tu as regardé des bateaux et des voiliers élégants,
Attendus d’un long voyage
Ou seulement d’un néant saumâtre.
Tu as vu des réfugiés aller vers le néant,
Tu as entendu les bourreaux chanter allègrement.
Tu devrais célébrer le monde mutilé.
Rappelle ces instants, quand vous étiez ensemble
Dans une chambre blanche et que le rideau bougeait.
Reviens par la pensée au concert, quand la musique explosa.
En automne tu ramassais les glands dans le parc
Et les feuilles voltigeaient sur les cicatrices de la terre.
Chante le monde mutilé
Et la petite plume grise perdue par la grive,
Et la lumière délicate qui erre, s’évanouit
Et puis revient.

*

Spróbuj opiewać okaleczony świat

Spróbuj opiewać okaleczony świat.
Pamiętaj o długich dniach czerwca
i o poziomkach, kroplach wina rosé.
O pokrzywach, które metodycznie zarastały
opuszczone domostwa wygnanych.
Musisz opiewać okaleczony świat.
Patrzyłeś na eleganckie jachty i okręty;
jeden z nich miał przed sobą długą podróż,
na inny czekała tylko słona nicość.
Widziałeś uchodźców, którzy szli donikąd,
słyszałeś oprawców, którzy radośnie śpiewali.
Powinieneś opiewać okaleczony świat.
Pamiętaj o chwilach, kiedy byliście razem
w białym pokoju i firanka poruszyła się.
Wróć myślą do koncertu, kiedy wybuchła muzyka.
Jesienią zbierałeś żołędzie w parku
a liście wirowały nad bliznami ziemi.
Opiewaj okaleczony świat
i szare piórko, zgubione przez drozda,
i delikatne światło, które błądzi i znika
i powraca.

*

Try to Praise the Mutilated World

Try to praise the mutilated world.
Remember June’s long days,
and wild strawberries, drops of rosé wine.
The nettles that methodically overgrow
the abandoned homesteads of exiles.
You must praise the mutilated world.
You watched the stylish yachts and ships;
one of them had a long trip ahead of it,
while salty oblivion awaited others.
You’ve seen the refugees going nowhere,
you’ve heard the executioners sing joyfully.
You should praise the mutilated world.
Remember the moments when we were together
in a white room and the curtain fluttered.
Return in thought to the concert where music flared.
You gathered acorns in the park in autumn
and leaves eddied over the earth’s scars.
Praise the mutilated world
and the gray feather a thrush lost,
and the gentle light that strays and vanishes
and returns.

***

Adam Zagajewski (Lvov, 1945) – Traduit par ? – Without End (Farrar, Straus and Giroux, 2002) – Translated by Clare Cavanagh.

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~ par schabrieres sur avril 26, 2018.

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