André Frénaud – Naissance

La mer qui avait tant navigué, ma mer noire,
enfin s’est approchée de la terre ma mère,
la vieille depuis si longtemps d’avec moi séparée.

La frange, où l’œil du cheval hagard
perce à travers la crinière,
s’est aplatie sur les pierres et le sel.
O silence assourdissant de ce jour !
L’homme se relève hébété.
Une statue de marbre pur
s’éveille entre ses bras.

J’emporte ma naissance et je vais chez les hommes,
je chante.

*

Birth

The sea that had done so much sailing, my black sea,
has drawn close at last to the earth my mother,
that old woman separated from me for so long.

The fringe, where the wild horse’s eye
bores through the mane,
has sprawled itself on the stones and the salt.
O deafening silence of this day!
The man stands up in stupefaction.
A statue of pure marble
awakens in his arms.

I bear away my birth and I go among men,
I am singing.

***

André Frénaud (1907-1993)Les Rois mages (1943) – Translated by William Rees.

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~ par schabrieres sur mai 12, 2018.

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