César Vallejo – Je voudrais aujourd’hui être tout bonnement heureux…

Je voudrais aujourd’hui être tout bonnement heureux,
être heureux et porter une foison de questions,
ouvrir en grand ma chambre par envie, tel un fou,
et réclamer, enfin,
couché sur ma confiance physique,
seulement pour voir si on veut,
seulement pour voir si on veut goûter de ma position spontanée,
réclamer, dis-je,
de savoir pourquoi on frappe tant mon âme ainsi.

Car je voudrais en résumé être heureux,
agir sans bâton, laïque humilité, et sans âne noir.
De même les sensations de ce monde,
les chants subjonctifs,
le crayon que j’ai perdu dans ma cavité
et mes chers organes à pleurer.

Frère possible, camarade,
père par la grandeur, fils mortel,
ami et combattant, immense document de Darwin :
à quelle heure, donc, viendra-t-on avec mon portrait ?
à l’heure des jouissances ? Peut-être vers celle du plaisir enseveli ?
Plus tôt ? Qui sait, à l’heure des acharnements ?

À celle des miséricordes, camarade,
homme mon ami à distance et en observation, voisin
au cou énorme où monte et descend,
au naturel, sans fil, mon espérance…

*

Quisiera hoy ser feliz de buena gana,
ser feliz y portarme frondoso de preguntas,
abrir por temperamento de par en par mi cuarto, como loco,
y reclamar, en fin,
en mi confianza física acostado,
sólo por ver si quieren,
sólo por ver si quieren probar de mi espontánea posición,
reclamar, voy diciendo,
por qué me dan así tánto en el alma.

Pues quisiera en sustancia ser dichoso,
obrar sin bastón, laica humildad, ni burro negro.
Así las sensaciones de este mundo,
los cantos subjuntivos, .
el lápiz que perdí en mi cavidad
y mis amados órganos de llanto.

Hermano persuasible, camarada,
padre por la grandeza, hijo mortal,
amigo y contendor, inmenso documento de Darwin:
¿a qué hora, pues, vendrán con mi retrato?
¿A los goces? ¿Acaso sobre goce amortajado?
¿Más temprano? ¿Quién sabe, a las porfías?

A las misericordias, camarada,
hombre mío en rechazo y observación, vecino
en cuyo cuello enorme sube y baja,
al natural, sin hilo, mi esperanza…

*

Today I would like
to be happy willingly, to be happy and behave leafy with questions,
by temperament to open wide my room, like a mad man,
and to demand, in short,
reclined on my physical trust,
only to see if they would like,
only to see if they would like to try my spontaneous position,
to demand, I keep saying,
why they hit me like this so much in my soul.

For I would like in substance to be happy,
to proceed without cane, laic humility, or black jackass.
Thus the sensations of this world,
the subjunctive songs,
the pencil that I lost in my cavity
and my beloved organs for crying.

Persuadable brother, comrade,
father through greatness, mortal son,
friend and opponent, immense document of Darwin:
at what hour, then, will they come with my portrait?
At the delights? Perhaps around delight shrouded?
Earlier? Who knows, at the disputations?

At the misericordias, comrade,
fellow man in rejection and observation, neighbor
in whose enormous neck rises and lowers,
naked, without thread, my hope …

***

César Vallejo (1892-1938)Poèmes humains (1939)Poésie complète (Flammarion) – Traduit de l’espagnol (Pérou) par Nicole Réda-Euvremer – The Complete Poetry (University of California Press) – Translated by Clayton Eshleman.

~ par schabrieres sur mai 14, 2018.

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