Patrick Kavanagh – J’avais de l’avenir

Oh ! j’avais de l’avenir, oui.
De l’avenir.

Dieux de l’imaginaire, redonnez vie
À la figure de ces rues,
Pas à n’importe laquelle,
Mais aux rues de dix-neuf cent quarante.

Rendez-moi mes yeux d’un sou qui regardaient,
Ma tête avec sa mémoire animale,
Le brouillard où je m’aventurais
Vers le mirage,
C’était mon avenir.

Les femmes que je devais connaître
N’apparaissaient nulle part à l’horizon.

Puis le pathos de l’âme aveugle,
Comme sans le savoir elle se tient en son royaume.
Oh ! rendez-moi rien qu’un petit détail,
Ce que je ressentais devant l’argent,
Pas la folie d’après.
Il y avait l’avenir.

Montrez-moi le lit de sangles où je dormais
Dans une chambre à Drumcondra Road,
Et que revienne John Betjeman qui passait me prendre en voiture.

C’est l’été. Le mystérieux battement
De folie en Europe tremble
Aux ailes des papillons sur le canal.

Oh ! j’avais de l’avenir.

*

I Had a Future

O I had a future,
A future.

Gods of the imagination bring back to life
The personality of those streets,
Not any streets
But the streets of nineteen-forty.

Give the quarter-seeing eyes I looked out of,
The animal-remembering mind,
The fog through which I walked towards the mirage
That was my future.

The women I was to meet,
They were nowhere within sight.

And then the pathos of the blind soul,
Who without knowing stands in its own kingdom.
Bring me a small detail
How I felt about money,
Not frantic as later,
There was the future.

Show me the stretcher-bed I slept on
In a room on Drumcondra Road.
Let John Betjeman call for me in a car.

It is summer and the eerie beat
Of madness in Europe trembles the
Wings of the butterflies along the canal.

O I had a future.

***

Patrick Kavanagh (1904 -1967)Collected Poems (1964) – Anthologie de la poésie irlandaise du xxe siècle (Verdier, 1996) – Traduit par ?

~ par schabrieres sur mai 29, 2018.

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