Georges Séféris – Récit

Cet homme marche en pleurant ;
Nul ne saurait dire pourquoi.
Certains pensent qu’il pleure sur des amours perdus
Pareils à ceux qui nous obsèdent tant,
L’été, près de la mer, avec les phonographes.

Les autres pensent à leurs tâches quotidiennes,
Papiers inachevés, enfants qui grandissent,
Femmes qui vieillissent avec difficulté.
Lui, possède deux yeux comme des coquelicots,
Comme des coquelicots cueillis au printemps,
Et deux petites sources au coin des yeux.

Il marche dans les rues, ne se couche jamais,
Enjambant de petits carrés sur le dos de la terre,
Machine à vivre une souffrance sans limite
Qui finit par ne plus avoir d’importance.

D’autres l’ont entendu parler
seul, tandis qu’il passait,
De miroirs brisés depuis des années,
De visages brisés au cœur des miroirs,
Que nul jamais ne pourra restaurer.
D’autres l’ont entendu parler du sommeil,
De visions horribles aux portes du sommeil,
De visages insupportables de tendresse.

Nous nous sommes habitués à lui, il est correct, il est tranquille
Sauf qu’il marche en pleurant, sans cesse,
Comme ces saules au bord des fleuves qu’on aperçoit du train
Dans une aube brouillée, par un réveil maussade.

Nous nous sommes habitués à lui — il ne signifie rien,
Comme toute chose devenue habitude ;
Et si je vous en parle c’est que je ne vois rien
Qui ne soit devenu pour vous une habitude.
Mes respects.

*

Αφήγηση

Αυτός ο άνθρωπος πηγαίνει κλαίγοντας
κανείς δεν ξέρει να πει γιατί
κάποτε νομίζουν πως είναι οι χαμένες αγάπες
σαν αυτές που μας βασανίζουνε τόσο
στην ακροθαλασσιά το καλοκαίρι με τα γραμμόφωνα.

Οι άλλοι άνθρωποι φροντίζουν τις δουλειές τους
ατελείωτα χαρτιά παιδιά που μεγαλώνουν, γυναίκες
που γερνούνε δύσκολα
αυτός έχει δυο μάτια σαν παπαρούνες
σαν ανοιξιάτικες κομμένες παπαρούνες
και δυο βρυσούλες στις κόχες των ματιών.

Πηγαίνει μέσα στους δρόμους ποτέ δεν πλαγιάζει
δρασκελώντας μικρά τετράγωνα στη ράχη της γης
μηχανή μιας απέραντης οδύνης
που κατάντησε να μην έχει σημασία.

Άλλοι τον άκουσαν να μιλά
μοναχό καθώς περνούσε
για σπασμένους καθρέφτες πριν από χρόνια
για σπασμένες μορφές μέσα στους καθρέφτες
που δεν μπορεί να συναρμολογήσει πια κανείς.
Άλλοι τον άκουσαν να λέει για τον ύπνο
εικόνες φρίκης στο κατώφλι του ύπνου
πρόσωπα ανυπόφορα από τη στοργή.

Τον συνηθίσαμε είναι καλοβαλμένος και ήσυχος
μονάχα που πηγαίνει κλαίγοντας ολοένα
σαν τις ιτιές στην ακροποταμιά που βλέπεις απ’ το τρένο
ξυπνώντας άσκημα κάποια συννεφιασμένη αυγή.

Το συνηθίσαμε δεν αντιπροσωπεύει τίποτε
σαν όλα τα πράγματα που έχετε συνηθίσει
και σας μιλώ γι’ αυτόν γιατί δε βρίσκω
τίποτε που να μην τον συνηθίσαμε∙
προσκυνώ.

*

Narration

That man walks along weeping
no one can say why
sometimes they think he’s weeping for lost loves
like those that torture us so much
on summer beaches with the gramophones.

Other people go about their business
endless paper, children growing up, women
ageing awkwardly.
He has two eyes like poppies
like cut spring poppies
and two trickles in the corners of his eyes.

He walks along the streets, never lies down
striding small squares on the earth’s back
instrument of a boundless pain
that’s finally lost all significance.

Some have heard him speak
to himself as he passed by
about mirrors broken years ago
about broken forms in the mirrors
that no one can ever put together again.
Others have heard him talk about sleep
images of horror on the threshold of sleep
faces unbearable in their tenderness.

We’ve grown used to him, he’s presentable and quiet
only that he walks along weeping continually
like willows on a riverbank you see from the train
as you wake uncomfortably some clouded dawn.

We’ve grown used to him; like everything else you’re used to
he doesn’t stand for anything
and I talk to you about him because I can’t find
anything that you’re not used to;
I pay my respects.

***

Georges Séféris (1900-1971) – Journal de bord I – Poèmes (1933-1955) (Poésie/Gallimard, 2009) – Traduit du grec par Jacques Lacarrière et Egérie Mavraki – George Seferis: Collected Poems, 1924–1955 (Princeton University Press, 2014) – Translated by Edmund Keeley and Philip Sherrard.

~ par schabrieres sur juillet 1, 2018.

Une Réponse to “Georges Séféris – Récit”

  1. « De visages insupportables de tendresse. » tout est dit.

    Aimé par 2 personnes

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