Ángel González – Monde inquiétant

Monde inquiétant
surgit brusquement.

J’ai peur de la lune
embaumée
dans les eaux du fleuve
de la forêt silencieuse
qui égratigne de ses branches
le ventre de la pluie,
des oiseaux
qui hurlent dans le tunnel de la nuit
et de tout ce qui subitement
fait un geste et sourit
pour disparaître aussitôt.

Au sein
de la cruelle retraite des choses
qui se précipitent en désordre vers
le néant et la cendre,
mon cœur naufrage dans l’inquiétude
du destin du monde qui la cerne.
Où vont ce vent et cette lumière,
le cri
du rouge coquelicot inattendu,
le chant des mouettes
grises dans les ports ?

Et quelle est cette armée qui m’emporte
dans sa déroute et dans sa fuite
– otage, fatigué, prisonnier
sans numéro et sans nom, ligoté
au milieu d’escouades de cris fugitifs –
vers l’ombre où vont les lumières,
vers le silence où la voix se meurt ?

*

Mundo asombroso

Mundo asombroso
surge bruscamente.

Me da miedo la luna
emblasamada
en las aguas del rio,
el bosque silencioso
que araña con sus ramas
el vientre de la lluvia,
los pájaros
que aullan en el tunel de la noche
y todo
lo que súbitamente
hace un gesto y sonríe
para marchar de pronto.

En medio
de la cruel retirada de las cosas
precipitándose en desorden hacia
la nada y la ceniza,
mi corazón naufraga en la zozobra
del destino del mundo que locerca.
¿A dónde va ese viento y esa luz,
el grito
de la roja amapola inesperada,
el canto de las grises
gaviotas delos puertos?

¿Y qué ejército es ese que me lleva
envuelto en su derrota y en su huida
-fatigado rehén, yo, prisionero
sin número y sin nombre, manioatado
entre escuadras de gritos fugitivos-
hacia la sombra donde van las luces,
hacia el silencio donde la voz muere?

*

An astonishing world

An astonishing world
suddenly looms up.

I am frightened by the moon
embalmed
in the waters of the river,
the silent forest
that scratches with its branches
the belly of the rain,
the birds
in the tunnel of the night
and everything that unexpectedly
makes a face and smiles
only to vamish without warning.

In the midst
of the cruel retreat of things
dashing in disorder toward
nothingness and ashes,
my heart founders in the wreckage
of the fate of the world that surrounds it.
Where does that wind go, that light,
the cry
of the unexpected red poppy,
the call of the gray
seagulls of the ports?
And what army is that which takes me
wrapped in its defeat and in its flight
weary hostage, I, prisoner
mumberless and mameless, handcuffed
among squads of fugitive cries—
toward the shadow where the lights are going,
toward the silence where the voice is dying?

***

Ángel González (1925-2008) – Sin esperanza, con convencimiento (Colliure, 1961) – Poésie espagnole (1945-1990). Anthologie (Points Poésie, 2007) – Traduit de l’espagnol par Claude de FrayssinetHarsh World and Other Poems (Princeton University Press, 1977) – Translated by Donald D. Walsh.

~ par schabrieres sur septembre 22, 2018.

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