Leonard Cohen – Les poèmes ne nous aiment plus

Les poèmes ne nous aiment plus
ils ne veulent plus qu’on les aime
ils ne veulent plus être des poèmes
Ne nous appellent plus, ils disent
Nous ne pouvons plus vous aider

On ne pêche plus
dans la rivière Généreuse
Laissez-nous
Nous devenons quelque chose d’autre

Ils sont revenus dans le monde
pour être ceux
qui travaillent avec la totalité de leur corps
qui n’ont aucun projet pour le monde
Ils ne furent jamais comiques

Je vis près d’une rivière à Miami
dans des conditions que je ne peux décrire
Je les vois parfois
à demi pourris à demi nés
entourant un muscle
comme une manche relevée
allongés dans leur gelée
pour faire l’amour avec une dent de scie

*

The poems don’t love us anymore
they don’t want to love us
they don’t want to be poems
Do not summon us, they say
We can’t help you any longer

There’s no more fishing
in the Big Hearted River
Leave us alone
We are becoming something new

They have gone back into the world
to be with the ones
who labour with their total bodies
who have no plans for the world
They never were entertainers

I live on a river in Miami
under conditions I cannot describe
I see them sometimes
half-rotted half-bornsurrounding a muscle
like a rolled-up sleeve
lying down in their jelly
to make love with the tooth of a saw

***

Leonard Cohen (1934-2016)The Energy of Slaves (McClelland And Stewart, 1972)L’énergie des esclaves (10/18, 1974) – Traduit de l’anglais par Dashiell Hedayat (Jack-Alain Léger).

~ par schabrieres sur septembre 27, 2018.

7 Réponses to “Leonard Cohen – Les poèmes ne nous aiment plus”

  1. C’est un commentaire que m’a envoyé un lecteur à la suite de cet article que j’avais écris suite à ma rencontre avec Cochonfusius sur tes terres, une autre fois j’espère… J’y ai repensé quand j’ai lu ce passage

    Ils sont revenus dans le monde
    pour être ceux
    qui travaillent avec la totalité de leur corps
    qui n’ont aucun projet pour le monde
    Ils ne furent jamais comiques

    https://misquette.wordpress.com/2018/08/31/samuser-de-sa-muse/

    Aimé par 1 personne

  2. Comique, je ne sais, mais pour moi on est quand même dans l’ordre du beau, du plaisir, de la joie, du vivant, comme dirait André Laude, c’est un bon d’amour ;

    si j’écris c’est pour que ma voix vous parvienne
    voix de chaux et sang voix d’ailes et de fureurs
    goutte de soleil ou d’ombre dans laquelle palpitent nos sentiments

    si j’écris c’est pour que ma voix vous arrache
    au grabat des solitaires, aux cauchemars des murs
    aux durs travaux des mains nageant dans la lumière jaune du désespoir

    si j’écris c’est pour que ma voix où roulent souvent des torrents de blessures
    s’enracine dans vos paumes vivantes, couvre les poitrines d’une fraîcheur de jardin
    balaie dans les villes les fantômes sans progéniture

    si j’écris c’est pour que ma voix d’un bond d’amour
    atteigne les visages détruits par la longue peine le sel de la fatigue
    c’est pour mieux frapper l’ennemi qui a plusieurs noms.

    (André Laude, Comme une blessure rapprochée du soleil, La pensée sauvage, 1979)

    Aimé par 1 personne

    • « Le lamentable aspect des poètes français, le cul collé sur leur chaise au marché de la poésie, le cul collé partout, qui ne savent plus placer la langue…
      On demande aux poètes de mourir au mieux, au pire on leur demande de servir et d’être publié, de chaque année sortir un livre, d’être propre sur eux et d’aller en vacances avec leurs enfants. Voilà la poésie française, ça va en vacances, ça sort ses gosses, ça vit complètement à côté des mots … La trahison absolue des mots qu’ils écrivent … J’accuse tous ces poètes de merde de ne pas transmettre ce message que Dylan Thomas, Malcom Lowry, Ginsberg, Maïakovski, Mandelstam… nous ont transmis… »
      André Laude

      J'aime

  3. Pardon, un Bond d’amour

    Aimé par 1 personne

  4. Sur les parasol/le vent est perdue/Soudain je m’affole/Au coin d’une rue Laurent Pasquelin

    Aimé par 1 personne

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