Alfonso Costafreda – Homme élémentaire

Je vis sur la terre,
je la sens sur mes yeux et sur mes mains,
et je sais que mon corps, comme l’arbre ou la montagne,
n’est de la terre qu’une prolongation.

Je promène mon regard sur les chemins
en attendant le gibier :
l’animal qui sera ma nourriture,
ou la femme qui m’offrira plaisir et enfants.

Je lutte pour mes semblables, je mange et je dors;
en permanence, moi ou l’un des nôtres
entretient le feu.

Je deviens fou et je hurle, j’ai peur
quand le sol et l’air,
dans leurs furieuses tempêtes ou leurs profonds tremblements,
sont pris de folie.

Si un compagnon meurt, je souffre car je perds, avec son amitié,
ce geste puissant qu’il avait de lier son bras au mien,
mais je me dis, et cela me réjouit,
que voilà un homme de moins engagé dans la lutte.

*

Hombre elemental

Vivo en la tierra,
en mis ojos y en mis manos la siento,
y sé que mi cuerpo, como el árbol o el monte,
es sólo de la tierra una prolongación.

Oteo los caminos con la vista
esperando la caza:
el animal que será mi alimento,
o la mujer que el placer y los hijos me dará.

Combato por los míos, como y duermo;
continuamente yo o alguno de los nuestros
conserva el fuego.

Enloquezco y grito, tengo miedo,
cuando el suelo y el aire,
en sus tempestades furiosas o terremotos profundos,
enloquecen.

Si un compañero muere, me duele por perder su amistad,
y aquel gesto fuerte que tenía de unir su brazo con el mío,
pero pienso, y esto me alegra,
que existe un hombre menos que participa en la lucha.

***

Alfonso Costafreda (1926-1974) – Nuestra elegía (1950)Poésie espagnole (1945-1990). Anthologie (Points Poésie, 2007) – Traduit de l’espagnol par Claude de Frayssinet.

~ par schabrieres sur octobre 2, 2018.

2 Réponses to “Alfonso Costafreda – Homme élémentaire”

  1. Que c’est beau !!!! merci…

    Aimé par 1 personne

  2. Encore faudrait-il être sûr, que l’amour prolonge bien la vie comme en avait fait le souhait René-Guy Cadou, « Le temps qu’il me reste, que l’amour le prolonge ».

    Aimé par 2 personnes

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