André Laude – Nous n’habitons nulle part…

Nous n’habitons nulle part nous ne brisons de nos mains
rouges de ressentiment que des squelettes de vent
nous tournoyons dans un désert d’images diffusées par les
invisibles ingénieurs du monde de la séparation permanente
retranchés dans les organismes planétaires planificateurs
infatigables du spectacle
nous ne sommes rien nous ne sommes qu’absence
une brûlure qui ne cesse pas nous n’embrassons nulle bouche
vraie nous parlons une langue de cendres nous touchons
une réalité d’opérette
nous n’avons jamais rendez-vous avec nous-mêmes
nous nous tâtons encore et toujours
nous errons dans un magma de signes froids nous traversons
notre propre peau de fantôme
le soleil du mensonge ne se couche jamais sur l’empire de
notre néant vécu atrocement au carrefour des nerfs
nous n’avons ni visage ni nom nous n’avons ni le temps
ni l’espace des yeux pour pleurer trente-deux dents
totalement neuves pour mordre
mais mordre où mais mordre quoi
de fond en comble toutes les chaînes
autour desquelles s’articulent nos chairs nos pensées
d’aujourd’hui
jusqu’à ce qu’elles cassent dans un hourrah de lumières de
naissances multiples
décrétons le refus global
les jardins des délices tremblent et éclairent au-delà
la révolte met le feu aux poudres
taillez enfants aux yeux d’air et d’eau les belles allumettes
dans la forêt des légitimes soifs
taillez les belles allumettes pour que flambe le théâtre d’ombres universel.

*

We live nowhere we do not break our hands
red of resentment that skeletons of wind
will whirl us in a desert of images diffused by the
invisible engineers of the world of permanent separation
entrenched in the planetary organisms indefatigable
planners of spectacle
we are nothing we are but absence
a burning that does not cease we kiss no true
mouth we speak a language of ashes we touch
an operetta reality
we never have an encounter with ourselves
we fumble still and always
we err in a magma of cold signs we cross
our own phantom flesh
the sun of deceit never sets on the empire of
our nothingness lived atrociously at the crossroads of nerves
we have neither face nor name we have neither the time
nor the space of eyes to cry thirty teeth
completely new to bite
but bite where but bite what
thoroughly all the chains
around which our flesh and thoughts are formed
today
until they break in a cheer of light of
multiple births
decreeing the global refusal
gardens of bliss tremble and give light beyond
the revolt is the spark
carve children with eyes of air and water beautiful matches
in the forest of just hungers
carve beautiful matches so that the theatre of universal shadows burns.

***

André Laude (1936-1995)Testament de Ravachol (Plasma, 1974) – Oeuvre poétique (La Différence, 2008)

Découvert ici

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~ par schabrieres sur octobre 9, 2018.

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